Musée des sciences et de la technologie du Canada - Une exposition sur les sables bitumineux financée par le lobby

Exploitaiton de sables bitumineux près de Fort McMurray, en Alberta.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mark RALSTON Exploitaiton de sables bitumineux près de Fort McMurray, en Alberta.

Ottawa — Le Musée des sciences et de la technologie du Canada, institution très populaire de la capitale fédérale auprès des familles et des écoles, inaugure ces jours-ci une exposition sur les diverses sources d'énergie produites et consommées au Canada. La particularité? Le segment traitant des sables bitumineux albertains reprend de larges pans de l'argumentaire pro-exploitation du gouvernement conservateur et a été financé et conçu en partie... par le lobby des exploitants de sables.

Énergie, le pouvoir de choisir, a été lancée officiellement mardi soir, en présence du ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver. Le Devoir l'a visitée. On y lit dans un cercle rouge qu'«à mesure que les réserves de pétrole classique diminuent, les sables bitumineux deviennent une source d'énergie vitale». Ou encore que seulement «un dixième de 1 % des émissions mondiales des gaz à effet de serre est dû à l'exploitation des sables bitumineux». Nulle part ne mentionne-t-on que si petit ce pourcentage soit-il, il est démesuré par rapport à la taille de l'industrie qui en est responsable. L'exposition soutient également qu'«au cours des 40 dernières années, 0,02 % de la forêt boréale canadienne a été perturbée par les opérations d'exploitation des sables bitumineux».

Plus loin, la photo du site Petrolia exploité en 1909 en Ontario jouxte celle de moutons qui y broutent aujourd'hui comme la preuve que «le site est revenu à la nature un siècle plus tard».

Dans la liste des «avantages» des sables, on lit quantité de chiffres répétés sans cesse par le ministre Oliver. On indique que le développement de cette industrie injectera plus de 1,7 billion de dollars à l'économie canadienne d'ici 25 ans et qu'en 2020, elle aura généré 174 000 emplois. À plusieurs endroits, on répète que le Canada est «un géant en matière d'énergie» et que cette industrie rapporte des sommes considérables aux gouvernements. Au nombre des «avantages», on retrouve que le secteur «a entamé de nouvelles recherches sur le réaménagement des terres boréales, la remise en état des terres et la diminution des émissions et de l'utilisation de l'eau».

L'exposition dresse aussi une liste de «défis» de l'industrie. Il est écrit que cette exploitation cause l'érosion, modifie la salinité et la fertilité des sols, provoque l'acidification des pluies et engendre des polluants et contaminants, sans plus de détails. On indique aussi que cette industrie consomme beaucoup d'eau et «nécessite du pétrole et du gaz, ce qui contribue à l'épuisement global des ressources non renouvelables».

Le ton général reste favorable. Deux vidéos sont offertes aux visiteurs: une première conçue par ConocoPhillips, qui se targue d'être le premier exploitant pétrolier au pays, et l'autre par l'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), le consortium des exploitants de sables bitumineux.

Une somme de 50 000 $

Le musée reconnaît avoir accepté une somme de 50 000 $ de l'ACPP, mais tempère en rappelant que cette exposition, y compris sa version itinérante destinée aux enseignants du primaire et ses deux expositions soeurs à saveur agricole et aéronautique, a coûté au total 3 millions de dollars. Le Musée reconnaît également que le président de l'ACPP a siégé au comité de direction, responsable du contenu de l'exposition.

«On avait aussi des gens du milieu académique, des ONG et l'Institut Pembina qui siégeaient au comité consultatif», ajoute Yves St-Onge, le porte-parole du musée. Il ne veut pas se prononcer sur la neutralité du contenu. «Dès le départ, on a dit à tous nos partenaires que nous étions un musée et qu'à ce titre, nous avions la responsabilité de nous assurer que tous les faits étaient vérifiables et bien documentés. On n'a pas tenté de reprendre le credo d'un secteur industriel ou d'un autre. En fait, la plupart des gens à qui on a parlé dans l'industrie nous ont tous également critiqués pour notre contenu.»

Steven Guilbeault, d'Équiterre, déplore la présentation positive et démagogique des faits. Au lieu de dire que les bassins de rétention des eaux usées hautement toxiques couvrent 170 kilomètres carrés, on aurait pu écrire qu'ils sont suffisants pour remplir 160 000 piscines olympiques, un chiffre beaucoup plus impressionnant, illustre-t-il. «Qu'un musée se prête à ce genre d'exercice est proprement scandaleux», conclut-il.

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