Exploitation des hydrocarbures - Gaspé ne veut pas jouer les cobayes

L'entreprise Pétrolia est présente dans la région de Gaspé depuis déjà quelques années. Mais à mesure que se précise l'éventualité d'une première exploitation pétrolière commerciale au Québec, la Ville s'inquiète de plus en plus des risques associés au développement de l'industrie des énergies fossiles sur son territoire, d'autant plus qu'elle mise beaucoup sur le tourisme pour dynamiser son économie.

«On ne veut pas être les cobayes. Nous sommes favorables au développement du secteur des hydrocarbures, mais pas à n'importe quel prix, a expliqué au Devoir le maire de Gaspé, François Roussy. On voudrait savoir à quoi ressemblerait la phase d'exploitation, avec les infrastructures qui seraient nécessaires. Mais, pour l'instant, on a peu de réponses. Déjà, des citoyens ont exprimé certaines craintes, notamment pour la qualité de l'eau de leurs puits artésiens. Ils redoutent aussi l'ampleur du développement industriel qui se mettrait en place en cas d'exploitation.»

Le conseil municipal a d'ailleurs décidé l'hiver dernier d'envoyer un message clair à la pétrolière, mais surtout au gouvernement du Québec, en adoptant une résolution réclamant un resserrement de l'encadrement de l'industrie de l'or noir. Celle-ci n'a pas de force légale face à la Loi sur les mines, mais elle exprime clairement les inquiétudes de la Ville dans ce dossier.

Les élus demandent notamment d'interdire tout forage «dans les zones urbanisées, sur les territoires municipalisés ainsi qu'à proximité des secteurs où viennent des citoyens». Selon M. Roussy, le projet Haldimand de Pétrolia — qui compte deux puits forés — ne répondrait actuellement pas à ce souhait. «En cas d'exploitation à l'endroit où se situent actuellement les puits, ça ne cadre pas du tout dans notre plan d'aménagement. Je doute beaucoup de la possibilité d'harmoniser les activités à Haldimand» avec celles privilégiées par la municipalité.

Un impact sur le tourisme

Il faut dire que Gaspé mise beaucoup sur le développement touristique pour assurer son avenir économique. Selon la National Geographic Society, la Gaspésie est l'une des vingt meilleures destinations à visiter dans le monde, a tenu à rappeler M. Roussy. «Oui, il y a un impact économique positif lié à l'industrie [pétrolière], mais le tourisme a aussi des impacts très positifs pour l'économie, en plus de s'inscrire dans une optique de développement durable.»

Selon le maire, les puits de pétrole devraient donc être forés plus loin de Gaspé. «Il y a un potentiel intéressant en allant vers Murdochville. Dans un secteur moins peuplé, l'exploitation aurait moins d'impact pour les citoyens et pour le paysage, même s'il y a tout de même des milieux fragiles à protéger.»

Dans sa résolution, la Ville de Gaspé réclame aussi une «contre-expertise indépendante» pour le suivi des nappes phréatiques et des puits pétroliers tout au long de la phase d'exploitation. «C'est une question de transparence et de crédibilité. Quand Pétrolia affirme que tout est fait de façon acceptable, les citoyens peuvent se demander si cette information est véritablement indépendante. Mais une firme externe, par exemple, pourrait ajouter de la crédibilité.»

L'ensemble des maires de la MRC ont en outre adopté une résolution afin d'indiquer qu'ils sont pour l'instant contre l'idée d'un projet de fracturation hydraulique dans l'état actuel des choses, disant manquer d'informations. «Pour le moment, on n'a pas eu de précisions, a souligné M. Roussy. C'est donc par précaution que les maires de la MRC ont dit non. On veut mieux connaître le plan de match.»

Le maire s'interroge en outre sur les impacts à long terme de la présence des installations pétrolières, notamment si l'entreprise ferme ses puits. «Les forages sont faits. Si la compagnie disparaît, qu'est-ce qui arrivera avec les infrastructures dans 20 ou 25 ans? Il faudrait que des fonds soient disponibles pour intervenir en cas de besoin.» Selon lui, Québec devrait par ailleurs prévoir de verser des redevances directement aux municipalités, notamment pour que celles-ci puissent absorber les coûts supplémentaires pour leurs infrastructures.

Puisque le cas de Gaspé pourrait bien faire école au Québec en matière d'exploitation pétrolière, les enjeux sont de taille.
1 commentaire
  • P. Boutet - Inscrit 24 mai 2011 10 h 49

    L'or noir

    Difficile de comprendre cet entêtement à vouloir exploiter les hydrocarbures du Québec lorsqu'on est assis sur une mine d'or énergétique avec l'hydroélectricité!

    L'hydrogène pourrait devenir, à brève échéance, une source d'énergie exportable à travers le monde tout comme est exportable le pétrole.

    Notre hydroélectricité, presque propre, pourrait produire cet hydrogène exportable et nous deviendrions l'Arabie Saoudite du pétrole bleu!

    Monsieur Charest veut-il passer à l'histoire en mentant sur l'appuie qu'obtient l'exploitation minière par les autochtones (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/323525/pl