Aujourd'hui, le Jour de la Terre - Un jardin sur le toit du marché Jean-Talon

Les végétaux occuperont 30 % de la superficie totale de l’œuvre et le reste sera peint. Pas de fleurs, que des laitues (et peut-être des choux).<br />
Photo: Photo Michel Lussier - Infographie Simon Jacques Les végétaux occuperont 30 % de la superficie totale de l’œuvre et le reste sera peint. Pas de fleurs, que des laitues (et peut-être des choux).

Le marché Jean-Talon a beau déborder de fruits, de légumes et de fleurs à la belle saison, il constitue tout de même un grand parterre de bitume que les écologistes qualifient prosaïquement d'îlot de chaleur. Afin d'y introduire une aire de verdure sans empiéter sur l'espace public, le directeur de Projets Saint-Laurent/Le Jour de la Terre, Pierre Lussier, a imaginé un jardin sur le toit du marché, au-dessus des étals des maraîchers. Plus qu'une simple expérience horticole, ce jardin est destiné à devenir une œuvre d'art puisque M. Lussier a fait appel aux artistes Jean-Paul Ganem et Peter Gibson, alias Roadsworth, pour le concevoir.

Le Jour de la Terre est célébré chaque année, le 22 avril, mais 24 heures ne suffisent pas toujours pour poser des gestes tangibles en faveur de l'environnement, croit Pierre Lussier.

C'est dans cette perspective que M. Lussier a élaboré un projet de végétalisation du toit du marché Jean-Talon en confiant à Jean-Paul Ganem et Roadsworth le soin de concevoir une oeuvre géante sur une superficie de 50 000 pieds carrés. Les plans comportent aussi une terrasse qui pourrait être aménagée sur la partie plus récemment construite du marché, avec une vue imprenable sur le jardin puisqu'elle se trouvera quelques mètres plus haut.

Avant de devenir réalité, le jardin devra toutefois obtenir l'assentiment de la Ville de Montréal, mais Pierre Lussier est patient.Ce projet constitue la première collaboration entre les deux artistes. Français d'origine tunisienne, Jean-Paul Ganem connaît bien le Québec pour y avoir déjà réalisé des fresques végétales, notamment dans un champ de Mirabel et sur le site de l'ancien dépotoir de la carrière Miron qui a accueilli son Jardin des capteurs.

De son côté, Roadsworth est le spécialiste des oeuvres sur bitume. Ses pochoirs sur la chaussée l'ont rendu célèbre, mais lui ont valu quelques démêlés avec la police qui, en 2004, avait assimilé ses oeuvres à des graffitis. Roadsworth avait finalement obtenu une absolution complète.

Attablés à un café du marché Jean-Talon, les deux artistes expliquent la démarche qui les a amenés à proposer un immense circuit électronique composé de carrés de laitues reliés entre eux par des lignes blanches, comme un système complexe dans lequel interagissent la nature et la main de l'homme. «On ne peut plus dissocier l'humain de son environnement végétal», note Roadsworth.

Les végétaux occuperont 30 % de la superficie totale de l'oeuvre et le reste sera peint. Pas de fleurs, que des laitues (et peut-être des choux), car les concepteurs voulaient une plante qui se consomme — en lien avec le marché public — et qu'on pourrait servir aux clients de la future terrasse. L'espace jardin ne sera pas accessible au public en raison des coûts élevés que représente l'installation de rambardes.

Les deux artistes travaillent sur le projet depuis plusieurs mois. Faute d'être sur le même continent, ils ont communiqué par l'entremise de Skype. «Je me considère comme un artiste de la rue, plus proche de Roadsworth que des artistes de galerie», explique Jean-Paul Ganem, qui se décrit comme un «tagueur des champs», alors que Roadsworth pourrait être le «tagueur des villes».

L'oeuvre pourra être bien visible du ciel pour ceux qui survolent le site en avion ou en hélicoptère. Google Earth l'immortalisera aussi. Mais la principale difficulté à laquelle les artistes ont été confrontés a été de la rendre compréhensible à ceux qui la verront de biais, du haut de la terrasse. L'oeuvre évoluera au fil des semaines au gré de la croissance des plantes.

Des analyses à venir

Le projet n'a pas encore reçu la bénédiction de la Ville de Montréal, qui est propriétaire des bâtiments. Elle aurait émis quelques réserves à l'égard de la charge que représente l'aménagement d'un jardin sur le toit d'un bâtiment dont la construction remonte aux années 30. «Nous n'avons pas reçu de détails techniques des artistes. Pas conséquent, nous ne pouvons commenter la faisabilité ou non de leur initiative pour le moment», a indiqué hier au Devoir Isabelle Poulin, relationniste à la Ville.

Pierre Lussier n'est pas inquiet. «Nous avons calculé que le poids de l'aménagement du jardin était deux fois moindre que celui de la neige qui s'accumule sur le toit pendant l'hiver, dit-il. Et nous enlèverons les plantes l'hiver.»

À l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie, on ne tarit pas d'éloges à l'égard de la proposition. «Le projet cadre très bien dans notre vision du développement durable et notre règlement sur le verdissement des toits, commente Francis Côté, directeur de cabinet du maire François Croteau. C'est ambitieux, mais c'est embryonnaire et il reste beaucoup d'étapes à franchir, dont celle d'obtenir l'approbation de la ville centre, qui devra s'assurer que la structure est sécuritaire.»

La Corporation de gestion des marchés publics voit aussi d'un bon oeil le projet, mais elle attend d'obtenir les assurances sur la solidité des structures. «C'est un très beau projet, innovateur et qui sort de l'ordinaire, mais il faut aller au bout des analyses pour s'assurer que le tout est sécuritaire», indique Isabelle Létourneau, directrice des communications de la Corporation, qui est locataire du marché Jean-Talon.

Pierre Lussier se donne pour objectif de réaliser le projet en 2012, mais encore lui faudra-t-il obtenir le feu vert de la Ville. En attendant, il entend soumettre le projet à la consultation publique afin d'entendre les commentaires des citoyens qui pourront ainsi contribuer à l'oeuvre à leur façon. 

 
3 commentaires
  • camelot - Inscrit 22 avril 2011 11 h 43

    Franchement mauvais

    Encore une ineptie architecturale. Le 30% d'espace occupé par des laitues ne suffira certainement pas à atténuer la chaleur estivale torride. Si on veut verdir, il faut le faire en bonne et dûe forme. Le choix des "artistes" me laisse perplexe. Il me me semble que leur expérience en ce domaine est plus que déficiente. Il existe pourtant à Montréal des visionnaires qui ont ce genre d'expérience, et encore plus, des réalisations remarquables à leur crédit.

    À refaire complètement.

  • Céline Racicot - Inscrit 22 avril 2011 12 h 13

    POURQUOI BOUDER SON PLAISIR ?

    Enfin des projets dans le bon sens, pour lutter contre les îlots de chaleur, il en faut à tous les coins de rue, il faut multiplier les toits blancs les réfléchissants et les toits verts, et toute initiative dans ce sens est louable, car c'est l'ensemble qui crée la différence. L'arrondissement de Rosemont - Petite-Patrie a renforcé les mesures de prévention contre les îlots de chaleur en modifiant son règlement d'urbanisme (01-229, 23/08/2010). Désormais, les nouvelles constructions ou rénovations majeures entreprises dans l'arrondissement devront se réaliser en conformité avec ces critères éco-énergétiques, notamment par la mise en place de toit blanc ou vert. Les îlots de chaleur se combattent si facilement et si agréablement en multipliant la verdure en ville, pourquoi bouder son plaisir ? Voir le document préparé par Anquea et Herlem - Chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l'UQAM, Avril 2011.

  • Monique Thibault - Inscrite 22 avril 2011 15 h 33

    Un geste pour le Jour de la Terre

    Moi, pour célébrer le Jour de la Terre, j'ai été voter pour un parti qui ne favorise ni l'exploitation des gaz de schiste, ni les sables bitumineux de l'Alberta.
    Je pense ainsi avoir fait ma petite part pour l'avenir de la planète, ceci dans le respect des personnes et de la démocratie.