Heureux celui par qui la connaissance arrive

Normand Thériault Collaboration spéciale
Pierre Dansereau<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Pierre Dansereau

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Rares sont celles ou ceux dont le parcours aura recouvert un temps aux dix décennies. Et pour cet homme, né à Outremont au début d'un autre siècle, ce fut une vie de plus d'un combat: qui aurait dit au jeune homme qu'il était qu'il imposerait ici, comme ailleurs, ce néologisme qu'est «écologiste», mot qui désigne ce spécialiste de l'environnement, là où nature, culture, environnement et responsabilité collective ensemble se conjuguent?

Dans l'histoire des connaissances, Pierre Dansereau fut d'abord remarqué comme biogéographe, tenant d'une discipline dont une de ses propres correspondances fournit la définition pour l'encyclopédie Universalis: «La biogéographie embrasse tous les aspects de l'adaptation des êtres vivants à leur milieu. Elle doit considérer tour à tour leur origine, leurs migrations et leurs associations, ou biocénoses. L'issue des conflits entre l'hérédité et le milieu ne devient compréhensible qu'en intégrant la génétique des populations dans le contexte des milieux naturels.»

Parcours planétaire

S'il a obtenu son B. A., ce baccalauréat ès arts, au collège Sacré-Coeur de Sudbury, c'est à l'Université de Montréal qu'il séjourne, un an d'abord à la Faculté de droit, avant de se retrouver à l'Institut agricole d'Oka. Plus tard, comme un dilettante, il débarque dans les universités de Paris et de Genève, avant d'amorcer ce qui deviendra au long des décennies une prestigieuse carrière: il est d'abord nommé assistant-directeur des services techniques du Jardin botanique de Montréal.

Plus tard, l'Université de Montréal. McGill, Rio, Stanford, Burlington, Ann Arbor, la Sorbonne, Columbia, Fordham, Laval, Concordia, tous ces établissements, plus de nombreux autres où on le retrouve avec le statut de professeur invité. Et cela, avant de prendre sa «retraite», à l'âge où les autres le font, à l'Université du Québec à Montréal, car cette UQAM est heureuse de le laisser poursuivre sa propre synthèse des connaissances: ce qu'il fait, la porte du bureau ouverte.

Un être remarquable


Il est difficile de savoir le nombre de comités, de groupes de recherche dont il a fait partie. Et c'est par dizaines qu'il a reçu les doctorats honoris causa. Et le Québec lui a accordé tous les honneurs que l'État pouvait rendre à un individu.

Pierre Dansereau est, dans le sens fort et accepté du terme, un être remarquable. Aussi, quand l'UQAM eut à rendre hommage à un chercheur au moment de l'ouverture d'un nouveau pavillon des sciences, c'est le nom de Complexe des sciences Pierre-Dansereau qui fut retenu. Et l'honneur fut apprécié: «Que mon nom soit donné au pavillon des sciences de l'Université du Québec me fait un velours, dit-il lors de l'entrevue qu'il accorde au Devoir au moment de l'inauguration de l'édifice, en novembre 2005. Ça me fait plaisir de voir mon nom sur le fronton d'un édifice. Vous savez, je vais un jour disparaître, mais mon nom demeurera beaucoup plus longtemps...»

En fait, son nom eût de toute façon demeuré. Car combien de scientifiques ont réussi à démontrer que l'évolution de l'humanité se fait et se fera non par cette lutte dont parlait Darwin, mais par la capacité des espèces à comprendre que l'avenir de tous se fait dans le respect de l'autre, qu'il soit animal, végétal, minéral ou rattaché à l'une ou l'autre de ces catégories que la science nomme?