L'herbier Marie-Victorin compte aujourd'hui 634 640 spécimens... dont 7000 d'un certain Dansereau

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Luc Brouillet pourrait vous nommer les 634 640 spécimens de son herbier. Mais comme c'est un homme très occupé, il n'aurait pas le temps de se rendre à la fin de la liste. Il est le conservateur de l'herbier Marie-Victorin depuis 1982 et professeur titulaire au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal.

La spécialité de Luc Brouillet, c'est la systématique moléculaire et l'évolution des Astéracées, la phylogénie des asters nord-américains, la biogéographie et la floristique, sans oublier la flore du Québec-Labrador et de Terre-Neuve, sa répartition et sa conservation. Luc Brouil-let participe aussi aux projets de la «Flore du Québec-Labrador nordique» et de «Flora of North America».

L'herbier Marie-Victorin est fondé en 1920 au moment de la création de l'Institut botanique de Montréal. C'est le quatrième herbier en importance au Canada. Les plantes constituant la base même de cet herbier proviennent du frère Marie-Victorin lui-même, représentant une partie de la collection qu'il avait accumulée jusque-là. Par la suite, l'herbier s'est enrichi grâce à des échanges avec d'autres établissements canadiens et américains. La collection comporte des spécimens originaires de partout dans le monde, dont une moitié proviennent du Canada, alors que l'autre moitié de la collection se partage entre les États-Unis, l'Europe et l'Asie.

Cet herbier n'est pas ouvert au grand public. Cependant, quelques fois par année, Les Amis du Jardin botanique y organisent des visites guidées. Dans le cadre d'un plan pédagogique, des classes peuvent aussi y venir sur rendez-vous.

Et Dansereau arrive

C'est vers la fin des années 80 que Pierre Dansereau entre en scène. À l'époque, il fait don de son herbier personnel à l'herbier Marie-Victorin. Représentant environ 7000 spécimens, cette collection provient de cueillettes effectuées par Pierre Dansereau lors de ses voyages ici et à l'étranger. Géographiquement éclaté, l'herbier de Pierre Dansereau comporte des plantes de l'Amérique du Sud, de la Nouvelle-Zélande et du Haut-Arctique canadien. Des endroits où M. Dansereau avait fait des études de phytogéographie, donc d'écologie structurale.

«La grande particularité de cet herbier, ce sont les carnets de notes de terrain qui y sont rattachés. Ces carnets comportent beaucoup d'informations écologiques et sont accompagnés de points d'observation de Pierre Dansereau», nous dit Luc Brouillet. Selon lui, c'est ce qui constitue le plus grand intérêt de cette collection.

Et même si ces notes ont toutes déjà été publiées, elles l'ont été sans être accompagnées de la liste des spécimens récoltés: «On n'a pas encore fini le travail, mais, une fois qu'on aura tout informatisé, inventorié et déposé, quelqu'un pourrait très bien étudier le lien entre les études écologiques et ces spécimens.»

Même s'ils n'ont jamais travaillé ensemble, Luc Brouillet a souvent croisé Pierre Dansereau. M. Brouillet se souvient de ses premières rencontres avec Pierre Dansereau lorsque celui-ci revenait rendre visite à d'anciens collègues. Mais son souvenir le plus mémorable remonte à une visite que les deux hommes avaient effectuée à la station biologique de l'UQAM en région coniférienne: «On se promenait, on était dans une tourbière et tout à coup Pierre Dansereau aperçoit le lac. Il n'a pas pu résister, il s'est déshabillé et, flambant nu, a sauté à l'eau!!! Ce n'est pas tant le fait qu'il s'est déshabillé qui est inusité, mais c'est qu'il l'a fait malgré le nombre incroyable de moustiques, ce qui ne semblait pourtant pas le déranger, comme s'il était immunisé contre leurs piqûres», se remémore Luc Brouillet.

Si un biosystématicien et taxonomiste reste toujours un collecteur, son herbier, comme tous les herbiers, témoigne aussi de ces études qui furent et sont faites à différents endroits du monde.