Il ne faut pas répéter l'erreur de la Romaine, dit Parizeau

Jacques Parizeau pose un regard critique sur les choix énergétiques du Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Jacques Parizeau pose un regard critique sur les choix énergétiques du Québec.
Il a d'ailleurs profité d'une sortie publique hier pour mettre en doute la pertinence d'aller de l'avant avec le mégaprojet hydroélectrique de la rivière Romaine, en plus d'affirmer que le développement de la filière du gaz de schiste est un parfait exemple de la «déliquescence des pouvoirs publics».

«Le projet de la Romaine tombe à un moment où, après avoir développé tout ce qui était "bon marché" à développer, on entre dans des opérations hydroélectriques beaucoup plus coûteuses, a rappelé M. Parizeau au cours d'un point de presse tenu en marge d'un colloque de l'Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques. Et là, on se trouve face à d'autres choix. C'est sûr que l'énergie éolienne, solaire ou encore la biomasse ont des coûts très élevés, mais les prix commencent à tomber. Donc, on se trouve au moment des choix.»

Et selon lui, le «choix» de harnacher une des dernières grandes rivières du Québec n'était peut-être pas très avisé. «C'est un peu embêtant qu'on ce soit engagés dans le projet de la Romaine sans même examiner les autres choix possibles, a-t-il souligné. Il est trop tard pour la Romaine, mais avant qu'on fasse autre chose, est-ce qu'on pourrait regarder les alternatives, mais aussi travailler sur les alternatives?» Selon M. Parizeau, le Québec accuse notamment un retard très important dans le secteur éolien par rapport à certains pays européens.

Une telle réflexion apparaît d'autant plus pertinente que dans le cas de la Romaine, l'équation économique n'a pas démontré la rentabilité de ce projet de 5,6 milliards. «La Romaine, à 10 ¢ du kilowattheure, pour exporter aux États-Unis? Ça ne paraît pas évident par rapport à d'autres sources d'énergie comme le solaire. Rendu à 10 ¢, les questions commencent à se poser.» L'ancien ministre des Finances a du même coup rappelé qu'en vertu des termes de l'entente signée avec le Vermont, Hydro-Québec doit toucher un prix de base de 5,6 ¢ le kilowattheure (kWh).

Déliquescence

Jacques Parizeau s'en est également pris à la gestion du développement de la filière du gaz de schiste par le gouvernement Charest. «Le gaz de schiste, c'est un cas de déliquescence des pouvoirs publics. Il n'y a pas de loi qui s'applique à ça. Comme il n'y a pas de loi, il n'y a pas de règlements. Mais néanmoins, un bureau émet des claims à qui en veut, n'importe où. Il y a une administration qui fait tourner la manivelle. Ça provoque le scandale qu'on sait, qui est un scandale administratif. C'est l'administration qui a complètement perdu la tête.»

Il estime pourtant qu'il serait tout à fait possible d'instaurer un cadre législatif propre à cette source d'énergie fossile. «Ça ne demande pas une imagination débordante», a-t-il laissé tomber.

M. Parizeau a aussi critiqué les façons de faire des libéraux dans le dossier pétrolier. Il a ainsi rappelé le cas des permis d'exploration que détenait Hydro-Québec sur l'île d'Anticosti et qui ont été cédés au secteur privé en vertu d'une entente dont on ignore les termes. «Que nous ne puissions pas savoir quelles sont les conditions de ce contrat me paraît inconcevable, parce qu'on finit par avoir l'impression que ça a été donné ou bradé, mais on ne sait pas. Qu'on permette, dans le secteur public, de passer des contrats comme ceux-là, dont le secret dépend du bénéficiaire, me paraît, encore une fois, être un élément de déliquescence administrative invraisemblable.»

Dans le cas du gisement pétrolier de la structure Old Harry, situé en plein coeur du golfe du Saint-Laurent, M. Parizeau a souligné que le Québec n'est pas encore assuré de toucher une part importante de la ressource, puisque le litige sur la frontière avec Terre-Neuve risque de se rendre en arbitrage devant le gouvernement fédéral.

Bref, a-t-il résumé, «le portrait, à l'heure actuelle, des secteurs pétrolier et gazier, c'est pas très joli comme paysage. Ça ne fait pas très sérieux». Mais comment corriger le tir, par exemple dans le gaz de schiste, maintenant que le débat est lancé, que tous les permis ont déjà été accordés à 10 ¢ l'hectare et que la rentabilité de la filière pour l'État québécois n'a toujours pas été démontrée? «À mon âge, ça ne sert à rien de donner des conseils, a-t-il dit. De toute façon, ça ferait sourire. Mais c'est important de comprendre la situation et de la décrire correctement.»

Dans son discours prononcé à la tribune de l'IGOPP, l'ancien premier ministre a par ailleurs lancé un appel au maintien du plus grand nombre possible de «centres décisionnels» et de «principales places d'affaires» des entreprises au Québec. Lui-même acteur de la création de la Caisse de dépôt et placement du Québec, il estime que celle-ci devrait jouer un rôle important en ce sens. «La Caisse de dépôt n'est pas là pour contrôler des entreprises, mais elle peut jouer un rôle très utile pour s'assurer que les principales places d'affaires restent au Québec, en étant seulement un actionnaire minoritaire musclé.»

Le gestionnaire de portefeuilles Stephen Jarislowsky a lui aussi insisté sur l'importance, pour toute grande ville, d'accueillir des centres décisionnels et des sièges sociaux. Ceux-ci seraient essentiels pour la rétention des cerveaux.

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