Qualité de l'air - Montréal mal classée au bilan de l'OMS

Au Canada, c'est Sarnia, une ville ceinturée de raffineries et d'industries majeures, qui remporte la palme avec une concentration moyenne de 12,7 microgrammes de PM2,5 par mètre cube d'air. Montréal vient juste derrière avec une moyenne de 11,2, suivie par Windsor avec une moyenne de 10,1 microgrammes.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Au Canada, c'est Sarnia, une ville ceinturée de raffineries et d'industries majeures, qui remporte la palme avec une concentration moyenne de 12,7 microgrammes de PM2,5 par mètre cube d'air. Montréal vient juste derrière avec une moyenne de 11,2, suivie par Windsor avec une moyenne de 10,1 microgrammes.

Si le Canada se retrouve en troisième position parmi les pays qui bénéficient d'un air de bonne qualité dans leurs grandes villes, Montréal arrive au deuxième rang des villes canadiennes où la pollution de l'air est la plus intense. La région métropolitaine n'est en effet devancée au pays que par la ville industrielle de Sarnia, en Ontario.

C'est ce qui ressort du bilan de la qualité de l'air de près de 1100 villes dans 91 pays de la planète, publié la semaine dernière par l'Organisation mondiale de la santé. Ce bilan se concentre cependant sur un seul contaminant atmosphérique, soit les particules de moins de 2,5 microns, que l'on appelle en langage spécialisé les «PM2,5» pour «Particulate Matter 2,5».

Ces molécules, émises lors de la combustion du bois et des combustibles fossiles, principalement par les moteurs diesel et, dans une moindre mesure, par les moteurs à essence, sont hautement cancérigènes. Elles sont associées aux cancers du poumon, à plusieurs maladies respiratoires aiguës et aux problèmes cardio-vasculaires. Les autorités canadiennes estiment que plus de 4000 personnes meurent chaque année de maladies respiratoires, dont environ 1500 à Montréal. À l'échelle planétaire, on compte 1,3 million de morts par année.

Au Canada, c'est Sarnia, une ville ceinturée de raffineries et d'industries majeures, qui remporte la palme avec une concentration moyenne de 12,7 microgrammes de PM2,5 par mètre cube d'air. Montréal vient juste derrière avec une moyenne de 11,2, suivie par Windsor avec une moyenne de 10,1 microgrammes. Toronto, qui exporte vers le Québec une bonne partie de sa pollution de l'air, se retrouve loin derrière Montréal avec une moyenne de 7,9 microgrammes de PM2,5.

Les autres grandes villes canadiennes ont en général un air bien meilleur que celui de Montréal, qui s'en tient à une symbolique journée sans voiture par année et des avis de smog qui n'ont aucun effet dissuasif. Ainsi, Vancouver métro obtient une moyenne de 4,9 PM2,5; Halifax, 4,8; et Calgary, 5,6.

Ce bilan est néanmoins meilleur, pour ne pas dire bien meilleur que Hambourg (15,7), Paris (22,7), Mexico métro (66), Sarajevo (117), Beijing (121) ou Karachi (193).

Un retard compréhensible

Pour Patrick Bonin, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, ces résultats sont «compréhensibles et prévisibles jusqu'à un certain point».

En effet, les milieux de la santé estiment qu'il y a plus de morts prématurées pour cause de smog à Toronto (2500 par année) qu'à Montréal (1500 en 2006 selon l'Agence de santé et des services sociaux). Comment alors expliquer la différence en faveur de Toronto, notée par le bilan de l'Organisation mondiale de la santé (OMS)?

C'est peut-être parce que l'OMS s'est inspirée de chiffres soumis par Environnement Canada, qui sont sans doute moins précis que ceux des provinces, avance Patrick Bonin. C'est peut-être aussi un biais induit par le fait que ce bilan ne tient compte que des PM2,5, et non de l'ensemble des contaminants relevés dans l'air ambiant par les réseaux provinciaux d'échantillonnage de l'air, dit-il.

Mais il est certain, ajoute-t-il, que Montréal bénéficie d'une qualité de l'air véritablement problématique, qui a été reléguée «à tort» par les médias derrière les changements climatiques au cours des dernières années. Selon l'Association médicale canadienne, rappelle l'écologiste, les dommages sur la santé publique du mauvais air des villes québécoises engendrent des pertes économiques de 2 milliards par année.

Montréal, ajoute Patrick Bonin, reçoit en gros 30 % de sa pollution atmosphérique de Toronto, autant des États-Unis et des usines du Midwest, et il ajoute environ 40 % avec ses sources locales.

Les principales sources locales de PM2,5 sont le chauffage au bois en hiver, plus abondant ici qu'à Toronto, explique le représentant de l'AQLPA. Dans l'est de Montréal, certains jours de l'hiver, on a recensé des concentrations de PM2,5 dépassant les 60 microgrammes par mètre cube.

S'ajoutent les chauffages à mazout même s'ils ne sont pas nombreux et l'intense pollution quotidienne du parc automobile et des poids lourds qui s'agglutinent sur le boulevard métropolitain, la plupart fonctionnant au diesel.

Au Canada, le seuil de sécurité a été fixé à 30 microgrammes de PM2,5 par mètre cube d'air. À Montréal, explique Patrick Bonin, cette norme a été dépassée respectivement 73 et 67 fois en 2008 et 2009.

Selon cet écologiste, Québec aurait avantage à augmenter le nombre de ses stations d'échantillonnage de la qualité de l'air, en particulier sur la Rive-Sud, et les rendre capables de déceler un plus grand nombre de contaminants afin de disposer de bilans plus précis sur les sources de pollution de l'air.

Si le projet de règlement sur la qualité de l'air en préparation à Québec prévoit que le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs ne délivrera pas de certificats d'autorisation à de nouvelles sources de pollution de l'air dans les zones où l'on dépasse les normes, il n'a pas osé encore mettre au point un système de suivi qui permettrait de stopper immédiatement les usines d'un secteur où l'on dépasse les seuils de sécurité pour la santé publique.

Cette faille, explique Patrick Bonin, traduit la volonté du gouvernement de faire encore passer le profit des entreprises avant la santé publique, même dans les zones les plus à risques.

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Pour lire le bilan de la qualité de l'air de l'OMS (fichier Excel)
10 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 septembre 2011 07 h 10

    lol

    En entendant la nouvelle hier soir au Journal, en apprenant que je vivais dans le pays qui avait la 3e meilleure qualité d'air au monde, je me suis dit: mais comment Louis-Gilles va prendre ca? (j'ai pensé qu'il allait ignorer la nouvelle)

    Encore une fois j'avais sous-estimé la capacité de Louis-Gilles de transformer un championnat en catastrophe écologique

    PS: Avez-vous déjà rencontré un écologiste heureux?

  • Julie Maurais - Abonnée 27 septembre 2011 08 h 03

    Message à M.Tremblay

    "Les autorités canadiennes estiment que plus de 4000 personnes meurent chaque année de maladies respiratoires, dont environ 1500 à Montréal. "

    Cela vous rend heureux vous?

  • Pierre Samuel - Inscrit 27 septembre 2011 08 h 09

    «L'club des ben d'même...» (dixit Richard Desjardins)

    «Et c'est pas fini, ce n'est qu'un début...», comme le dit la chanson, car si rien ne change au rythme de croissance actuel de nouveaux automobilistes dans la région de Montréal, nous devrons bientôt être masqués pour y circuler...maudite belle qualité de vie!!!

  • Kim Cornelissen - Inscrite 27 septembre 2011 08 h 51

    @ Rodrigue Tremblay : venez donc "jouer" dehors aves les écolos!

    Vouloir que les gens soient en santé dans une Nature qu'il l'est tout autant, ça empêche pas d'être heureux, bien au contraire... Et quand il y a de bonnes nouvelles, on les voit aussi et on se les partage. Vous avez une drôle de vision de celles et ceux qui protègent votre univers, en espérant que vous vous joindrez un jour à nous... Ça vous ferait sûrement du bien de vous impliquer pour améliorer la qualité de vie de tout le monde, comme on le fait tous les jours; non seulement ça vous mettrait de bon humeur, pas tout le temps, mais avec votre sens critique aiguisé, vous pourriez sans doute avoir un impact positif pour l'humanité et des gestes de vos semblables dont vous dépendez... Au-delà des babines, y a les bottines...

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 septembre 2011 08 h 58

    @bonin

    Savez-vous combien de personnes meurent chaque année au Québec, toutes causes confondues?

    58,000, dont environ 28,000 à Montréal.

    Allez-vous me faire accroire qu'un Montréalais sur 18 meurt à cause de la pollution de l'air? Que 4 Montréalais meurrent chaque jour à cause de la pollution de l'air? lol

    Alors, est-ce que vous pourriez me les nommer? Est-ce que Louis-Gilles pourrait, demain matin, publier la liste des 4 Montréalais qui vont mourir aujourd'hui à cause de la pollution de l'air?

    Ou tiens, samedi prochain, est-ce que Le Devoir pourrait mettre la photo des 28 Montréalais qui vont mourir cette semaine de la pollution de l'air?

    Ces stats c'est de la bouillie pour les chats. Ce sont des stats "théoriques" et non réelles. C'est comme le tabac: on dit que le tabac tue 10,000 Québécois chaque année. Mais pour arriver à ce chiffre surréaliste, on prend 95% des cancers du poumon (4,000) et on ajoute une partie de la mortalité corrénarienne (20,000). On établit que le tabac est responsable de 25% de la mortalité corrénarienne, alors on calcule 5,000 morts. On ajoute la portion des cancers de la gorge, on ajoute les incendies et les accidents causés par la cigarette, et on arrive aux chiffres de 10,000. C'est de la fabulation "scientifique".

    Pareil avec la pollution. C'est du flingflang "scientigique". De la théorie qui n'a rien à voir avec la vraie vie.