Ottawa entend négocier l'après-Kyoto

Le ministre québécois de l’Environnement, Pierre Arcand, s’est dissocié hier des prises de position de son homologue fédéral, Peter Kent, au sujet du protocole de Kyoto. «Nous pensons que le gouvernement fédéral devrait avoir une position plus ambitieuse» dans le dossier des changements climatiques, a-t-il notamment déclaré.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre québécois de l’Environnement, Pierre Arcand, s’est dissocié hier des prises de position de son homologue fédéral, Peter Kent, au sujet du protocole de Kyoto. «Nous pensons que le gouvernement fédéral devrait avoir une position plus ambitieuse» dans le dossier des changements climatiques, a-t-il notamment déclaré.

Le ministre fédéral de l'Environnement, Peter Kent, ne se retirera pas immédiatement des pourparlers sur le renouvellement du protocole de Kyoto même si le Canada n'entend pas s'y lier.

Le ministre fédéral a ainsi confirmé sa présence parmi le groupe de pays qui vont travailler à Durban au cours des deux prochaines semaines à renouveler le protocole, et cela, malgré l'invitation des écologistes et partis d'opposition qui invitent Ottawa à cesser de nuire aux pourparlers en cours.

Peter Kent a fait ces déclarations en marge d'une conférence de presse qu'il tenait à Montréal en compagnie de son homologue québécois, Pierre Arcand, ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs. Invité à dire s'il était du même avis que son collègue fédéral quant au refus d'Ottawa de participer au renouvellement du protocole de Kyoto, Pierre Arcand a répondu un «non!» très ferme en présence de son vis-à-vis.

Le ministre québécois devait ajouter qu'il favorise un traité «contraignant» sur le plan légal, comme Kyoto, qui engloberait le plus grand nombre de pays possible.

Le ministre Arcand devait aussi blâmer en termes à peine voilés la politique de son homologue fédéral en déclarant: «Nous pensons que le gouvernement fédéral devrait avoir une position plus ambitieuse» dans le dossier des changements climatiques.

Quant au ministre fédéral, visiblement sur la défensive, il a affirmé que même s'il entend continuer de participer aux négociations sur l'avenir de Kyoto, ce n'est pas pour y faire de l'obstruction, comme l'accusent de le faire les écologistes: «Nous allons à Durban pour faire avancer la cause, a-t-il ajouté. Nous nous y rendons de bonne foi. Nous recherchons une entente qui lie toutes les parties. Nous ne voulons pas y faire de l'obstruction.»

Le refus du Canada de se retirer des pourparlers sur Kyoto lui a valu hier un nouveau premier «Fossile du jour» à Durban, son deuxième en deux jours. Les membres du Réseau action climat international, qui regroupe désormais plus de 700 ONG, ont accusé Peter Kent de se contredire en réclamant «d'éventuelles solutions» à un problème de climat qu'ils qualifient pourtant «d'urgent». Ils ont rappelé que le ministre dit qu'il ne fallait pas accoucher à Durban d'un traité contraignant, mais «d'un mandat pour travailler à élaborer un éventuel traité contraignant». La négociation et mise en application de Kyoto a duré près de 10 ans.

Les propos rassurants du ministre Kent ont été mis à mal avant-hier quand la haute-commissaire d'Afrique du Sud, Zola Skweyiya, a déclaré à l'émission Power and Politics de la CBC que non seulement le Canada planifiait son retrait de Kyoto, mais qu'il «avait activement incité d'autres pays» à faire de même.

Techniquement, en reportant après la conférence de Durban son avis de retrait du protocole, un avis d'un an selon la réglementation de Marrakech, le Canada s'assure de pouvoir participer de plein droit non seulement à la conférence de Durban, mais aussi à la conférence de l'an prochain, qui interviendra deux semaines avant son retrait formel du traité.

Peter Kent a réitéré hier que pour lui, «Kyoto, c'est du passé» et que le Canada cherche à obtenir un mandat pour élaborer une autre entente qui lierait juridiquement à tout le moins tous les grands pays émetteurs comme la Chine, l'Inde et le Brésil.

Pour sa part, le ministre fédéral des Anciens Combattants, Steven Blaney, a déclaré que le Canada vise très haut avec une réduction de ses émissions de 17 % par rapport au niveau de 2005. Cette astuce comptable masque le fait que cet objectif correspond à une cible se situant entre -1 % et -3 % par rapport à 1990, selon les sources.

En comparaison, l'Europe pourrait annoncer durant le sommet de Durban qu'elle vise une réduction non plus de -20 %, mais de -30 % par rapport à 1990.

De son côté, le critique du Parti québécois en environnement, Scott McKay, a accusé hier le ministre Kent d'avoir eu «le culot de venir annoncer cet important recul au Québec aux côtés du ministre québécois docile et résigné, Pierre Arcand». Pour le député péquiste de L'Assomption, «bien que les deux ministres étaient réunis pour un autre motif, un gouvernement courageux n'aurait jamais voulu s'associer à une telle mascarade». L'absence du premier ministre Charest ou de son ministre de l'Environnement à Durban, a conclu le porte-parole du Parti québécois, permet donc à Ottawa de prendre toute la place sans l'ombre d'une contestation, même si dans les faits la population canadienne souhaite un engagement actif dans la bataille des changements climatiques.

Selon Scott McKay, «le fossé qui sépare le Québec et le reste du Canada sur les enjeux climatiques s'élargit, mais la scène internationale retiendra, par la mollesse de nos représentants, que les efforts du Québec ne comptent plus devant cette décision canadienne. Un Québec libre aurait permis de se joindre au camp de ceux pour qui l'environnement est un souci constant pour nos futures générations».

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Avec la collaboration de Marie Vastel

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Les Fossiles du jour

Le Réseau Action Climat octroie chaque jour des prix Fossiles aux pays dont l'attitude ou les décisions sont jugées les plus nuisibles à l'évolution des négociations sur les changements climatiques. Le Canada a reçu hier le Fossile 1, son deuxième en deux jours. Le Canada est accusé de préconiser les solutions les plus lentes à mettre en place, soit d'obtenir à Durban un mandat non pas pour régler le problème, mais pour élaborer un nouveau traité contraignant. Les États-Unis se sont vu décerner le Fossile 2 pour essayer de noyer le poisson dans des formules nouvelles, que son pays rejette de toute façon en bloc.
18 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 30 novembre 2011 06 h 40

    Danger!

    Je ne sais pas vous mais moi je commence à en avoir ma claque de ces prétendus grands hommes qui décident de tout sans compétence particulière.

    Le festival du complet-cravate, on n'en a que pour lui et il nous mène à la catastrophe.

    J'ai sorti des boules à mites un livre des années 80 de Marilyn French,"La fascination du pouvoir", qui me paraît encore dangereusement d'actualité.
    Elle dit en substance que le patriarcat est un ordre artificiel imposé d'en haut sur le monde et qui se caractérise par une domination et un contrôle sur tout ce qui se rapporte à la nature, à la vie.

    Les femmes autant que la plupart des hommes ne se reconnaissent pas dans ces valeurs auxquelles ils se voient contraints de se subordonner. Les principes qui déterminent l'exercice de ce pouvoir sont étrangers à la réalité du vivant que les dominants cherchent à infléchir à leur désir de puissance.

  • Sanzalure - Inscrit 30 novembre 2011 07 h 00

    Y a-t-il un adulte responsable dans ce pays ?

    N'y a-t-il pas au moins une personne adulte et responsable dans ce pays qui soit en mesure de faire entendre raison à Peter Kent ? Il doit bien avoir une famille, des amis, des voisins, quelqu'un en qui il a confiance et qui pourrait lui expliquer la situation.

    Serge Grenier

  • François Dugal - Inscrit 30 novembre 2011 07 h 53

    Proverne chinois

    «Le bouledogue trône et le sanglier passe son chemin sans demander les restes» - Lao-Tseu

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 30 novembre 2011 08 h 27

    Un Québec suiveux!

    Eh oui c'est ça le beau fédéralisme canadien. Le Québec au lieu d'être associés aux pays qui vont de l'avant avec les énergies vertes développant ainsi une expertise qui vaudrait son pesant d'or dans l'économie du futur , se voit contraint d'appuyer les dinosaures du bitumineux et de faire une bataille d'arrière garde pour protéger les centaines de milliards de profits des pétrolières et la caisse électorale des conservateurs.
    .
    Tout ça pour favoriser l'exploitation d'un pétrole importé aux États-Unis dont on ne voit aucune goutte sur les marchés de l'est du pays qui ne reçoit que la pollution et les pluies acides sur ses forêts apportées par les vents dominants en provenance de l'Alberta.

    On endort les dépendantistes et leurs médias d'information avec la fable des 7 milliards de peréquation alors qu'un Québec qui rapatrierait les 50 milliards qu'il envoie annuellement à Ottawa pourrait faire la transition inévitable vers d'autres sources d'énergie qui seront celles des siècles à venir.

  • Pierre Sabourin - Inscrit 30 novembre 2011 08 h 45

    Désapprendre pour mieux apprendre.

    Certaine personne dans les ranqs de ministes et députés doivent réapprendre ou plustot désaprendre leurs façon de réagir face à la défaite. Ils doivent prendre ce sentiment de faillite de ne pas avoir réussi et être humble devant la défaite et reagir en bon perdant. Ditent vous que ce sentiment de non completion est bon signe et que en fait, si vous savez pourquoi ça n'a pas marché, vous vous sentez en fait content parce que vous savez ce que vous devez faire de mieix maintenant. Et si vous n'avez pas les réponse, le fait que vous sentez que vous avez logiquement perdu doit pousser en vous un besoin inné de vouloir bien faire et trouver comment faire mieux.

    C'est sur que si vous lachez espoir, vous ne saurez jamais si vous êtes des gagnants et vous vous donné deja l'etiquette de perdants d'avance. Donc la question est, estce qu'on à éluent des perdants ou des gagnants?