Efficacité énergétique - Une mauvaise stratégie, dénonce l'APCHQ

Si les normes de construction en matière d'efficacité énergétique accusent quatre ans de retard, c'est essentiellement parce que Québec a fait d'entrée de jeu un mauvais choix stratégique, estime André Gagné, directeur technique à l'Association provinciale des constructeurs d'habitation du Québec (APCHQ).

M. Gagné, qui réagissait aux informations publiées hier par Le Devoir sur ce retard, estime que Québec aurait pu, dans un premier temps, utiliser la loi de 1982 sur les économies d'énergie pour augmenter les valeurs de base en isolation des maisons. L'affaire aurait été réglée d'un coup, dit-il, parce qu'il en coûte très peu — une centaine de dollars — pour faire passer, par exemple, l'isolation d'un plafond d'une valeur R-35 à R-50. Ou pour installer des fenêtres avec un film réfléchissant la chaleur. Et Québec aurait eu alors le temps de regarder d'autres solutions avec la Régie du Bâtiment et l'Agence d'efficacité énergétique (AEE) pendant que l'on aurait construit des maisons plus performantes.

Selon nos informations, l'Agence ne pourra pas inspecter les futures maisons, comme il a été convenu avec la Régie du bâtiment, parce que la loi confie cette responsabilité à cet organisme aux villes ou individus à qui elle délègue cette responsabilité. Comme l'AEE n'est ni l'un ni l'autre, de nouveaux pourparlers seront nécessaires pour sortir de cette impasse. Québec aurait pu modifier la loi de la régie pour autoriser cette entente, mais il ne l'a pas jugé à propos, car l'agence devant être intégrée au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, le gouvernement aurait alors hérité de la responsabilité d'inspecter les maisons par l'entremise de la nouvelle direction formée par l'agence.

Les municipalités, explique André Gagné, ne veulent pas vérifier l'efficacité des nouvelles maisons sauf, si on leur donne les moyens financiers de le faire. Elles pourraient aussi, dit-il, confier cette tâche à des entreprises spécialisées et relever d'autant le prix des permis, comme en Ontario. Mais, dit-il, Québec ne semble pas vouloir considérer ce type de scénario.

De son côté, la Fondation Rivières a réagi au dossier du Devoir en indiquant que, faute d'avoir mis en place, il y a quatre ans, de nouvelles normes d'efficacité énergétique, les quelque 160 000 nouvelles résidences construites depuis accuseront une dépense énergétique supplémentaire qui correspond à l'énergie produite annuellement par quatre minicentrales privées comme celle de Shannon. Cette facture invisible, a calculé la fondation, s'élève à 63 millions pour la période 2008-2011. Une facture qui ira en augmentant et dont l'essentiel aboutira dans les coffres d'Hydro-Québec et du gouvernement, estime Pierre Trudel, administrateur de la fondation.
1 commentaire
  • jpz - Abonné 14 juin 2011 11 h 19

    Qui est responsable de tous ces retards

    A la régie de l'énergie l'AEÉ a toujours été en retard et le ministère de l'énergie n'a jamais pris la décision de s'organiser pour que ça bouge. Alors Mme Asselin a bien pris son temps pour que rien ne se passe et avec l'intégration de l'AEÉ au ministère rien ne pourra s'améliorer malheureusement.
    Des centaines de contracteurs ont été formés pour construire selon la norme Novoclimat ou renover selon RENOCLIMAT mais les normes n'ont jamais été appliquées alors des propriétaires préféraient mettre dizaines de milliers de $$ pour améliorer l'apparence de la cuisine ou de la salle d'eau sans rien investir pour isoler les solages et améliorer l'enveloppe thermique qui aurait permis d'économiser 25 % pour le chauffage ou la clim pendant toute la durée de vie du bâtiment. Ailleurs notamment au Manitoba on a décédé et agi et on a subventionné la géothermie. Ici, les castors à H-Q font des barrages sur la Romaine où l'énergie sera 2 fois plus coûteuse que le gisement de 12 TWh de NÉGAWATTS qu'on aurait pu exploité avantageusement au lieu d'utiliser prématurement cette rivière.