Le 22 avril 2011 - Célébrer la Terre ou l'enterrer ?

Valérie R. Carbonneau Collaboration spéciale
Jacques Languirand, porte-parole du Jour de la Terre
Photo: - Le Devoir Jacques Languirand, porte-parole du Jour de la Terre

Le « 8e continent » menace aussi le Québec Les arbres commencent tranquillement à disparaître, le niveau de la mer s'élève, les catastrophes écologiques se multiplient... Ce qui semblait autrefois réservé aux scénarios de films de science-fiction, voire d'horreur, envahit désormais notre quotidien. Ironie du sort, le Jour de la Terre coïncide cette année avec le premier anniversaire de la tragédie pétrolière de BP. Alors, fêter quoi au juste?

Au Québec, le Jour de la Terre permet, plutôt que de s'enliser dans l'angoisse collective, de valoriser l'action positive, et ce, depuis 1995. Des gestes qui s'adressent à la fois aux individus, aux organismes et aux entreprises. Sur la scène mondiale, plus de 500 millions de personnes réparties à travers 184 pays prennent part à l'action chaque année.

Jacques Languirand ne s'en cache pas... Selon lui, l'avenir de la planète est tout sauf rose. Celui qui est porte-parole de l'événement au Québec depuis ses débuts s'inquiète devant la fin du pétrole, notamment. Il explique que, dans 40 ans, on aura épuisé toute réserve de cette source d'énergie et que, d'ici là, la vie, les habitudes de vie et les valeurs devront se transformer. «Parce que le pétrole est à l'origine des plastiques, et comme le plastique est relativement accessible, tout passe encore pas mal par cette matière...»

En ce moment, on ne sait pas si on est en train de sauver la planète et si on sera en mesure de le faire, poursuit-il. «Mais, probablement qu'en incitant les gens à changer leurs habitudes, il va être possible de prolonger sa vie.» Parlant d'habitudes, pour redonner un peu d'amour à

la Terre, le porte-parole, qui remet en question chaque geste du quotidien, composte, recycle, récupère, mange bio et local et n'a pas changé de voiture depuis dix ans.

La planète de Languirand

Le porte-parole abordera cette année l'impact de l'environnement sur la santé. Pour ce faire, il se sera surtout inspiré du travail de François Reeves, médecin au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine (CHUSJ) et auteur du livre Planète coeur. Languirand raconte d'ailleurs qu'un ami médecin débarqué du Nunavik l'a informé que le lait maternel des habitantes est devenu relativement toxique en raison des eaux polluées transportées par les courants depuis l'Asie.

«Le gros problème aujourd'hui, c'est qu'on n'est pas isolé par rapport au reste du monde. Personne ni aucun pays ou continent ne sont à l'abri. La pollution faite par les individus, les industries, tout circule par l'eau et par l'air. Et on est un peu embêté parce qu'on n'aime pas être considéré comme des criminels, mais on est en train de tuer la planète...»

Pour illustrer son propos, il fait référence au huitième continent. «Un ensemble, un tourbillon de saloperies», soit des plastiques de toutes sortes qu'on a balancés à la mer et qui, une fois rassemblés, forment un immense banc dans le Pacifique, entre la Californie et le Japon, grand comme la France. Même s'il peut nous sembler loin, même abstrait, ce continent irréel aboutira inévitablement dans nos assiettes, nos estomacs, nos poumons et notre sang.

Sans pour autant sombrer dans le misérabilisme, M. Languirand voit le verre à moitié vide. D'Haïti au Japon, les catastrophes naturelles sont, selon lui, le résultat malheureux d'une mosaïque de conditions, toutes aussi désastreuses les unes que les autres, qui s'emboîtent entre elles. «Une chose est certaine, la question de l'environnement devient extrêmement globale et très inquiétante, termine-t-il. Que ce soit au niveau moral ou physique, la situation est déplorable sur tous les plans.»

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Collaboratrice du Devoir

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