La batterie phosphate-fer-lithium - Une «clause Québec» controversée

L'application d'une «clause Québec» dans le cadre de contrats de licence pour la production de batteries de phosphate de fer et de lithium pourrait inciter d'importants constructeurs de voitures électriques à utiliser d'autres technologies et nuire par conséquent à l'essor de cette invention québécoise à l'échelle mondiale.

C'est ce qu'a répliqué hier le directeur général de Phostech Lithium de Saint-Bruno, Christian Knobloch, à un des principaux chercheurs, Michel Gauthier, qui a travaillé pendant 37 ans sur cette invention et sur d'autres qui lui sont apparentées.

Ce chercheur, qui a quitté ses fonctions pour défendre librement la possibilité de développer cette technologie québécoise dans une nouvelle «Phosphate Valley» bien d'ici, estime qu'Hydro-Québec a tout fait pour que Phostech abandonne l'exclusivité de cette production novatrice. Le coût de revient et les propriétés de ces accumulateurs intéressent depuis quelque temps les principaux constructeurs d'automobiles électriques et hybrides en Asie.

Michel Gauthier accuse notamment l'ancien président d'Hydro-Québec, André Caillé, et l'actuel président, Thierry Vandal, de n'avoir pas vu le potentiel d'une autre technologie, celle que possédait Avestor, sur laquelle il a aussi travaillé. Il soutient qu'elle a été vendue «à rabais» au groupe français Bolloré, qui vient d'annoncer un investissement de 176 millions dans sa filiale québécoise pour développer précisément ce type d'accumulateur qu'on retrouvera dans la Blue Car, l'équivalent du Bixi sur quatre roues dans les rues de Paris.

Depuis 2008, accuse ce chercheur, Hydro-Québec tente d'inciter Phostech, qu'il a pourtant contribué à créer avec d'autres partenaires, à abandonner l'exclusivité de ses droits sur les batteries phosphate-fer-lithium «pour pouvoir retirer immédiatement des revenus de licence de futurs licenciés asiatiques». Mais, dans ces pourparlers, Hydro-Québec aurait manifesté son intention de ne pas exiger l'application de la «clause Québec» inscrite dans la cession de droits exclusifs à Phostech, en échange d'une dizaine de millions et d'éventuelles redevances. En vertu de cette clause, le tiers de la production d'un licencié doit se faire au Québec.

Selon le chercheur Michel Gauthier, une telle clause offre un énorme potentiel de développement économique et technologique au Québec, tout en étant suffisamment souple pour que de grands fabricants asiatiques puissent consolider cette technologie sur leur marché.

Mais le directeur général de Phostech ne partage pas cet avis.

Il existe plusieurs autres technologies concurrentes, a-t-il expliqué hier en entrevue au Devoir, qui prendraient avantage sur la technologie phosphate-fer-lithium si on maintient la clause Québec dans le portrait. Même aux États-Unis, pourtant tout près du Québec, dit-il.

Il ne nie pas que le 5e producteur automobile chinois, Beijing Automotive Group, n'a aucune objection à obtenir une licence incluant une clause Québec, ce qui a été divulgué à l'Assemblée nationale. Mais, ajoute-t-il, cette exigence pourrait inciter des constructeurs à privilégier des technologies concurrentes, du moins d'ici la fin du premier brevet de Phostech en 2017, voire du deuxième, en 2021, ce qui nuirait au marché des deux usines québécoises qui vont produire la matière de base de ces batteries sur la rive sud.

Selon Christian Knobloch, les partenaires regroupés autour de ces deux brevets s'entendent pour les défendre contre le piratage, ce qui peut être très long et coûteux, et pour se partager les redevances éventuelles. Sans compter, dit-il, que nos brevets ont peu de poids dans certains marchés, comme la Chine.

C'est visiblement ce calcul, à la fois technologique et économique, en faveur d'un développement moins restrictif, explique le directeur de Phostech, qui incite les partenaires de ces brevets à propulser cette invention au rang de technologie dominante dans la course internationale pour propulser les futurs véhicules électriques.

On pourrait en quelque sorte comparer ce pari à celui de la lutte que se sont livrée à l'époque les formats VHS et Beta, le VHS ayant gagné la course grâce à la prolifération de sa technologie. Mais, en informatique, Apple a aussi fait la preuve qu'on peut devenir un acteur dominant en gardant ses atouts dans son jeu.
9 commentaires
  • P. Boutet - Inscrit 1 mai 2011 04 h 18

    Pile à hydrogène

    Est-ce qu'Hydro Québec investit dans la pile à hydrogène?

    C'est pourtant là où le potentiel du Québec est le plus grand avec son hydro électricité à bas prix et surtout non polluante, l'hydrogène étant obtenu par hydrolyse.

  • arahal - Inscrit 1 mai 2011 17 h 20

    comparaisons ...

    L'exemple des cassettes VHS/Beta me semble pertinent, cependant, celui de Apple, complètement hors propos. Pour prendre un exemple dans le domaine de l'informatique, je prendrais plutôt celui du IBM PC face à tous ses concurrents, dont notamment Apple. Les ordinateurs de type 'compatible PC' ont envahi le monde jusqu'à sa domination, même les actuels iMac ne sont que des compatibles PC spécifiquement habillés. Toutes les restrictions 'artificielles' sur la technologie finissent par soit être contournées, soit devenir inutiles suite à la disparition de la technologie à la quelle elles s'appliquaient.

  • Louise Hurteau - Inscrite 1 mai 2011 19 h 04

    Bravo pour la clause Québec

    Je suis tout à fait pour garder nos atous dans notre jeu. En fait, des clauses Québec il devrait y en avoir pas mal plus!

  • celljack - Inscrit 2 mai 2011 10 h 17

    @P. Boutet

    Tout à fait d'accord avec vous.

    En plus de transformer l'hydro-électricité en hydrogène, on peut transporter l'énergie sur de grandes distances (disons par bateau avec des moteurs à l'hydrogène...) Le rendement devient intéressant comparé aux pertes par transport des fils électriques et compte tenu de la possibilité d'utiliser l'hydrogène dans des applications directes.

    Définitivement, l'hydrogène est la voie d'avenir mondiale. L'unité étalon d'énergie et la future monnaie d'échange mondiale. Notre gouvarnamant va certainement tout faire pour bloquer hydro-québec et privatiser cette filière auprès de mystérieux actionnaires à numéros basés sur des comptes en suisse.

  • Dominic Ric - Inscrit 3 mai 2011 17 h 18

    Non mais franchement...

    Le pire ennemi des pétrolières-gazières-charbonnières : c'est la pile électrique efficace.

    André Caillé et Thierry Vandal sont des pétrolistes issus de Gaz-Métropolitain.

    Les amis, on a mis les renards en charge du poulailler.


    @celljack

    L'hydrogène est un moyen de garder le client captif du réseau de distribution, comme pour le pétrole.

    On fait quoi? On transforme de l'eau en hydrogène en dépensant de l'électricité pour servir dans une pile à combustible qui fourni au bout du compte... de l'électricité!

    Les pertes du réseau électrique sont au maximum de 4%, ce qui est énormément moindre que l'énergie gaspillé dans le cycle d'extraction de l'hydrogène.

    Ou vous êtes très mal renseigné, ou vous nous désinformez très bien.