Un baril à 300 $ - La transformation d'une économie

Photo: Agence Reuters

Et si le baril de pétrole brut atteignait 200 $? Ou 300 $? Peut-on déjà imaginer l'impact? Les effets seraient nombreux, dit Jeff Rubin, ex-économiste en chef de la Banque CIBC et auteur de Demain un tout petit monde. D'abord une récession, croit-il, puis, à plus long terme, une économie beaucoup plus locale.

«Dans ce genre de monde où le pétrole coûte très cher, la distance, soudainement, demanderait beaucoup d'argent, dit-il. Il faudrait repenser les modèles d'approvisionnement. Ça ne ferait aucun sens de tout vouloir importer de pays éloignés comme la Chine, qu'il s'agisse de votre lave-vaisselle ou des légumes.»

Personne ne doute que les cours du pétrole vont continuer à grimper, quels que soient les facteurs. Au mois de mars, il n'a fallu que la révolte dans certains pays du Moyen-Orient pour convaincre les marchés de la possibilité très prochaine d'un baril à 200 $.

De quel côté de la frontière?

M. Rubin, qui prédisait déjà une flambée des cours du pétrole brut au début des années 2000, estime que bien des industries que l'on croyait destinées à mourir, en raison de la concurrence de la Chine au chapitre des coûts de main-d'oeuvre, pourraient un jour reprendre du galon. «La question est de savoir de quel côté de la frontière elles reviendraient!»

Car le Canada, ne l'oublions pas, est un des grands producteurs de pétrole. Et si le prix du baril continuait de grimper, l'incitatif de développer les sables bitumineux — une opération qui coûte cher au départ — ne serait que plus grand. En conséquence, le dollar canadien, qui vole déjà haut en raison de l'augmentation des prix des matières premières et du pétrole, poursuivrait son ascension. Au détriment, probablement, de l'industrie manufacturière.

«Les usines qui reviendraient iraient vraisemblablement aux États-Unis, dit-il. Je pense que le dollar canadien va un jour dépasser de 20 % la devise américaine. C'est peut-être bien pour l'Alberta, mais pour l'Ontario et le Québec, ça nous amène où?»

Au premier rang des victimes figurerait possiblement l'industrie automobile basée en Ontario, qui a longtemps profité d'un litre d'essence abordable, mais qui a été ébranlée par les problèmes de General Motors, Chrysler et Ford. «Et l'industrie pharmaceutique au Québec, elle verrait ça comment, un écart de 20 % avec le dollar américain? Combien de secteurs manufacturiers peuvent demeurer compétitifs dans ce genre de contexte?» demande-t-il.

Un des problèmes qui se présenteraient advenant une agriculture plus locale est évident. L'étalement urbain qui s'effectue autour des grands centres a parfois grugé des terres de qualité, et le retour du balancier constitue un défi énorme, selon lui.
1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 22 mai 2011 08 h 04

    Réflexes conditionnés

    "Dans ce genre de monde où le pétrole coûte très cher, la distance, soudainement, demanderait beaucoup d'argent", dit J.Rubin.

    Drôle de monde en effet, et la planète, qu'on voyait en village global reprendrait ses dimensions fabuleuses, sauf pour les communications virtuelles?
    Le moi réel s'épanouirait localement?
    Les déplacements en avion devenus pour plusieurs simple formalité redeviendraient des épopées?
    On redécouvrirait la valeur des choses?
    Dommage que ce ne soit que sous la contrainte que les changements s'opèrent plutôt que par la réflexion et les convictions, comme c'est tout de même le cas pour certains.
    Le chien de Pavlov n'est jamais bien loin. Si une autre énergie facile prenait le relais du pétrole, un bal d'une autre nature commencerait.