Gaz de schiste - Québec est dans le pétrin à La Présentation

La ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, avait ordonné la fermeture du puits en mars, mais les opposants aux gaz de schiste avaient dénoncé la décision, puisque le méthane aurait néanmoins continué à s'échapper et la compagnie aurait été dégagée de toute responsabilité.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, avait ordonné la fermeture du puits en mars, mais les opposants aux gaz de schiste avaient dénoncé la décision, puisque le méthane aurait néanmoins continué à s'échapper et la compagnie aurait été dégagée de toute responsabilité.

Québec — Un puits de gaz de schiste que la ministre Nathalie Normandeau avait ordonné de fermer fuit toujours, plus de six mois après la détection des fuites et de nombreuses tentatives pour les colmater.

Le gouvernement se ravise en douce, selon ce qu'a appris La Presse canadienne. Plutôt que de forcer la fermeture du puits situé à La Présentation, près de Saint-Hyacinthe, il vient d'autoriser l'entreprise albertaine propriétaire, Canbriam, à le réparer. L'opposition accuse la ministre non pas d'avoir menti, mais tout simplement d'avoir encore dit «n'importe quoi».

En janvier, le ministère de l'Environnement avait délivrer un avis d'infraction à Canbriam en raison d'une fuite qui risquait de contaminer la nappe phréatique. La ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, avait ordonné la fermeture du puits en mars, mais les opposants aux gaz de schiste avaient dénoncé la décision, puisque le méthane aurait néanmoins continué à s'échapper et la compagnie aurait été dégagée de toute responsabilité.

Finalement, le ministère des Ressources naturelles a confirmé en début de semaine qu'il a délivré un permis pour que Canbriam injecte du ciment entre le tube d'acier et le roc foré pour tenter ainsi de boucher les fuites. L'ordre de fermer le puits exprimé par la ministre n'a donc pas eu de suite.

«Ce que la ministre avait donné comme consigne, ce n'était pas nécessairement que le puits soit fermé dans le sens légal, mais plutôt que toutes les brèches soient colmatées et que le puits soit mis hors d'état de fonctionner, a assuré la porte-parole de la ministre, Marie-France Boulay. Mais on ne veut pas que l'entreprise mette du ciment, qu'elle l'injecte, et qu'on soit pris avec le puits sur les bras.»

Mais la confusion régnait toujours à La Présentation, où les autorités municipales qui venaient d'être mises au courant de la délivrance du permis pensaient que le puits allait tout simplement fermer.

Les opposants aux gaz de schiste estiment que la fermeture du puits avec un couvercle aurait été la «pire des solutions» puisque le méthane aurait cherché à sortir par d'autres issues. Mais le colmatage autorisé ne trouve pas non plus grâce à leurs yeux, car il s'agit d'un «pis-aller».

C'est l'avis d'un géologue retraité qui milite dans les regroupements d'opposants. Marc Durand soutient que la cimentation ne constitue rien d'autre que «des travaux de réparation de défauts de construction».

«Toutes ces opérations constituent des pis-aller et mettent en lumière les aléas, beaucoup plus fréquents que l'industrie veut l'admettre, des lacunes des techniques face à la complexité de la géologie locale», a dénoncé M. Durand dans un échange de courriels à la suite d'une entrevue à La Presse canadienne.

Selon lui, on ne brise pas l'étanchéité d'un immense couvert rocheux avec des milliers de forages sans qu'il y ait de conséquences néfastes.

Il a ajouté que la société Talisman a effectué la même opération à «grands frais» à son puits de Leclercville. Talisman a mis plusieurs semaines «pour localiser, puis percer le tubage, puis injecter du coulis à la hauteur des vides détectés».

«Ces travaux n'impliquent pas une fermeture de puits; au contraire, le puits, comme celui de Leclercville, pourra ensuite être mis en production éventuellement [...].»

Un des représentants des regroupements d'opposants, Paul Lamoureux, estime que les problèmes du puits de La Présentation illustrent bien le «fiasco» des gaz de schiste au Québec.

«C'est ce qu'on craint tout le temps: quand il y a des fuites comme ça, en raison de la technique qui n'est pas efficace, il n'y a plus moyen de fermer le puits. Qu'est-ce qu'on peut dire de plus? C'est un fiasco», a dit dans une entrevue à La Presse canadienne M. Lamoureux, qui est porte-parole du Comité de mobilisation gaz de schiste Mont-Saint-Hilaire-Beloeil.

Pour sa part, l'opposition péquiste juge proprement «scandaleuses» l'hésitation et la volte-face du gouvernement. Les fonctionnaires ont «ramené à la raison» la ministre Nathalie Normandeau en lui faisant comprendre que la fermeture pure et simple du puits aurait amené son lot d'ennuis au gouvernement, qui en serait devenu responsable, a déclaré le porte-parole du PQ en matière de mines, Scott McKay.

«Ce serait un peu facile de dire que la ministre a menti aux Québécois [en ordonnant la fermeture du puits], a-t-il affirmé en entrevue téléphonique. Je pense qu'elle n'a même pas menti, parce qu'elle ne savait même pas de quoi elle parlait [...]. Elle a dit n'importe quoi. C'est scandaleux que la ministre qui est responsable de tout ce fiasco ne sache même pas que fermer un puits, ça veut dire en prendre la responsabilité.»

Il a rappelé que la majorité des puits inspectés au Québec fuient et que de tels problèmes auraient pu être évités si le moratoire prôné par sa formation politique avait été mis en place.

«La moindre des choses, c'est d'arrêter [de] forer de nouveaux [puits]», a-t-il dit.

Un rapport du ministère des Ressources naturelles divulgué en début d'année révélait que sur 31 puits inspectés, 19 laissaient échapper des émanations de gaz naturel. Quatre des six puits de Canbriam fuyaient.

La société Canbriam n'a pas donné suite à nos demandes d'entrevue, pas plus que son représentant au Québec, Steve Glavac.

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