Golfe du Saint-Laurent - Une coalition veut une étude du BAPE sur les projets pétroliers

La plus grande colonie de fous de Bassan au monde passe l’été sur l’île Bonaventure, près de Percé, une zone du golfe du Saint-Laurent qui intéresse l’industrie pétrolière.<br />
Photo: Agence Reuters Howard Burditt La plus grande colonie de fous de Bassan au monde passe l’été sur l’île Bonaventure, près de Percé, une zone du golfe du Saint-Laurent qui intéresse l’industrie pétrolière.

L'évaluation environnementale stratégique (EES) en cours sur la «mise en valeur» des hydrocarbures du golfe du Saint-Laurent souffre de graves lacunes, dénoncent une soixantaine de groupes sociaux et environnementaux. Ils réclament donc que Québec lance une étude beaucoup plus vaste sous l'égide du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. La seule façon, selon eux, de s'assurer d'avoir en main des connaissances plus complètes sur cet écosystème fragile, mais aussi d'impliquer pleinement la population avant de statuer sur la pertinence d'ouvrir le Saint-Laurent aux pétrolières.

En conférence de presse hier matin, la Coalition Saint-Laurent a d'ailleurs insisté sur les «nombreuses aberrations» liées à la démarche actuelle, à commencer par «la portée restreinte et tendancieuse du mandat» de cette EES. Déjà, dans les termes employés par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune pour lancer l'appel d'offres pour la réalisation de l'évaluation, on indiquait clairement que celle-ci devait permettre de «développer des recommandations quant aux conditions de réalisation des travaux d'exploration et d'exploitation pétrolière et gazière en milieu marin».

«Le gouvernement semble avoir pris pour acquis qu'il lèvera le moratoire, a souligné le directeur général de Nature Québec, Christian Simard. Et tout se passe comme s'il n'avait pas retenu de leçons de ce qui s'est passé dans le golfe du Mexique l'an dernier.» Le gouvernement Charest n'a jamais caché son préjugé favorable envers l'exploitation d'énergie fossile dans le Saint-Laurent, voyant là une source de revenus pour l'État. Mais disant vouloir «mettre en valeur de façon responsable les hydrocarbures présents dans son sous-sol marin», Québec a lancé deux EES. La première, portant sur l'estuaire du Saint-Laurent, concluait que les risques environnementaux étaient beaucoup trop élevés pour aller de l'avant.

Dans le cas de la deuxième EES, portant sur le golfe et la baie des Chaleurs — un territoire de 110 000 km2 dont l'écosystème est intimement lié à l'estuaire —, la firme d'ingénierie Genivar doit toucher 748 500 $ pour mener à bien les travaux. Une somme dérisoire, selon Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki au Québec. «Si le pétrole et le gaz naturel peuvent rapporter des milliards de dollars au cours des prochaines années, pourquoi est-ce qu'on ne peut pas trouver plus que 748 500 $ pour étudier le sujet?» À titre de comparaison, Québec a prévu sept millions de dollars pour l'EES portant sur l'industrie du gaz de schiste.

La Coalition Saint-Laurent a justement souligné hier que le rapport «préliminaire» de Genivar ne se base sur aucune nouvelle étude qui aurait été menée pour l'EES. Le volumineux document démontre d'ailleurs clairement qu'il existe un «manque flagrant de connaissances scientifiques concernant le golfe Saint-Laurent et les impacts potentiels qu'y auraient des activités pétrolières», a rappelé M. Mayrand.

Les auteurs du rapport soulignent ainsi le besoin de mieux documenter les effets d'un déversement dans le golfe et les moyens d'intervenir en cas de marée noire. Si une catastrophe pétrolière survenait dans cette zone six fois plus petite que le golfe du Mexique, cinq provinces pourraient être affectées. Les carences en informations sur la faune qui fréquente les eaux québécoises sont également majeures. Les zones d'alimentation, de reproduction ou de mise bas restent bien souvent à préciser. Sans oublier le besoin de mener davantage de recherches sur l'impact des travaux d'exploration sur les espèces marines, dont les cétacés et les poissons. Mais en l'absence de recherches plus poussées, les risques que posent les phases d'exploration et d'exploitation pétrolière et gazière demeurent pour le moment largement méconnus. Malgré cela, le rapport préliminaire de Genivar souligne que des plateformes pourraient être installées d'ici dix ans.

Étude approfondie

Tous ces éléments, estime la Coalition, militent en faveur d'une étude beaucoup plus approfondie de la question de l'exploitation pétrolière dans le golfe. D'autant que, contrairement à ce qu'affirment les promoteurs des pétrolières, il n'y a pas d'urgence à permettre l'exploitation. Il ne serait en effet pas possible de forer à partir des eaux territoriales de Terre-Neuve pour venir soutirer, du côté du Québec, le pétrole de la structure très prometteuse d'Old Harry.

La nécessité d'étudier la question sous l'égide du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) est d'autant plus vraie que l'EES ne comprend pas de véritable consultation de la population québécoise, selon la Coalition Saint-Laurent. Premièrement, ont rappelé les membres de la coalition, le rapport de 670 pages, terminé en mars dernier, a été rendu public le 3 octobre, soit le jour même du début des consultations qui doivent se terminer le 2 décembre. M. Simard a décrié «le peu de temps alloué, soit deux mois, pour commenter un rapport hautement technique et complexe, difficilement accessible pour la population non experte». Des «séances publiques de partage d'information» sont certes prévues, mais uniquement dans «quelques communautés autour du golfe». Et dans certains cas, ont dit les membres de la Coalition, les citoyens ont été prévenus des consultations à peine quelques jours à l'avance. Aucune communauté de l'estuaire ne sera consultée et aucune date n'avait été fixée hier pour une rencontre avec des «groupes nationaux».

La nécessité d'étudier la question sous l'égide du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) est d'autant plus vraie que l'EES ne comprend pas de véritable consultation de la population québécoise, selon la Coalition Saint-Laurent. Premièrement, ont rappelé les membres de la coalition, le rapport de 670 pages, terminé en mars dernier, a été rendu public le 3 octobre, soit le jour même du début des consultations qui doivent se terminer le 2 décembre. M. Simard a décrié «le peu de temps alloué, soit deux mois, pour commenter un rapport hautement technique et complexe, difficilement accessible pour la population non experte». Des «séances publiques de partage d'information» sont certes prévues, mais uniquement dans «quelques communautés autour du golfe». Et dans certains cas, ont dit les membres de la Coalition, les citoyens ont été prévenus des consultations à peine quelques jours à l'avance. Aucune communauté de l'estuaire ne sera consultée et aucune date n'avait été fixée hier pour une rencontre avec des «groupes nationaux».

Quant à la «consultation publique en ligne», elle comprend un questionnaire de plus d'une trentaine de pages «complexe et hautement dissuasif», selon Christian Simard. Et les «commentaires généraux» doivent se limiter à «250 mots». Selon la Coalition, Québec n'aurait pas dû laisser Genivar mener «un mandat de consultation publique de cette envergure. Cette nouvelle forme de partenariat public-privé ne garantit absolument pas toute la transparence et l'indépendance nécessaires à un processus d'examen rigoureux». Il n'a pas été possible de parler à un porte-parole de Genivar hier.
16 commentaires
  • Erixir - Inscrit 8 novembre 2011 04 h 41

    La population ne veut d'étude

    On ne veut pas d'étude, on veut un moratoire, on veut la nationalisation de nos ressources et on veut que le vol de ces ressources et le saccage de notre environnement CESSENT!

  • - Abonné 8 novembre 2011 06 h 04

    Faut commencer quelque part.

    Une étude très préliminaire. Me semble que ça pourrait être possible, de toute façon, avec les techniques modernes de forage, d'exploiter le pétrole possiblement présent sous le lit du fleuve et de l'estuaire à partir de la terre ferme avec des forages à angle. Pas certain que ça serait beaucoup plus cher que de le faire à partir de plate-formes. Sauf si, par paresse et soi-disant connaissance des techniques classiques, on se plaît à extrapoler que ça se fait ailleurs et qu'on peut transposer ces techniques classiques ici dans le Golfe.
    D.autre part les inquiétudes au sujet de risques d'accidents lors du forage et de l'exploitation de plate-formes dans le golfe ou à partir de la terre ferme sont à mesurer avec soin dans le cadre d'une exploitation sécuritaire et sans le moindre risque pour cet écosystème si fragile. Ce sont des risques différents de ceux d'autres exploitations ailleurs dans le monde (Golfe du Mexique, mer du Nord, autour de Terre-Neuve, etc).
    A-t-on finalement besoin de ce pétrole? Certains aux poches infiniment profondes le croient dur comme fer. Alors je pense que des pressions de lobbies ultra-puissants vont de toute façon pousser en ce sens, que 100% des québécois n'y puissent rien. Autant travailler ensemble que l'un contre l'autre. Et BIEN faire tout le travail.

  • Francois - Inscrit 8 novembre 2011 08 h 12

    La population se fait biaiser

    Génivar fait exprès pour rendre le rapport incompréhensible afin de décourager la population de s'y intéresser. Génivar et le gouvernement libéral cherchent à nous biaiser.

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 8 novembre 2011 08 h 42

    Noir Canada!

    D'autant que, contrairement à ce qu'affirment les promoteurs des pétrolières, il n'y a pas d'urgence à permettre l'exploitation. Il ne serait en effet pas possible de forer à partir des eaux territoriales de Terre-Neuve pour venir soutirer, du côté du Québec, le pétrole de la structure très prometteuse d'Old Harry.
    ***********
    Pourquoi ? Y aurait t-il une séparation au niveau de la nappe de pétrole comme dans un réservoir ? Terre-Neuve s'apprêterait semble t-il à forer sans se soucier des études environnementales et des impacts possibles d'un accident semblable à celui du golfe du Mexique .

    Le gouvernement pétrolier bush ,euh pardon Harper n'exigera évidemment pas qu'ils forent un deuxième puits en cas d'accident et il serait très surprenant en tant qu'arbitre qu'il les force à un moratoire pendant que les impacts environnementaux seront étudiés.

    Comme on fait partie de ce beau et grand Canada ,on risque donc de se retrouver le bec à l'eau et notre richesse collective syphonnée par nos amis terreneuviens.

    Chantons en coeur "O Canada my home and native land..."

  • Danielle D - Inscrite 8 novembre 2011 11 h 56

    La nature la plus grande richesse nécessaire

    NON a l'exploitation de toute ressource qui a le moindre impacte présent ou futur.Point final.
    "Me semble" que c'est intelligent,intelligible et de gros bon-sens.

    C'est MA nature,MON territoire, MON patrimoine c'est MA richesse PAS TOUCHE.C'est ce qui doit résonner dans l'ÂME de chaque Kébécois.

    Les premières nations nous ont permis de se mêler a eux et de partager l'espace de vie .
    Ont se doit d'apprendre des erreurs du passer et de protéger cet HÉRITAGE dès maintenant.
    C'est toute la différence entre la stupidité et l'Évolution saine.

    Je suis Né a Moisie La nature coule dans mon être et je dit NON a salir celle qui coulera dans mes descendants.

    J'espère que c'est assé claire...
    Danielle Drolet (maintenant a Kébec ou mes ancêtres sont arrivé en 1654).