Plan d'action Saint-Laurent - 70 millions pour mieux protéger le fleuve

Le plan visant à nettoyer le fleuve Saint-Laurent a été reconduit pour 15 ans.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le plan visant à nettoyer le fleuve Saint-Laurent a été reconduit pour 15 ans.

Québec et Ottawa ont renouvelé pour la cinquième fois le Plan d'action Saint-Laurent (PASL), un plan «d'action» fédéral-provincial mis en place en 1988 pour forcer la dépollution du fleuve en prenant en étau les pollueurs entre les deux systèmes législatifs et réglementaires.

Cette fois, ce qui était une entente quinquennale vaudra pour les 15 prochaines années. Mais le budget a été ramené à 70 millions sur cinq ans, soit 14 millions par année. Ainsi, 49 millions seront fournis par le fédéral et 20,6 millions par Québec, ce qui est sensiblement inférieur aux 220 millions que les deux gouvernements convenaient d'investir ensemble dans la dépollution du deuxième PASL, principalement axé sur la dépollution, indiquait hier Christian Simard, de Nature Québec.

Grands pollueurs

Ce 5e PASL se distingue d'ailleurs, ainsi que le précédent, par l'absence de politique de dépollution active auprès des grands pollueurs du fleuve et de ses tributaires. Les deux gouvernements vont plutôt «évaluer la présence et les effets des substances toxiques sur l'écosystème». On n'y prévoit plus de caractériser les rejets des entreprises, leurs impacts et les remèdes à l'accumulation progressive des toxiques dans l'écosystème. Les deux autres priorités de ce chapitre sur «l'amélioration de la qualité de l'eau» visent à «réduire les sources agricoles de pollution diffuse» sans préciser, comme par le passé, un objectif chiffré de réduction dans l'usage des engrais et pesticides au Québec. De plus, le PASL entend «améliorer les outils de gestion des sédiments contaminés», mais pas une réduction chiffrée de cette charge polluante et de ses impacts.

Les deux gouvernements ont aussi décidé de prioriser la «conservation de la biodiversité» et la «pérennité des usages du fleuve». Ils entendent ainsi identifier, protéger et valoriser les milieux d'intérêt écologique, prévenir l'introduction d'espèces envahissantes et en contrôler la dispersion, ainsi qu'évaluer l'impact des changements climatiques sur les écosystèmes.

Pour le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, les PASL antérieurs ont permis «des progrès significatifs en matière de protection» du fleuve. Mais ni lui ni son homologue fédéral, Peter Kent, n'ont pu donner une idée de la réduction de la charge polluante du fleuve grâce aux centaines de millions investis depuis 23 ans dans le PASL.

Pour Nature Québec, voilà beaucoup d'études, de suivis, de rencontres, mais «peu d'action sur le terrain», précisait Christian Simard. «Ils parlent, dit-il, d'une gestion intégrée du fleuve, mais le fédéral ne dit pas s'il va, par cohérence, unifier l'évaluation environnementale des projets d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures dans le golfe plutôt que de laisser cette responsabilité aux provinces riveraines. Ce qu'ils investissent, soit 70 millions en 5 ans, c'est des pinottes à côté de ce qu'ils mettaient sur la table par le passé. Et encore faudrait-il savoir si c'est de l'argent frais ou recyclé d'autres programmes ou de budgets de fonctionnement. De son côté, le Centre Saint-Laurent n'a plus que l'ombre des investissements fédéraux en recherche. La dépollution des entreprises a disparu de l'écran radar des deux gouvernements qui ne prévoient rien, par ailleurs, pour adapter les fonctions fluviales aux changements climatiques (prises d'eau, rives, creusage du chenal, etc.). Il faut espérer qu'à tout le moins, l'argent ira aux initiatives locales.»

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