Climat: où est l'aide promise?

La semaine dernière, un câble diplomatique provenant du consulat des États-Unis, publié par WikiLeaks, rapportait que l'argent investi par de grandes firmes occidentales dans des projets de réductions de gaz à effet de serre en Inde avait financé des projets qui se seraient faits de toute façon.
Photo: Agence Reuters Mukesh Gupta La semaine dernière, un câble diplomatique provenant du consulat des États-Unis, publié par WikiLeaks, rapportait que l'argent investi par de grandes firmes occidentales dans des projets de réductions de gaz à effet de serre en Inde avait financé des projets qui se seraient faits de toute façon.

L'aide financière promise aux pays en développement à la conférence internationale sur le climat de Copenhague, en 2009, n'est pas au rendez-vous, et la mince partie disponible ne cible ni les besoins les plus pressants ni les priorités des pays aux prises avec «l'injustice climatique», comme les petites îles du Pacifique ou certaines régions du Bangladesh.

C'est ce qu'ont soutenu hier plusieurs représentants de pays en voie de développement présents au congrès mondial de CIVICUS, qui réunit jusqu'à ce soir plus de 2500 délégués de la société civile internationale au Palais des congrès de Montréal.

Pour Emele Duituturaga-Jale, directrice générale de l'Association des organismes non gouvernementaux des îles du Pacifique (PIANGO), «il y a de l'argent, mais on n'en voit pas la couleur. Jusqu'ici, les pays développés ont versé 1,3 milliard — sur les 30 milliards promis d'ici 2012 — pour financer l'adaptation à ces changements climatiques que nous subissons sans en être les responsables. Mais dans notre cas, cet argent, il nous le faut maintenant, car, chez nous, dans les petites îles, nous sommes en train d'être submergés».

Elle dénonce le fait que les pays riches préfèrent investir dans les pays en développement dans des projets qui réduisent leur contribution aux changements climatiques plutôt que de les aider à y faire face en adaptant rapidement leurs infrastructures à ces nouvelles menaces. Pourtant, pour eux, dit-elle, l'urgence, c'est de faire face à la menace climatique, pas de lutter contre elle en réduisant une contribution déjà totalement marginale.

La semaine dernière, un câble diplomatique provenant du consulat des États-Unis, publié par WikiLeaks, rapportait que l'argent investi par de grandes firmes occidentales dans des projets de réductions de gaz à effet de serre en Inde avait financé des projets qui se seraient faits de toute façon. En somme des investissements qui n'ont en rien bénéficié au climat, mais seulement à quelques capitalistes bons vendeurs.

Plusieurs représentants de la société civile des pays en développement réclament par ailleurs que les pays occidentaux leur octroient de «l'argent neuf» et non des budgets déjà votés, auxquels on accole une étiquette verte.

«On ne veut pas de prêts non plus, mais des dons» en compensation pour les dommages climatiques attribuables au développement des pays riches. Et on veut que cet argent soit rapidement orienté vers les problèmes particuliers des régions les plus menacées, au moyen, par exemple, de Fonds d'aide régionaux, plutôt que par les grands programmes de la Banque mondiale.

Pour Vitalice Meja, de Reality for Aid Africa, «les règles bureaucratiques actuelles empêchent plusieurs pays aux prises avec des problèmes concrets d'obtenir des fonds à cause des règles souvent inappropriées des programmes onusiens ou de la Banque mondiale. Ces programmes n'utilisent pas assez le savoir et les modes d'intervention des communautés de nos pays. De plus, le Fonds global pour le climat devrait cesser d'être d'abord une occasion d'affaires chez nous pour les grandes sociétés commerciales des pays développés».

Une étude publiée il y a quelques jours par Bodo Ellmers, du groupe Eurodad, décortique la manière dont les fonds «climatiques» sont dépensés. On y apprend que la moitié des 69 milliards (US) consacrés à ces programmes servent d'abord et avant tout à des achats d'équipements et de services dans des pays extérieurs à ceux qu'on veut en principe aider. Cette aide, qui fait appel en grande partie aux experts de pays occidentaux, serait de 15 à 40 % plus chère que si les mêmes services étaient demandés à des entreprises ou à des consultants locaux.

En 2008, selon cette étude, 67 % des sommes allouées par la Banque mondiale à ces fins ont été réservées aux firmes de 10 pays majeurs. Et quand les pays donateurs s'entendent avec le pays bénéficiaire sur un projet précis, ils exigent généralement une plus grande libéralisation des systèmes d'achats ou des services publics, ce qui leur ouvre un marché facile à dominer en raison de leurs moyens.

Certes, reconnaît cette étude, l'aide aux pays en développement a augmenté considérablement en 10 ans, passant de 54 milliards en l'an 2000 à 129 milliards en 2010. Mais on est toujours loin, souligne-t-elle, du 0,7 % du PIB des pays donateurs, soit la cible officielle de l'ONU.

D'autre part, plusieurs groupes environnementaux et sociaux ont fait état hier de leurs craintes de voir l'énorme conférence internationale de Rio+20, en juin prochain, dominée par la logique du néolibéralisme alors qu'elle devrait devenir le lieu d'une redéfinition en profondeur d'une «économie verte», par et pour la société civile, au lieu de consacrer la récupération, déjà en partie avérée, du concept de «développement durable» par une économie qui devient sa propre finalité.

Cette troisième édition du Sommet de la Terre, après les conférences de Rio en 1992 et de Johannesburg en 2002, sera consacrée au «développement durable» et non à l'environnement, une problématique qui se retrouvera placée entre celles du développement social et du développement économique.

Pour plusieurs écologistes, dont le directeur de Greenpeace international, Kumi Naidoo, lui-même ancien directeur général de CIVICUS, le danger d'éviter à Rio en juin prochain un véritable bilan des grands enjeux environnementaux — biodiversité et climat — est non seulement une erreur, mais une sorte de démission devant des problèmes dont la gravité et la non-résolution aggravent la pauvreté, la misère et la marginalisation de la société civile qui veut les résoudre en priorité dans le cadre d'une définition claire de la «justice climatique».

Selon ce concept, de plus en plus défendu dans les pays en développement, ce sont les pays développés, qui représentent 20 % de la population mondiale, mais qui sont responsables de 75 % de l'accumulation historique des gaz à effet de serre dans l'atmosphère terrestre, qui doivent payer pour minimiser les impacts des changements climatiques dans les pays pauvres.

De plus, ont souligné plusieurs, les organismes sociaux et environnementaux qui composent la société civile ont peu d'influence présentement sur l'élaboration du contenu de Rio+20 dans le processus onusien, car leurs forces sont fragmentées et peu coordonnées en comparaison des forces économiques et politiques traditionnelles.
8 commentaires
  • Mariette Payeur - Inscrite 12 septembre 2011 08 h 33

    Frime

    Bref, la bêtise traditionnelle se poursuit.
    Les beaux mensonges fleurissent.
    Si, pour faire de généreux profits, il est nécessaire d'aggraver la misère et la pauvreté des nations les plus démunies, on ne se gênera pas.
    Et l'on ne veut pas comprendre que de telles disparités font que le terrorisme se propage toujours plus.
    Et ça ne changera pas de sitôt.
    On n'a qu'à se rappeler le 11 septembre 2001. Même après une telle leçon, nos dirigeants, économiques et politiques, loin de changer, ont accentué leur approche mercantile la plus inéquitable. En blindant le tout dans une fausse sécurité, ruineuse et réductrice de liberté.
    Tout est priorisé en fonction des affaires.
    Le climat, sur les plans social et écologique, est toujours aussi négligé.
    Navrant.

  • Gilbert Talbot - Abonné 12 septembre 2011 11 h 09

    Mauvaise nouvelle, ce matin.

    La mauvaise nouvelle dans cet article c'est qu'il nous explique clairement que l'écologie est soumise de plus en plus à l'économie et plus précisément à l'économie néolibérale. La finance mondiale a provoqué la plus grave crise économique de l'Histoire en 2008, dont les effets se font toujours sentir dans des pays comme la Grèce et quelques autres pays pauvres européens. Si on applique la même logique du marché pour régler les problèmes écologiques, il est é prévoir que ce sont aussi les pays pauvres de la Planète qui vont écoper. En particulier, ces petites iles du Pacifique qui sont sur le bord d'être submergées par la hausse du niveau de la mer, qui lui-même est provoqué par la fonte des glaciers des pôles Nord et Sud, eux-mêmes soumis à la hausse de température planétaire, qui elle est dû à l'augmentation des gaz à effets de serres, qui eux proviennent de l'industrialisation humaines, stimulées par une économie néolibérale qui s'étend à toutes la planète. Tel est le cercle vicieux. On pensait, à Rio en 1992 que l'urgence de la situation obligerait les pays à voter des lois qui restreindraient l'émission des gaz à effets de serres pour briser ce cercle vicieux. Cependant, à Copenhague, les États-Unis et la Chine sont revenus à une approche non-contraignante pour l'économie de marché, en cela influencé par le volte-face du Canada. Et ce matin, on apprend que «les fonds disponibles profitent trop aux pays donateurs». On est rentré dans le cercle néolibéral : ce qui compte c'est l'économie de marché, pas l'écologie.

  • Fernand Trudel - Inscrit 12 septembre 2011 11 h 45

    L'arnaque climatique

    On a culpabilisé les humains pour permettre à une industrie de prendre son envol. Je ne suis pas surpris de ce constat d'échec. Contrôler le climat, jamais l'humain n'y parviendra car son apport est marginal dans l'atmosphère.

    Déjà le principal motivateur et initiateur du mythe vert, Al Gore, était en conflit d'intérêt avec son hedge fund, principal investisseur via Goldman Sachs dans la bourse du carbone. Pour celà, il fallait décréter le cap-and-trade et déclarer le CO2 comme dangereux afin sde permettre l'enviol de cette bourse aussi nébuleuse que la boucane sur laquelle elle fait investir. Je te vend mes crédits de boucane pour que tu puisse à continuer à en faire. Gore a eu à répondre à cette épineuse question du conflit d'intérêt devant le sénat et il échoua.

    http://winteryknight.wordpress.com/2009/04/26/mars

    Quant au secrétaire du sommet de Rio en 1992, Maurice Strong, membre du board de la bourse du carbone de Chicago et fondateur de l'UNEP et bras droit de Ban-Ki Moon. il est en partenariat avec Desmarais, son ami. Car Strong a été président de Power Corp. et il fait partie d'un consortium qui s'affaire à construire en pays asiatique des centrales électriques mues au charbon financée par une banque asiatique dont le conseiller en environnement est nul autre que Rajendra K Pachauri, président du GIEC et conseiller en environnement du gouvernement hindou. Comme si l'Inde était pas pollué et avait à nous donner des leçons sur la pollution. Oui c'est une arnaque climatique qui permet à des gens de s'enrichir au dépends des crédules matraqués par les médias qui les culpabilisent...

  • Pascal Laflamme - Inscrit 12 septembre 2011 13 h 06

    Mythe vert ?

    Monsieur Trudel, n'y a t-il pas assez de preuves scientifiques à l'appui qui prouve hors de tout doute que nous ne vivons pas un mythe vert ? Le seul show de boucane ici est celui que vous essayez maladroitement de promouvoir par vos déclarations. L'être humain reste l'être humain, et là où il y a de l'argent à faire, il va s'essayer, mais de là à réfuter l'évidence planétaire. Combien de tornades, d'inondations, et de kilomètres de glacier vous faut-il pour vous rendre à l'évidence ? Exemples : la sécheresse de cette année au Texas, les inondations du Richelieu ce printemps, des records l'un après l'autre...et tout cela c'est le fruit du hasard ? Il est de temps de vous faire à l'idée. Peut-être y a t-il des gens qui font de l'argent avec le fait environnemental mais vous ne pouvez pas nier l'évidence soumise par des centaines d'experts de la GIEC.

  • Jean Laflamme - Abonné 12 septembre 2011 14 h 10

    Solidarité obligée

    Les lois du marché, même celui de la boucane, ne pourront jamais résoudre l'injustice climatique, tout comme la autres injustices qui afligent l'humanité, qui sont le plus souvent causées par la surconsommation des pays riches dans le monde ou encore celle des riches dans les pays pauvres. À la sortie du colonialisme, Gandhi avait proposé une alternative aux lois du marché:' Vivre simplement pour que d'autres puissent simplement vivre'. Les pauvres devraient enseigner aux riches les façons de ne pas épuiser les ressources limitées du monde. La pollution extrême n'est-t-elle pas le libératisme économique qui pense que ces ressources sont illimitées?
    Nous n'avons pas le choix de les partager. Et les pauvres auraient des leçons de partage à échanger contre les leçons des riches.
    Jean Laflamme, Saint-Bruno-de-Montarville