Gaz de schiste - Il faut accepter de prendre des risques, dit Bouchard

Lucien Bouchard a prononcé un discours devant  l’Association pétrolière et gazière du Québec, dont il est le président. «Le rejet à l’aveugle n’est pas une solution», a-t-il dit à propos des gaz de schiste.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lucien Bouchard a prononcé un discours devant  l’Association pétrolière et gazière du Québec, dont il est le président. «Le rejet à l’aveugle n’est pas une solution», a-t-il dit à propos des gaz de schiste.

L'avenir économique du Québec et l'intérêt public commandent de se lancer dans l'exploitation pétrolière et gazière, a soutenu hier soir le président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, Lucien Bouchard. L'ancien premier ministre, qui a évoqué la nécessité d'accepter de prendre certains «risques», a du même coup ouvert de nouveau la porte à une participation accrue du gouvernement dans l'industrie des énergies fossiles.

«C'est l'avenir du Québec qui est en cause, a lancé M. Bouchard au cours d'un point de presse. On a des besoins énormes. On veut investir en éducation, on veut investir dans les affaires sociales, on veut investir dans les autoroutes, on veut investir partout. Ça va prendre de l'argent pour le faire. Peu importe le parti qui sera au pouvoir, ça va prendre des moyens pour le faire. Et un des moyens, c'est de développer nos ressources naturelles. C'est comme ça qu'il s'est développé, le Québec. C'est quand on a fait des grands barrages pour Hydro-Québec qu'on a commencé à le développer.»

«Le Québec s'est développé par de grandes décisions qui comportaient des risques. Pourquoi est-ce qu'on cesserait de prendre des risques? On n'est pas si peureux que ça au Québec. On est capables de prendre des risques intelligents et calculés», a-t-il ajouté après un discours prononcé à la tribune de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ). Il a même profité de l'occasion pour évoquer les risques pris par des entrepreneurs québécois dans la foulée de la Révolution tranquille.

«Nous voici directement interpellés par de pressantes réalités et de difficiles arbitrages. Le rejet à l'aveugle n'est pas une solution. Il faudra une bonne dose de lucidité, de sens des responsabilités et une audacieuse vision pour prendre les décisions collectives qui s'imposent. C'est l'avenir économique du Québec et l'intérêt public qui nous y convient», avait-il dit en conclusion de son discours, quelques minutes plus tôt. Lorsqu'elle était ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau avait quant à elle invoqué la nécessité de financer les garderies à 7 $ pour justifier le fait de se lancer dans l'exploitation du gaz de schiste.

Lucien Bouchard — dont les honoraires comme président de l'APGQ sont assurés par l'entreprise albertaine Talisman Energy — a également réitéré sa proposition selon laquelle le gouvernement devrait participer au développement de l'industrie. Québec investit déjà plusieurs millions de dollars pour la réalisation de l'évaluation environnementale stratégique, pour accroître l'inspection des puits existants et pour améliorer les connaissances sur les eaux souterraines.

Mais le président de l'APGQ estime que l'État pourrait injecter des millions dans les projets gaziers et pétroliers, sans toutefois aller jusqu'à la nationalisation où à copier le modèle norvégien, qui fournit des revenus substantiels à l'État. Il s'est toutefois dit ouvert à la création d'une société d'État pour participer à l'exploitation. Selon lui, «une bonne partie de l'opposition qui se manifeste à l'encontre de l'exploitation des gaz de schiste vient du fait que les Québécois ont peur que ce soit le secteur privé qui rafle tout le bénéfice. J'ai l'impression que ça ne nuirait pas à ce dossier s'il y avait une participation de l'État qui rassurerait les Québécois sur le fait qu'ils vont aller chercher davantage de bénéfices. À la condition qu'on accepte de prendre des risques».

Pas question cependant de revoir le prix des permis d'exploration qui ont déjà été accordés sur pratiquement tout le territoire propice à la découverte d'hydrocarbures. Ceux-ci coûtent actuellement 10 ¢ l'hectare. Dans l'Ouest canadien, ceux-ci peuvent être vendus aux enchères pour des montants atteignant 500 $ l'hectare. Mais le modèle n'est pas transposable au Québec, selon M. Bouchard. Selon un rapport produit plus tôt cette année par une firme spécialisée en énergie, les permis détenus par l'entreprise Molopo dans le sud de la province pourraient valoir jusqu'à 575 $ l'hectare, une évaluation rejetée par Québec et l'industrie.

Quant à l'épineux dossier des redevances, M. Bouchard a soutenu que l'État doit éviter de les fixer «à un niveau exorbitant» par rapport aux autres juridictions, ce qui «équivaudrait à un refus déguisé de développer la ressource privant ainsi les Québécois de tout bénéfice. Des fois, le mieux est l'ennemi du bien».

Évoquant la question de l'«acceptabilité sociale», le président du lobby de l'énergie fossile a souligné que celle-ci ne devrait pas mener à un refus «de prendre le moindre». D'autant que selon lui, le gaz de schiste «est la transition la plus écologique, la plus conforme aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre». Il se dit aussi tout à fait favorable à l'exploitation pétrolière sur l'île d'Anticosti et dans le golfe du Saint-Laurent.

En ce sens, il espère, sans vouloir «présumer» des conclusions, que le comité mis sur pied pour diriger l'évaluation environnementale stratégique en viendra à la conclusion que le Québec doit aller de l'avant avec cette nouvelle industrie. Il a d'ailleurs répété que le travail du comité — dont la composition a été critiquée par les groupes environnementaux — se bornerait à une démarche des plus rigoureuses.

Lucien Bouchard a du même coup adressé une critique aux opposants. «Rien n'est plus dommageable à la bonne compréhension d'un dossier aussi complexe que la démonisation de certains intervenants, les accusations de toutes natures, la déformation des faits et surtout le refus de discuter du bien-fondé des analyses et des points de vue de l'industrie. Aucune manifestation, aucune insulte ne pourront changer les faits. La démarche scientifique et impartiale du comité apportera une contribution significative à la prise d'une décision éclairée.»

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