Plan Nord - Québec mettra 25 ans pour protéger 50 % du territoire

Pierre Arcand
Photo: François Pesant - Le Devoir Pierre Arcand

Le gouvernement du Québec mettra 25 ans pour atteindre son objectif de protéger 50 % du territoire couvert par le Plan Nord. C'est ce qu'a annoncé hier le ministre Pierre Arcand au moment de rendre public le document de consultation jetant les bases du projet de loi qui devrait assurer la protection de vastes zones du nord de la province. Mais les libéraux n'ont présenté aucune évaluation des coûts liés au volet environnemental du «chantier d'une génération».

Dans un premier temps, le gouvernement Charest souhaite protéger 17 % de la superficie du territoire du Plan Nord d'ici 2020. Québec compte d'abord compléter, en 2015, un réseau d'aires protégées sur au moins 12 % du territoire du Plan Nord, notamment dans le but de protéger des étendues de forêt boréale et l'habitat du caribou des bois, une espèce menacée. Une autre portion de 5 % du territoire devrait être mise en réserve d'ici 2020. Ces zones seront consacrées à la conservation et à du «développement non industriel d'intérêt» à préciser.

L'objectif global de protection de 50 % du territoire devrait être atteint en 2035, si tout se déroule comme prévu. Entre-temps, les entreprises minières qui convoitent les importantes ressources du Nord québécois pourront continuer de mettre la main sur des permis d'exploration sur de vastes portions du territoire. Elles pourront aussi faire valoir le potentiel minier que représenterait un secteur avant l'établissement d'une zone de protection.

Le ministre n'a pas précisé hier quelles portions du territoire nordique seront protégées en priorité. Le gouvernement désignera «ce qui est le plus important et qui doit être protégé», a-t-il dit au cours d'un point de presse tenu sur l'île Sainte-Hélène, à Montréal. M. Arcand a fait valoir que certaines rivières et forêts avaient déjà été identifiées par Québec. Un «comité aviseur» sera en outre mis sur pied pour conseiller le gouvernement sur le choix des aires à protéger.

Les libéraux entendent par ailleurs se réserver le droit de retirer le statut de protection à des zones pour y permettre des activités industrielles lourdes, par exemple la construction d'une mine. Mais Pierre Arcand a voulu se faire rassurant. «Ce processus de réversibilité est très complexe, difficile à faire et implique la notion d'intérêt public, mais aussi l'acceptation de la population. Et on va s'organiser pour connaître suffisamment le terrain et le sol pour éviter qu'on découvre, au bout de quelques semaines, un gisement minier ou une ressource naturelle quelconque. On a assez de connaissances pour faire des choix qui vont faire en sorte qu'on ne sera pas constamment dans des situations conflictuelles.»

Contrairement au volet industriel du Plan Nord, Québec n'a pas chiffré les coûts liés à la mise en place progressive de son plan de protection de l'environnement. M. Arcand s'est contenté de dire que cela représentait «plusieurs centaines de millions de dollars» sur 25 ans. Dans le cas des investissements publics qui profiteront directement aux entreprises minières, les engagements des libéraux s'élèvent à 2,1 milliard s d'ici cinq ans. Sur 25 ans, le gouvernement prévoit des investissements de 47 milliards provenant d'Hydro-Québec. Une autre tranche de 33 milliards doit être investie dans le développement minier et des infrastructures publiques (aéroports, routes, etc.). Difficile toutefois de savoir quelle sera la part payée par les entreprises. Celle-ci se situerait entre 30 et 50 %, mais rien n'a encore été précisé.

Critiques

Les groupes environnementaux n'ont pas manqué de critiquer le délai de 25 ans prévu par Québec avant d'en arriver à la protection de 50 % du territoire du Plan Nord. La majorité des efforts de conservation ne seront consentis qu'après 2020, de sorte que les deux tiers du 50 % seront toujours sans protection en 2020, a fait valoir Patrick Nadeau, directeur général de la Société pour la nature et les parcs, section Québec. «Québec propose la mise à l'abri de seulement 17 % du territoire d'ici 2020, contre près de 10 % aujourd'hui. Il s'agit donc d'une augmentation moyenne de moins de 1 % par année, ce qui n'est guère plus rapide que le rythme qu'a connu le Québec au cours de la dernière décennie.»

Selon Christian Simard, porte-parole de Nature-Québec, c'est trop peu trop tard. «Il y a une impression de conservation, mais malheureusement, tout ça vient après un développement économique intensif au cours des prochaines années dans les secteurs minier, routier et éventuellement hydroélectrique, a-t-il dit. On développe d'abord, on va essayer de conserver ensuite.»

Le document présenté hier fera l'objet d'une consultation publique au cours des deux prochains mois. À la suite de cette consultation, le ministre Arcand compte présenter un projet de loi.

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