Des fraises à la place des sapins

Les plantations de sapins comme celle-ci exigent de très généreuses applications d’engrais et de pesticides, que n’exige pas la culture des petits fruits.
Photo: Agence Reuters Darren Staples Les plantations de sapins comme celle-ci exigent de très généreuses applications d’engrais et de pesticides, que n’exige pas la culture des petits fruits.

Québec se propose de modifier le Règlement sur les établissements agricoles (REA) pour permettre la culture des petits fruits sur des surfaces réservées jusqu'ici à la culture des sapins de Noël, une activité assimilée à de la foresterie plutôt qu'à l'agriculture.

Les modifications réglementaires viennent d'être annoncées par le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand. Ce dernier recevra les réactions du public au cours des 60 prochains jours, à la suite desquels le Conseil des ministres pourra adopter le règlement, avec ou sans modification, au début de la prochaine année, précise Didier Bicchi, responsable du secteur agricole au ministère.

La réglementation actuelle empêche le ministère d'autoriser de nouvelles superficies agricoles dans les «bassins dégradés», c'est-à-dire là où il y a excès de phosphore par rapport aux niveaux de sécurité pour la vie aquatique. Cependant, le ministère permettait la culture des sapins de Noël sur de nouvelles surfaces, considérant qu'il ne s'agissait pas d'une activité agricole à des fins alimentaires.

Mais, explique Didier Bicchi, plusieurs plantations actuelles sont devenues non rentables avec un dollar canadien à parité avec le dollar américain. En conséquence, ceux qui cultivent des sapins voudraient bien, quand ils ont rasé une plantation, pouvoir cultiver autre chose sur ces surfaces forestières. Québec entend donc leur permettre, grâce au nouveau règlement, d'y cultiver des petits fruits comme des fraises, des framboises, des bleuets, etc.

Pour le directeur du secteur agricole au ministère, il s'agit d'un gain environnemental dont il ne précise cependant pas la nature. Mais il est bien connu que les plantations de sapins exigent de très généreuses applications d'engrais et de pesticides, que n'exige pas la culture des petits fruits.

D'autre part, Québec se propose d'autoriser dans une logique de rotation des cultures l'utilisation occasionnelle de ces terres pour certaines espèces généralement assimilées à une production agricole. On veut ainsi casser en quelque sorte — et de façon naturelle — le cycle de reproduction des ravageurs des petits fruits, de plus en plus nombreux d'une année à l'autre. Mais les modifications réglementaires envisagées limitent les types de cultures qui seront ainsi permises dans une logique de réduction de l'usage de pesticides. Québec ne veut surtout pas poser le précédent d'agrandir ainsi les surfaces cultivées à des fins agricoles dans les bassins dégradés, assure Didier Bicchi.

Les autres propositions réglementaires soumises à la consultation publique sont plutôt d'ordre administratif, comme l'obligation désormais faite aux agronomes de soumettre par voie électronique tous les plans de fertilisation de leurs clients afin d'accélérer leur examen par le ministère.

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