Limiter la consommation plutôt que la population

La fonte accélérée des grands glaciers menace les réserves d’eau douce du globe. Ci-dessus: le glacier San Rafael, en Patagonie.
Photo: Agence France-Presse (photo) Martin Bernetti La fonte accélérée des grands glaciers menace les réserves d’eau douce du globe. Ci-dessus: le glacier San Rafael, en Patagonie.

Le principal problème de la planète n'est pas d'avoir à supporter la présence de 7 milliards d'habitants, mais le pillage de ses ressources naturelles par une surconsommation qui menace sa biodiversité en déclin par les changements climatiques et la pollution.

Tel est le jugement que portait hier le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) dans un rapport portant sur les tendances liées au niveau sans précédent de la population mondiale.

«Les indicateurs de ce rapport, indiquait hier Achim Steiner, sous-secrétaire général de l'ONU et directeur du PNUE, mettent en évidence principalement la montée rapide des émissions de gaz à effet de serre (GES) et l'érosion de la biodiversité, ainsi que l'augmentation de 40 % [en 13 ans] dans l'utilisation des ressources naturelles, ce qui dépasse de loin le rythme d'augmentation de la population mondiale.»

Ce rapport, intitulé «Keeping Track of Our Changing Environment», offre cependant des pistes de solutions qui démontrent que la prise de conscience des problèmes a conduit l'humanité à inventer des solutions efficaces. Parfois.

Le meilleur exemple cité est celui de la couche d'ozone. Le protocole de Montréal a ainsi permis de retirer entre 1992 et 2009 de la circulation 90 % des produits qui menaçaient le principal filtre solaire de la planète. Le rapport mentionne aussi le cas d'un des Objectifs majeurs du millénaire: en 2015, 90 % des pays en développement auront accès à de l'eau potable, contre 77 % en 1990.

Mais à court terme, c'est l'épuisement des ressources naturelles par la surconsommation et le réchauffement de la planète qui menace les humains, précise le PNUE. Et cette menace vient principalement des pays occidentaux: 80 % des émissions annuelles mondiales sont le fait de 19 des 194 pays de la planète.

Menace imminente


Cette mise en garde de l'ONU survient deux semaines après qu'une mise à jour des données du Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) à l'aide de nouveaux modèles informatiques en soit venue à la conclusion que l'humanité a tout au plus 100 mois, ou un peu plus de huit ans, pour stabiliser la hausse moyenne du climat à 2 °C, soit le seuil jugé encore sécuritaire par les scientifiques. Au-delà, le mégaphénomène environnemental pourrait en quelque sorte s'autoalimenter par la libération du méthane enfoui dans le pergélisol ou au fond des océans au point de rendre dérisoires ou fort onéreux les efforts de la race humaine pour le contrôler.

Selon Joeri Rogelj, de l'Institut des sciences climatiques et atmosphériques de Zurich, qui pilotait cette étude publiée dans la revue Nature Climate Change, la «fenêtre d'intervention pour limiter la hausse du climat se ferme beaucoup plus rapidement, au point qu'elle se mesure en mois désormais». Et, ajoute l'étude, des parties importantes de l'Afrique et la plupart des régions de Russie et de Chine vont atteindre cette hausse de 2 °C d'ici 10 ans. Le Canada et l'Alaska vont suivre ensuite.

Selon cette nouvelle étude, pour avoir 66 % de chances de stabiliser la hausse du climat planétaire à 2 °C, il faudrait que les émissions croissantes d'origine humaine plafonnent autour de 44 milliards de tonnes (gigatonnes, ou Gt) d'ici 2020. Or, elles dépassaient ce seuil critique l'an dernier. Il faudrait qu'elles décroissent ensuite d'environ 3 % par année pour se limiter à 20 Gt en 2050.

Les chercheurs à l'origine de cette étude doutent cependant de l'atteinte de ces objectifs, car, écrivent-ils, les actuelles centrales thermiques au charbon, au pétrole et au gaz bloquent en quelque sorte tout progrès par leur simple présence et par la nécessité de les rentabiliser.

Des lueurs d'espoir

Le rapport du PNUE d'hier apporte quand même quelques notes d'espoir tout en confirmant que la consommation d'énergie demeure la principale menace pour la planète et sa biodiversité, déjà surexploitée.

La dépense d'énergie par unité du PIB a chuté de 23 % depuis 1992, note le rapport, ce qui n'a toutefois pas empêché la hausse globale des émissions, au point où le réchauffement en cours menace de fonte rapide la plupart des grands glaciers de la planète, la source d'eau principale de régions entières de l'Amérique (Andes), d'Asie (Himalaya) et d'Europe (Alpes). Cette fonte accélérée fait aussi augmenter le niveau des océans, ce qui provoque de plus en plus d'inondations catastrophiques des régions côtières.

Certes, reconnaît le rapport, la contribution des énergies renouvelables atteint présentement 16 % de la production globale. Mais le solaire et l'éolien ne représentent encore que 0,3 % de la production globale. Néanmoins, les investissements dans ces filières vertes ont augmenté de 540 % dans les six dernières années. L'utilisation du biodiesel a augmenté pour sa part de 300 000 %, et celle des biocarburants de 3500 %. Les filières du solaire et de l'éolien ont connu de leur côté des augmentations respectives de 30 000 % et de 6000 % dans les dernières décennies.

Mais, note le rapport sur un ton moins optimiste, l'utilisation des ressources naturelles entre 1992 et 2005 a globalement augmenté de 40 %.

«À moins d'une action concertée et rapide pour infirmer cette tendance, conclut l'étude onusienne, les activités humaines peuvent détruire l'environnement qui permet de maintenir les économies et la vie sur Terre.»

Ainsi, malgré des progrès dans certaines régions, la planète a perdu 300 millions d'hectares de forêts depuis 1990, soit l'équivalent de la Tanzanie. La production alimentaire a connu un bond de 45 % depuis 1992, mais au détriment d'une énorme perte de biodiversité forestière et d'une intense pollution due aux engrais et aux pesticides. Toutes ces pressions sur les milieux naturels ont réduit la biodiversité planétaire de 12 % et dans les régions tropicales, ce pourcentage atteint 30 %. Mince consolation, le rapport note une augmentation de 13 % de la production d'aliments biologiques.

Enfin, une des plus importantes menaces soulignées par ce rapport a trait à l'acidification croissante des océans en raison de l'augmentation du CO2 atmosphérique, ce qui menace la base alimentaire de plusieurs régions pauvres du globe.

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