Une «conversation publique» sur les mines financée par le lobby minier

L'Institut du Nouveau Monde (INM) lancera, au cours des prochains mois, «une conversation publique sur l'avenir minier du Québec». Cette démarche, qui se veut objective et impartiale, doit permettre d'échanger différents points de vue sur ce secteur controversé. C'est Minalliance, un regroupement mis sur pied pour défendre les intérêts des entreprises minières, qui financera entièrement le processus. Une situation qui indispose certains participants.

Les activités principales de cette conversation publique — dont une tournée de sept villes du Québec — se tiendront à l'hiver 2012. «Pour soutenir la démarche, l'INM a mis en place un ensemble de moyens, dont des activités ouvertes au grand public et aux acteurs socioéconomiques intéressés, une section de son site Web munie d'une plateforme de discussion, des capsules vidéo et des documents d'information objective», a précisé hier son directeur général, Michel Venne. Un rapport sera ensuite produit pour rendre compte des résultats de cette «conversation».

Tout cela a bien sûr un coût. Le directeur de l'INM a indiqué que Minalliance, qui regroupe plusieurs entreprises minières, paiera la totalité de la facture, évaluée à 135 000 $. Mais il a dit qu'une «entente» a été signée afin de garantir l'indépendance de l'INM. «Nous ne voulons pas qu'il y ait de biais dans la démarche et nous prenons les dispositions pour les éviter», a fait valoir Michel Venne. Il ne craint pas non plus que la démarche soit utilisée par l'industrie minière pour améliorer son image au Québec. «L'industrie prend un risque et je crois qu'il faut en tenir compte. Je n'ai pas peur d'être utilisé, parce que ce que nous faisons, c'est ouvrir un espace de discussions. Ce qui va se dire ne sera pas toujours favorable à l'industrie.»

Minalliance voit cette participation d'un bon oeil. «Cette proposition de l'INM s'inscrit dans le mandat de Minalliance qui est de mieux faire connaître l'industrie minière auprès du grand public. Depuis la création de Minalliance, nous avons toujours souhaité maintenir un dialogue franc et ouvert avec toutes les parties prenantes», a expliqué par courriel sa directrice générale, Claudine Renauld.

Au moins deux membres du comité consultatif mis sur pied par l'INM, et «chargé de valider les orientations de la démarche», ont toutefois exprimé leur malaise par rapport au fait que Minalliance paie tous les coûts des activités. Le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, a affirmé qu'il proposera de «diversifier les sources de financement». S'il dit faire confiance à M. Venne, il n'en ressent pas moins un malaise de voir un regroupement de minières financer entièrement une démarche qui se veut indépendante.

Le porte-parole de la coalition Québec meilleure mine, Ugo Lapointe, a lui aussi dit souhaiter que la «conversation» soit financée par différentes sources. «Bien entendu, au moindre signe d'ingérence indue de l'industrie dans les décisions de l'INM, nous nous retirerons de l'initiative», a-t-il précisé.

Minalliance regroupe l'Association de l'exploration minière du Québec, l'Association minière du Québec, des compagnies d'exploration, d'exploitation et de services, mais aussi des institutions financières.

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