Pour en finir avec la pollution diffuse

Thomas Mulcair estime qu’une intervention dans ce dossier ne constitue pas une intrusion dans un champ de compétence des provinces.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Thomas Mulcair estime qu’une intervention dans ce dossier ne constitue pas une intrusion dans un champ de compétence des provinces.

Ottawa et les provinces doivent s'entendre pour lancer un programme fédéral-provincial de lutte contre l'érosion des berges sur les cours d'eau afin d'en finir avec la pollution diffuse, principalement d'origine agricole avec son cortège d'engrais, de pesticides et de sédiments.

Telle est la solution que préconise l'ancien ministre québécois de l'Environnement Thomas Mulcair, qui est désormais le leader québécois néodémocrate. M. Mulcair a fait cette proposition dans une entrevue accordée au Devoir en marge du Forum sur les bandes riveraines en milieu rural, que tenait hier à Saint-Hyacinthe la Fondation des lacs et rivières du Canada.

Pour Thomas Mulcair, un programme fédéral-provincial contre la pollution diffuse aurait deux avantages. Il permettrait de synchroniser l'action des deux gouvernements et de faire en sorte que les acteurs du milieu agricole ne pourraient relancer la balle à l'un quand ils sont coincés par l'autre. Mais surtout, les dizaines de millions que les deux ordres de gouvernement investiraient pour compenser la perte de productivité des portions de terre soustraites aux cultures au profit de bandes riveraines efficaces apporteraient une solution permanente au problème.

Un retard


La pollution d'origine agricole vient, au Québec à tout le moins, en tête des grandes sources de pollution de l'eau, se retrouvant à peu près à égalité avec celle du secteur industriel. Mais contrairement au secteur industriel, le milieu agricole accuse un sérieux retard. La dernière étude sur la question du ministère de l'Environnement du Québec indiquait un taux de non-conformité de plus de 80 % aux plus récentes règles des MRC sur la protection des bandes riveraines, qui agissent comme filtres végétaux. Et les règles québécoises sont totalement muettes sur la nécessité d'épurer les fossés au moyen de trappes à sédiments avant que leurs eaux n'atteignent les ruisseaux et les rivières. Pourtant, les apports des fossés en sédiments, engrais et pesticides dépassent celui des bandes riveraines non protégées.

Thomas Mulcair estime qu'une intervention fédérale dans ce dossier ne constitue pas une intrusion dans un champ de compétence des provinces. La Loi sur les pêches, qui est la plus rigoureuse en matière de lutte contre la contamination des cours d'eau, justifie une telle intervention, dit-il, tout comme les responsabilités fédérales en matière de navigation et de flottabilité sur les cours d'eau à cause des dommages attribuables aux excès de sédiments en plusieurs endroits.

L'Île-du-Prince-Édouard a pour sa part institué des bandes riveraines de 10 à 30 mètres, dit-il, «avec des résultats extraordinaires». Au Québec, en comparaison, la règle est de trois mètres seulement, quelle que soit la friabilité des rives. Devant la commission Beauchamp sur l'eau, à la fin des années 90, les biologistes du gouvernement québécois affirmaient qu'il faut au moins 10 mètres pour obtenir une filtration efficace.

À voir en vidéo