Transport automobile - Obama veut rattraper l'Europe

La Ville de Paris repense le transport urbain de manière à donner un net avantage aux deux-roues.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Clemens Bilan La Ville de Paris repense le transport urbain de manière à donner un net avantage aux deux-roues.

Le parc automobile des États-Unis est presque deux fois plus polluant que ses pendants européens et japonais. Le président Obama voudrait bien donner un coup de volant pour lancer toute l'Amérique du Nord dans un virage important dans ce domaine. Un pari plus gros qu'un VUS...

La Maison-Blanche confirmait, il y a 48 heures, que des pourparlers intensifs se déroulent présentement avec l'Association des constructeurs automobiles en vue de mettre en place une norme de consommation moyenne de 4,2 litres au 100 km pour les véhicules neufs qui seront vendus aux États-Unis en 2025, ce qui réduirait de plusieurs millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) par année le bilan de ce pays et diminuerait de plusieurs milliards de barils les importations de pétrole.

La nouvelle norme, qui imposerait une réduction moyenne de la consommation des véhicules personnels de 5 % par année à compter de 2017, serait annoncée en septembre. Mais, déjà, les constructeurs plaident pour une mise en place plus progressive de cette norme qui, selon le président Obama, permettrait aux États-Unis de rattraper l'Europe, la Chine et le Japon. Enfin, presque puisque sa proposition constitue une position de départ dans les négociations.

Les constructeurs voudraient aussi que ces normes soient réduites s'ils adoptent certaines technologies de pointe, que Washington participe financièrement à l'implantation d'un réseau public de recharge pour les véhicules électriques et que l'on tienne compte de leur situation financière si les affaires allaient mal.

Mais ce qui apparaît en Amérique du Nord comme un énorme défi technologique cache surtout un gros problème comportemental chez les automobilistes, car déjà, en Europe, le parc automobile est déjà presque deux fois moins énergivore avec des voitures à moteurs thermiques (essence ou diesel). Et les normes dont rêve le président Obama pour 2025 seront sans doute devenues réalité en 2020 sur le continent européen. Un pays comme la France domine d'ailleurs, avec le Portugal, le palmarès des parcs automobiles les moins énergivores, avec des émissions de CO2 moyennes de seulement 130 grammes par kilomètre (g/km), soit l'objectif de 5,6 litres aux 100 km visé par les normes européennes pour l'année 2012.

Selon une étude réalisée à la mi-juin par les consultants Jato Dynamics, au premier trimestre de 2010, le parc automobile étasunien crachait en moyenne 255,6 grammes de dioxyde de carbone par kilomètre (11 litres/100 km), soit le pire bilan de la planète. En comparaison, le parc automobile européen émettait au même moment 140,3 g/km et celui du Japon, à peine 130,8 g/km. Une statistique illustre mieux que tout qu'il s'agit d'abord d'un problème de comportement de la part des acheteurs et des priorités de vente des constructeurs: selon l'étude de Jato Dynamics, 34 % des véhicules vendus aux États-Unis consomment entre 11,76 et 15,6 litres aux 100 km alors que cette fourchette, où se concentrent les véhicules utilitaires sport (VUS), ne représente que 0,28 % des véhicules immatriculés en Europe et 0,63 % au Japon.

Au Canada, la situation est à peine meilleure qu'aux États-Unis avec des rejets moyens de 231 g/km. La moyenne canadienne est d'ailleurs essentiellement améliorée grâce à celle du Québec, qui est de 213 g/km, la meilleure du continent certes, mais néanmoins pire que tout ce que l'on retrouve en Europe et au Japon.

Un succès planifié

Le succès remporté par la France, et dans une certaine mesure par l'Europe, résulte d'une approche différente. Dans un article qui a eu beaucoup de retentissement aux États-Unis, il y a quelques jours, le New York Times expliquait ainsi cette différence: alors qu'en Amérique du Nord, le mot d'ordre des planificateurs urbains consiste à améliorer la fluidité de la circulation, en Europe, au contraire, on multiplie les obstacles à l'utilisation de la voiture à l'achat, dans les rues et en ce qui a trait au stationnement pour détourner le transport individuel vers les transports en commun ou des modes moins énergivores et moins voraces dans l'occupation du territoire, comme le vélo et la moto, qui prennent encore moins de place qu'une voiture électrique.

Selon les bilans récents réalisés par l'ADEME en France et, en janvier, par l'Institut sur les politiques de développement et de transport (ITDP), la position de leader de la France en matière de transformation de son parc automobile repose sur trois stratégies principales: un malus-bonus qui impose une surtaxe progressive à l'achat des véhicules énergivores pour financer les réductions de taxes accordées aux moins énergivores, une politique de réduction du stationnement radicale dans plusieurs grandes villes où l'on préfère cette stratégie aux «taxes sur la congestion» imposées par Londres et Stockholm pour accéder à leur centre-ville, et la priorité accordée désormais au vélo en appui aux politiques de transport en commun, capables d'absorber les transferts de clientèles.

À Paris, on dénombre présentement 26 000 Vélib, l'équivalent du Bixi montréalais, répartis dans 1451 stations pour un coût annuel de 40 $. Après avoir multiplié les voies réservées aux vélos dans tout Paris, on repense maintenant la trame urbaine en fonction de ces moyens de transport, ce qui confère un avantage exceptionnel aux deux-roues. À Paris, le stationnement disponible pour les voitures dans les rues a été réduit de 9 % depuis 2003, et 95 % de ce qui demeure disponible est maintenant payant. Résultat: une baisse de 13 % dans l'utilisation de la voiture.

À Zurich et à Strasbourg, on limite par des normes les espaces de stationnement dans les nouveaux développements immobiliers et même pour chaque immeuble selon la distance qui les sépare des transports en commun, ce qui provoque une hausse radicale du prix d'achat de ces espaces. Entre 2000 et 2005, cette politique a provoqué une hausse de 7 % de l'achalandage dans les transports publics et réduit de 6 % l'usage de la voiture.

À Barcelone, comme dans plusieurs autres villes européennes où le nombre de stationnements a été réduit, les revenus que l'on en tire sont investis dans Bicing, le système de vélos en accès libre. Dans plusieurs quartiers de Londres, les revenus du stationnement financent les réductions accordées dans les transports en commun aux personnes âgées ou infirmes tandis que les revenus de la taxe sur la congestion imposée au centre-ville, imposée aux voitures, mais pas aux motos et aux vélos, financent le transport en commun.
8 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 5 juillet 2011 10 h 20

    Intelligent!

    On finira bien un jour par s'ouvrir les yeux de ce côté de l'atlantique.

    En Amérique du Nord, nous sommes gourmands non seulement de pétrole, mais d'eau et de technologies militaires.

    À la gouvernance de ce pays: S.V.P., plus d'incitatifs à des comportements responsables. Il y a fort à parier qu'un effet cascade pourrait s'en suivre et afficher des milliers de sourires sur, par exemple, les visages des Montréalais aux prises avec de sérieux problèmes de circulation automobile.

    Moins d'autos, cela veut aussi dire moins de matières premières. Et pendant qu'on y est: plus de jardins, d'arbres et de fleurs. Wow!

    Nous sommes avec vous, Monsieur Obama.

  • Gilbert Talbot - Abonné 5 juillet 2011 11 h 27

    On est mieux que Obama, mais moins bien que les Européens.

    Le problème en Amérique du Nord c'est que la droite est horriblement forte et ignorante, aveuglée par la Bible et les milliards que le pétrole procure encore. Obama doit sans cesse se compromettre avec le Sénat et surtout la Chambre des Représentants majoritairement Républicaine et diminuer fortement ses ambitions politiques un peu plus libérales en matière de protection de l'environnement. Le problème est encore plus grave chez nous où la Droite est au pouvoir et pas n'importe quelle droite : celle de l'Alberta qui soutient fortement l'exploitation hyperpolluante des Sables bitumineux. Par ailleurs on apprend aux nouvelles ce matin que le gouvernement fédéral va soutenir davantage l'industrie automobile en subvdntionnant les usines Toyota présentes en Ontario. C'est quoi l'idée ? Grossir le parc automobile des particuliers au lieu de le réduire ? Et pourquoi pas plutôt renforcer le développement du transport en commun, de la voiture électrique, des trains de passagers de type TGV ? Ben parce que à court terme ça rapporte moins. Mais à long terme ça va coûter combien une nouvelle planète ?

  • Gaétan Sirois - Abonné 5 juillet 2011 13 h 06

    UN permis de circuler

    Il faudra aussi penser à imposer un permis de circuler aux cyclistes, de sorte que ces personnes connaissent le Code de sécurité de la route. Imposer des vêtements visibles la nuit, interdire le trottoir aux cyclistes, imposer un klaxon, etc. Car oui, ils ne dégagent pas de GES, mais ils sont cause d'accidents pour incompétence ou insouciance de l'entourage.

    Que chacun respecte les règles de conduite de la route, la première de s'assurer que l'autre conducteur vous a vu, etc. etc.

    Une automobiliste inquiète à la vue de cyclistes. Que vont-ils faire ?

  • Bouletrouge - Inscrit 5 juillet 2011 14 h 25

    @ Mbotemingi

    Deux questions:

    Combien de personnes sont tuées par des automibiles au Québec chaque année?

    Combien de personnes sont tuées par des vélos au Québec chaque année?

    En tout cas merci d'être passé. Vous êtes à côté du sujet mais c'était diversissant.

  • François Beaulé - Abonné 5 juillet 2011 15 h 57

    La quantité totale de CO2 produite

    La quantité totale de CO2 produite dépend du nombre total de véhicules en circulation et de la distance parcourue en plus du nombre de grammes émis par km. Des efforts sont faits pour réduire les émissions des véhicules, mais le nombre total de véhicules sur la planète augmente sans cesse. Comment les émissions des véhicules ont-elles variées globalement à l'échelle planétaire depuis le protocole de Kyoto? ou depuis 20 ans?