Sables bitumineux - Les écologistes nord-américains opposés aux pipelines canadiens se mobilisent

La bataille contre les pipelines destinés au transport du pétrole des sables bitumineux du Pacifique à l'Atlantique en passant désormais aussi par le golfe du Mexique, est en voie de mobiliser en même temps les écologistes des États-Unis, de l'Est et de l'Ouest canadien.

Alors qu'on dénombrait cette semaine par centaines les manifestants qui se sont fait arrêter aux portes de la Maison-Blanche pour contrer l'expansion du projet Keystone XL, le département d'État accordait néanmoins hier un premier feu vert à la construction de cet oléoduc par la société TransCanada. L'administration Obama, qui avait attiré les écologistes à la dernière élection grâce à sa promesse de réduire la contribution des États-Unis au réchauffement du climat, affirmait hier sur la foi de l'évaluation environnementale de TransCanada qu'elle ne disposait d'aucun indice permettant d'affirmer que l'utilisation de Keystone XL intensifierait l'exploitation des sables bitumineux ou poserait des problèmes de sécurité pour les huit États traversés par le pipeline.

Le mouvement d'opposition civile déclenché au début de la semaine à Washington — et qui a mené à l'arrestation d'artistes des deux côtés de la frontière — a fait tache d'huile hier dans l'Ouest canadien dans un nouveau mouvement de solidarité dirigé cette fois contre le TransMountain Pipeline de la société Kinder Morgan. Ce pipeline, qui s'approvisionnera lui aussi dans les sables bitumineux albertains, servira à remplir des superpétroliers destinés notamment à la Chine. Ce pays a entrepris depuis un an d'investir dans les sables bitumineux canadiens.

Le mouvement de protestation contre cet autre pipeline avait réuni hier des militants du Conseil des Canadiens, de Streams of Justice, de Stop the Pave, de Tanker Free BC et du Wilderness Committee contre l'arrivée des superpétroliers à Burrard Inlet, en Colombie-Britannique. Le Conseil des Canadiens appuie aussi l'important mouvement de désobéissance civile qui a pris forme à Washington cette semaine. Des milliers de personnes s'engagent par écrit à venir bloquer les entrées de la Maison-Blanche, ce qui leur assure d'être arrêtées et d'attirer l'attention des médias sur leur cause.

Front québécois


Un troisième front se dessine depuis hier du côté québécois contre un troisième projet de pipeline, soit celui de la société Enbridge qui voulait inverser dans un premier temps le pipeline actuel qui alimente les raffineries de Sarnia, en Ontario, avec le pétrole importé et livré au port de Montréal par des navires-citernes provenant de différents pays.

L'inversion du cours ce pipeline permettrait de transporter désormais du pétrole de l'Ouest vers Sarnia et Montréal. Cette inversion du flux constitue la première phase de ce qu'on appelle depuis 2008 le projet Trailbreaker. De Montréal, le pétrole de l'Ouest pourrait être ensuite envoyé jusqu'à Portland dans le Maine, d'où il pourrait atteindre les différentes raffineries de la côte atlantique.

Le 8 août dernier, Enbridge a modifié son projet en demandant à l'Office national de l'énergie (ONE) de pouvoir renverser seulement le cours du pipeline actuel jusqu'à Westover, près de Cambridge. Cette «phase 1», précise sa requête, a fait l'objet hier d'une opposition sous forme de mémoire, signé par trois groupes canadiens, Équiterre, Défense environnementale et l'Institut Pembina, et par deux groupes étasuniens, le Vermont Natural Resources Council et le Natural Resources Council of Maine.

Pour les cinq signataires, Enbridge tronçonne artificiellement son projet pour en réduire l'opposition, pour prétendre qu'il a peu d'impacts et pour contourner les lois qui exigent une analyse des impacts cumulatifs des projets dans leur globalité.

Cette fragmentation du dossier, disent-ils, élude les impacts sur la qualité de l'air des deux métropoles de l'Est canadien qui résultent du passage dans les raffineries d'un pétrole léger à un pétrole lourd, plus énergivore à raffiner et plus sulfureux, ce qui n'est pas sans impacts pour la qualité de l'air et les consommateurs, les Premières Nations, et pour la sécurité énergétique de l'Ontario.

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Avec La Presse canadienne
5 commentaires
  • camelot - Inscrit 27 août 2011 00 h 37

    Enfin

    Il était plus que temps.

  • Réception Production du Rapide Blanc - Inscrit 27 août 2011 10 h 24

    Pathétique

    Votre titre est plutôt trompeur.
    Ce que je remarque plutôt, c'est l'absence complète de mobilisation des groupes environnementaux canadiens et québécois dans le dossier du pipeline Keystone XL.
    A ma connaissance, il n'y a pas eu ici l'ombre d'une action concrète pour appuyer la mobilisation de centaines d'états-uniens qui ont entrepris une opération de désobéissance civile de deux semaines devant la Maison Blanche à Washington. Cette opération visait explicitement le projet de pipeline qui doit acheminer le pétrole extrait des sables bitumineux de l'Alberta vers le Golfe du Mexique. Près de 200 personnes ont été arrêtées en raison de leur action
    L'absence d'actions de soutien de la part des verts canadiens et québécois est vraiment pathétique

  • Amie du Richelieu - Inscrit 28 août 2011 11 h 49

    Mieux tard que jamais!

    Il y a un mouvement d'opposition canadien sur le projet Keystone XL et les sales sables bitumineux de l'Alberta. Ce sera un sit-in à Ottawa le 26 septembre prochain, organisé par Greenpeace Québec et d'autres.

    Lien: http://ottawaaction.ca/fr/joignez-vous

  • France Marcotte - Inscrite 28 août 2011 13 h 33

    Y être d'esprit et de tout coeur sinon de corps

    Il fait bon de savoir que dans l'Ouest canadien et du côté américain, des gens sont interpellés par cette question. "Le Conseil des Canadiens appuie aussi l'important mouvement de désobéissance civile qui a pris forme à Washington cette semaine. Des milliers de personnes s'engagent par écrit à venir bloquer les entrées de la Maison-Blanche, ce qui leur assure d'être arrêtées et d'attirer l'attention des médias sur leur cause." Cette méthode semble bien prometteuse. Je suppose que vous y serez monsieur Rapide Blanc?

  • Isabelle Viau - Inscrit 30 août 2011 00 h 30

    Des citoyens québécois déjà bien réchauffés et prêt à achever le travail

    Quel soulagement d'enfin voir ce sujet faire le titre d'un long article dans le devoir! Cela fait plus d'un an que les citoyens de la municipalité de Dunham dans les cantons-de-l'est, dont le territoire est traversé par ces fameux pipelines où le flux sera inversé, se mobilisent pour bloquer ce projet. L'été dernier, un campement auto-géré organisé autour du thème de la justice climatique à pris court à Dunham pendant trois semaines pour soutenir les citoyens à travers des ateliers et des manifestations. Ce rendez-vous réunissaient autant anglophones que francophones, d'un peu partout au Québec et du nord-est des États-Unis. Nous sommes bien réchauffés et prêts à achever le travail avec nos concitoyens canadiens et états-uniens.