Hydro-Québec signe avec Landis + Gyr pour ses compteurs de nouvelle génération

Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir

C’est finalement la firme Landis + Gyr qui fournira l’infrastructure et les 3 millions de «compteurs de nouvelle génération» pour Hydro-Québec. Ces compteurs, qui permettent une lecture de la consommation d’électricité à distance, seront installés entre 2012 et 2017.

Hydro doit remplacer en fait 3,8 millions de compteurs, mais le nom du second fournisseur sera annoncé plus tard, a indiqué la société d’État, aujourd’hui, au cours d’une rencontre avec la presse à Montréal.

Pour Landis + Gyr, une entreprise reconnue mondialement dans ce domaine, il s’agit d’un contrat de 350 millions $.

Hydro-Québec calcule toutefois les choses autrement, affirmant qu’elle consacrera à ces compteurs de nouvelle génération la somme de 100 millions $ qu’elle consacrait déjà au remplacement des vieux compteurs d’électricité, chaque année, en plus d’un investissement de base de 98 millions $ pour la mise en place du nouveau système appelé Infrastructure de mesurage avancée (IMA).

Des critiques

Landis + Gyr n’est toutefois pas une entreprise québécoise, ce que certains critiquent.
Interrogée à ce sujet, la présidente d’Hydro-Québec Distribution, Isabelle Courville, a tenté de justifier le choix d’Hydro-Québec.

«On s’assure d’avoir la technologie la plus reconnue, sa technologie est reconnue mondialement; Landis + Gyr est numéro un mondial, a-t-elle dit. On s’assure d’avoir une technologie qui répond à nos besoins, en terme d’avoir une solution intégrée de bout en bout. On a un prix extrêmement compétitif et on a aussi, je crois, maximisé les retombées économiques pour le Québec en attirant une compagnie de classe mondiale au Québec.»

Elle a ajouté qu’«il n’y a pas d’entreprise québécoise qui fabrique des compteurs» de nouvelle génération. Or, Hydro-Québec tenait à un partenaire qui pouvait réaliser le contrat dans son intégralité.

Mme Courville estime qu’en bout de ligne, la société d’État réalisera des économies de 300 millions $.

Des emplois

Ces économies seront notamment générées par l’abolition de postes de releveurs. De 2012 à 2017, l’équivalent de 725 postes seront ainsi abolis. Les compteurs de nouvelle génération seront en effet lus à distance, ce qui fait que les releveurs n’auront plus à se déplacer au domicile des clients.

Dans les faits, toutefois, aucun travailleur ne perdra son emploi, puisque les releveurs seront réintégrés dans d’autres postes au sein de la société d’État, ont assuré des dirigeants d’Hydro-Québec.

Trois projets pilotes seront d’abord lancés, deux à Boucherville et à Montréal, et un en zone rurale dans la MRC Memphrémagog.

Le déploiement proprement dit commencera en juin 2012 et s’étendra jusqu’en 2017.
Éventuellement, plusieurs fonctionnalités pourront être ajoutées au système, comme la détection de pannes à distance et la détection de vol d’énergie.

Au départ, toutefois, Hydro-Québec évoque la lecture de la consommation à distance et la possibilité de débranchement et rebranchement à distance, sans avoir à remplir de relevé de sa consommation.

Les pièces de ces compteurs proviendront d’Asie. L’assemblage des compteurs résidentiels se fera au Mexique. Pour les compteurs industriels, Mme Courville a évoqué une «possibilité» que l’assemblage soit fait au Québec.

Landis + Gyr, qui n’a pas d’employés au Canada pour le moment, doit établir un «centre d’excellence» dans la région de Montréal, qui créera 75 emplois.

Retombées à l’Assemblée nationale

Cette question des emplois et des retombées pour le Québec a rebondi à l’Assemblée nationale.

«Il y a des limites à se nuire à nous-mêmes au Québec. On a une politique d’achat chez Hydro-Québec qui est très claire et qui parle de favoriser le maintien et le développement de l’activité économique au Québec. On parle de milliers d’emplois qui sont en jeu au Québec. Qu’est-ce qui nous prouve que ce choix est le meilleur pour les Québécois?» a demandé Sylvain Gaudreault, porte-parole péquiste pour le dossier de l’énergie.

La ministre Nathalie Normandeau s’est rangée derrière le fait qu’«il y aura des retombées économiques pour le Québec; il y aura une nouvelle création d’emplois» puisque l’entreprise s’est engagée à créer un centre d’excellence.

Comme la direction d’Hydro-Québec l’avait fait, la ministre a soutenu que les autres entreprises qui étaient intéressées au contrat, comme Trillion, ne pouvaient fabriquer ces compteurs de nouvelle génération elles-mêmes.

La ministre des Ressources naturelles s’est portée à la défense du choix d’Hydro-Québec, ajoutant que «le processus d’appel d’offres a été extrêmement rigoureux».
2 commentaires
  • Jean-Hugues Laurin - Inscrit 25 mai 2011 16 h 50

    Tarif selon l'heure de la journée

    Est-ce que ces compteurs permettront de moduler les tarifs selon l'heure de la journée? Il serait temps qu'on encourage les gens à modifier leur utilisation pour éviter les pointes et les pannes conséquentes. Partir un lave-vaisselle la nuit, ça fait de mal à personne.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 26 mai 2011 09 h 44

    Enfin la vraie concurrence

    Au lieu de jouer copain-copain avec les entreprises d'ici, Hydro-Québec (bravo Madame Courville!) a choisi la meilleure offre. Si les autochtones ne sont pas contents, ils savent quoi faire: se mobiliser pour innover, c'est le but premier de la concurrence. S'ils le font et progressent, la leçon aura porté, mais s'ils se tournent vers le gouvernement et se lamentent, c'est qu'ils n'y comprennent rien. Les plus gros scandales au Québec sont pour la plupart, de près ou de loin, associés à la collusion et à des processus d'achat complaisants. À commencer par le Maire Labeaume et son amphithéâtre.