Réinventer la société pour s'affranchir de l'or noir

En 2010, à la faveur d’une crise économique, plus de la moitié des ménages québécois ont amorcé un mouvement de «déconsommation», y compris en ce qui concerne l’essence.<br />
Photo: Agence Reuters Mark Blinch En 2010, à la faveur d’une crise économique, plus de la moitié des ménages québécois ont amorcé un mouvement de «déconsommation», y compris en ce qui concerne l’essence.

L'explosion récente des coûts du pétrole n'a pas encore induit de transformations radicales dans les habitudes de vie des Nord-Américains. Mais la tendance haussière persistante pourrait bien forcer les mutations.

Les prix montent, la matière première se raréfie et les comportements humains changent, timidement. L'explosion récente des coûts du pétrole, même si elle stimule plaintes et mécontentements, n'a pas encore induit de transformation radicale dans les habitudes de vie, de transport, de consommation, de construction... des Nord-Américains. Mais la tendance haussière persistante pourrait bien forcer les mutations à sortir du cadre de l'anecdote dans plusieurs strates de la société, pour le bien de l'humanité, disent plusieurs experts.

«Il y a toujours deux côtés à une médaille, résume Michael Mulvey, professeur à l'École de gestion Telfer de l'Université d'Ottawa. Quand le prix de l'essence augmente à la pompe, cela crée malaise et espoir. Oui, il faut dépenser plus. Mais cela force aussi à remettre en question nos comportements, tout en créant des occasions intéressantes pour les marchands d'innovation qui rêvent de nous aider à amorcer ces changements.»

Au Québec, comme ailleurs sur le continent, la partie n'est toutefois pas jouée d'avance, comme en témoignent les indicateurs de nos mouvements collectifs, affectés, certes, mais de manière marginale par la hausse du prix du carburant. Un doute? Malgré un prix de l'essence au litre qui a franchi la barre, que l'on disait psychologique, du dollar, la province ne s'est pas empêchée depuis le début du siècle d'accroître de manière substantielle son parc automobile.

Des chiffres: l'an dernier, 5,9 millions de véhicules à essence ont été immatriculés par la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ). Ce sont 700 000 véhicules de plus qu'en 2004, indiquent les récentes statistiques de l'organisme, qui tendent à faire pâlir le vert ambiant sans étonner toutefois Fabien Durif, directeur de l'Observatoire de la consommation responsable de l'Université de Sherbrooke.

«C'est normal, lance-t-il. La sensibilité au prix de l'essence est faible parce que les produits de substitution, comme le transport en commun, le covoiturage, l'auto-partage, le train, sont encore très peu développés au Québec», où les changements d'habitudes se concrétisent seulement chez ceux qui ne peuvent pas faire autrement.

La première lecture du Baromètre de la consommation responsable, piloté par M. Durif en collaboration avec le magazine consumériste Protégez-vous, en a fait la démonstration en décembre dernier. En 2010, à la faveur d'une crise économique, plus de la moitié des ménages québécois ont amorcé un mouvement de «déconsommation», y compris en ce qui concerne l'essence, moins pompée cette année-là par 54,2 % des personnes sondées. «Mais la majorité des ménages qui ont moins consommé étaient des ménages à faible revenu [gagnant moins de 29 000 $ par année], indique

M. Durif. Dans les autres strates de la société, d'autres ménages ont également modifié leurs habitudes, mais pas de manière aussi significative.»

Prix psychologiques

Être au pied du mur fait donc la différence, tout comme d'ailleurs l'atteinte de quelques prix psychologiques capables, selon Michael Mulvey, d'accélérer certaines transformations. «Je le vois dans ma propre maison, expose-t-il sur le mode de la confidence. Avec ma femme, nous avons réorganisé notre façon de magasiner afin de réduire nos déplacements. On l'a fait parce qu'aujourd'hui, faire le plein de notre voiture nous coûte 100 $. Pour nous, c'est un plafond qui nous a fait réfléchir.»

De l'expérience vient la réflexion, l'action et désormais un souhait que l'universitaire, fin observateur des comportements humains par rapport aux chiffres, n'a pas peur de formuler: ces paliers tarifaires gagneraient, selon lui, à se multiplier un peu partout dans l'environnement afin de permettre une nécessaire modulation, selon lui, de nos rapports à l'automobile, au territoire, à la dépense, à l'énergie... «Il y a aujourd'hui une chance d'enrayer l'étalement urbain pour réduire les déplacements routiers, de développer le transport collectif, d'encourager l'achat local» et de stimuler au passage les industries, organismes et entreprises qui pourraient favoriser la mutation de nos sociétés dans une logique plus verte, durable et surtout moins dépendante de l'énergie non renouvelable.

Le point de bascule n'a pas encore été atteint. Mais son apparition tout comme ses conséquences sur les habitudes de vie semblent inéluctables, comme le laisse présager le palmarès des 10 secteurs industriels qui ont connu la plus grande croissance en 2010 aux États-Unis et qui vont rester sur cette lancée jusqu'en 2016, selon les prévisions de la firme IBISWorld.

Le document a été dévoilé au début de la semaine à Los Angeles. Il met en relief cinq secteurs sur dix versés dans la transformation de fond des comportements humains: les industries du panneau solaire et de l'éolienne, celles de la publication numérique, du commerce électronique, qui encouragent de nouveaux processus de production et de diffusion, tout comme l'industrie du conseil en environnement, dont la croissance soutenue vient confirmer que la révolution est peut-être lente, pas encore attisée par les variations du prix du pétrole, mais malgré tout en marche.
8 commentaires
  • Godfax - Inscrit 21 mai 2011 02 h 25

    Il n'y a pas d'après pétrole sans nucléaire; c’est d'avant pétrole qu’on nous parle donc un retour au moyen-age...

    Ces observateurs de la pauvreté qui bave sur le sort des plus pauvres qui doivent amorcer la «déconsommation» forcée (pour le bien de maman planète), est d’un mauvais gout intenable. Il est clair qu’un profond désire d’abolir les acquis sociaux plane entre les mots, tout ça déguisé d’un vert tendre.

    En faite les idées amenées par ce billet ne sont que les relais des idées de l’oligarchie financière. Cette orientation de pure décroissance est en faite un impératif dicté par des institutions financières comme la HSBC qui utilisé le Forum de Davos 2011 pour lancer le message suivant : « investisseurs, compagnies énergétiques et gouvernements », unissez-vous pour organiser la grande « révolution énergétique verte » de 46 000 milliards de dollars. Le but est de créer une méga bulle pour recommencer le délire néolibéral spéculatif mondialisé.

    La soumission la plus abjecte de nos élites aux orientations économiques imposées par ce protofacshisme financier me révolte complètement

    La croissance verte est un mythe qui dévie de l’hypothèse schizoïde de la « destruction créatrice » schumpéterien. Cella n’a strictement aucun fondement scientifique. Soyont sérieux, il ne peut pas y avoir de progrès économique si il n’y a pas de progrès dans l’économie de travail. Donc, passer à des énergies moins denses ne peut que vouloir dire décroissance et appauvrissement général.
    Tout ingénieur qui se respecte sait que le rapport d’économie physique entre les éoliennes et nucléaire est une parodie. Une éolienne géante produit 2 MW d’électricité, un tiers du temps, comparé à 1400 MW pour une centrale nucléaire de 4e génération, 98% du temps. Il est impératif de passer au nucléaire de 4e génération (des minis centrales 100 fois plus sécuritaires que la génération 3) qui grâce au déchet nucléaire et au thorium donnerait 10.000 ans à l’humanité d’énergie bon marché (donc développe

  • marie lemire - Inscrit 21 mai 2011 11 h 13

    Décroissances?

    @Godfax qui dit:
    -Soyont sérieux, il ne peut pas y avoir de progrès économique si il n’y a pas de progrès dans l’économie de travail. Donc, passer à des énergies moins denses ne peut que vouloir dire décroissance et appauvrissement général.-

    Ceci est vrai et c'est justement le problème. Personne n'est prêt à reculer devant ces si formidables sources d'énergies, mais à quel prix? La décroissance n'est pas avantageuse pour ceux qui profitent présentement du système, mais en prenant compte des coûts environnementaux, coût qui conscernent tout le monde, c'est tout le monde qui a à y gagner.

    Le nucléaire est encore de ces vieilles générations d'énergie, ultra performantes (J'en doute.. en tenant compte des externalités.. c'est à dire des conscéquences à long termes et des problèmes possible (Fukushima etc.) je ne sais pas si le nucléaire est si rentable à la longue)

    Il est difficile d'avoir une nouvelle vision économique et énergitique car peu sont pret à risquer leurs aquis, mais c'est en qualité de visionnaire qu'ont peut comprendre que les énergies renouvelables et non polluantes, une fois développées et améliorées, se retrouverait à moyen et long terme encore plus rentables.

    Il suffit juste de laisser de côté chaque idées préconçues et de tous se tourner dans le sens de la vie.

  • Godfax - Inscrit 21 mai 2011 14 h 20

    @marie lemire

    Se tourner dans le sens de la vie?!? Cela semble être une mystification. Vous entendez quoi par là?
    Sérieusement, en quoi faire exploser le coût de l’énergie peut’-il être au service du citoyen lambda? Une décroissance économique (à part dans le monde des calinours) ne peut être autre chose qu’une attaque contre les plus pauvres qui seront toujours les premiers touchés.

    L’éolienne n’a rien d’une énergie du future. Elle nécessite 460 tonnes métriques d'acier par MW et 870 tonnes métriques de béton par MW. Dans les faits, ce projet abject, de vouloir conduire la société à l’ère préindustrielle avec ces moulins à vent géants ne fera que ramener l’énergie a un luxe après 100 ans de démocratisation.
    Mais la chute brutale du niveau de vie (la baisse de notre capacité d'accueil) ne peut que créer une situation sociale explosive.

    Lutter contre le pétrole et préférer le vent au nucléaire va entrainer des conséquences bien pires en terme de désorganisation de la société et d'incertitude sur l'avenir que le risque d'un accident nucléaire (qui ne fera que diminuer à force que nous maitriserons la matière.) En faite c’est l’état policier autoritaire que ses politiques vertes appellent de par le monde.

    La vérité doit sortir du sac, vouloir diminuer le niveau de vie des gents est un projet d’extrême droite déguisé d’environnementalisme et dicté par les plus hautes castes de l’oligarchie financière. C’est un nouveau féodalisme qu’on nous dessine. Tout cela est abject et tordu; cette tentative de carnage social doit être combattue. Renier le progrès pour trousse est une attaque contre la république, la justice sociale et la dignité humaine pour les générations à venir.

  • phides - Inscrit 21 mai 2011 16 h 17

    changement ?

    l'ensemble des commentaires dont une bonne part
    aveuglement
    l'être humain ne changera que "la geule dans le mur"
    il nous reste à attendre le mur
    il semble arriver assez vite apparement

  • Jean-Yves Bégin - Inscrit 21 mai 2011 18 h 53

    GÉNIAL...


    HAUSSER ENCORE LE PRIX DE L'ESSENCE? ET POURQUOI PAS!

    Génial...
    Surtout dans l'état où se trouve la recherche de l'auto électrique, avec au mieux une autonomie de... 150 kms (Science et Avenir avril 2011),
    et on pourrait réenseigner le vélo aux aînés, et surtout à ceux qui résident en régions, placer son argent dans la glucosamine (rires). et célébrer la hausse du prix de la nourriture pour réduire l'obésité,
    et resurtaxer les spiritueux, la modération a tellement meilleur g...,
    et généraliser les péages, pour rétablir l'enfant-sagesse routière,
    et hausser le prix du stationnement, pour clairsemer la circulation,
    et remplacer ces chambres de communes par des comités de sages
    qui éliraient le plus sage d'entre eux, ce qui rétablirait enfin l'ordre.
    C'est ainsi qu'à chaque tournant se profile la tentation totalitaire.
    chacun désirant imposer sa propre conception parfaite des choses.
    sauf à se retrouver avec un unique député style Québec Solitaire.
    L'enfer étant gavé de bonnes intentions, et de nids d'éléphants...
    Sans commentaire.