Équicosta - Après les bananes...

Des manguiers dans une plantation mexicaine choisie par Equicosta  <br />
Photo: Source Equicosta Des manguiers dans une plantation mexicaine choisie par Equicosta 

Les mangues, les avocats et les pamplemousses garnissent les tablettes d'ÉquicostaAprès avoir commencé à importer les premières bananes équitables et biologiques au Québec dans les derniers jours de 2007, Équicosta poursuit sa lancée en élargissant sa gamme de produits.

L'hiver dernier, Équicosta a commencé à importer des mangues de la coopérative péruvienne Apromalpi. «Nous allons continuer avec elle l'hiver prochain mais, comme la saison des mangues dure seulement trois ou quatre mois, il faut changer de pays au moins trois fois par année pour avoir un approvisionnement continu», explique Danielle Marchessault, présidente d'Équicosta.

Aux mois de mars ou d'avril, c'est vers le Mexique qu'il faut se tourner pour avoir des mangues. Équicosta a déjà choisi une coopérative, mais elle attend que celle-ci reçoive la certification FLO (Fairtrade Labelling Organizations). L'inspectrice est d'ailleurs passée il y a quelques jours. «Nous avons bon espoir qu'elle l'obtienne, parce que plusieurs des producteurs faisaient partie de l'autre coopérative avec laquelle nous avons déjà fait affaire au Mexique, donc ils savent quoi faire pour l'avoir», explique l'entrepreneure de Drummondville.

Avocats et pamplemousses, prise 2

Ce n'est effectivement pas la première tentative d'Équicosta de faire affaire avec des producteurs mexicains. «Il y a deux ans, nous avons importé des avocats et des pamplemousses pendant un mois et demi, puis la coop a perdu sa certification. Tout est donc tombé à l'eau, même si ç'avait été beaucoup de travail», affirme Mme Marchessault.

Il semble que les problèmes auraient été situés au niveau de la cohésion des membres de la coopérative de producteurs. «Ce n'est pas parce qu'on met des gens ensemble que ça fonctionne, remarque Mme Marchessault. C'est beaucoup plus que de produire des fruits que nous leur demandons. Il y a tout un apprentissage du geste démocratique qui doit se faire, avec le président de la coop, les réunions, les projets de développement communautaire, etc.»

Développement communautaire

Car Équicosta ne se contente pas de payer le minimum requis aux producteurs pour que ses fruits soient considérés comme équitables. Entre au-tres, l'entreprise donne un dollar américain de plus à la coopérative pour chaque caisse de bananes vendue.

«C'est une prime sociale qui est gérée par un comité et redistribuée pour favoriser le développement social de leur collectivité et parfois aussi des collectivités voisines», affirme Mme Marchessault.

Elle donne des exemples réalisés en Équateur par une coopérative de 57 familles de producteurs, Nuevo Mundo, de laquelle Équicosta importe des bananes depuis le début de ses activités. «Le comité a décidé d'acheter une unité sanitaire mobile qui va dispenser des soins de santé de village en village, donc plusieurs collectivités en profitent. Aussi, ils ont fait creuser 40 puits qui servent pour les plantations, mais aussi pour que la collectivité puisse s'approvisionner en eau potable, ce qui n'est pas toujours évident dans ces coins-là», remarque-t-elle.

Chaque enfant des familles de producteurs a aussi une bourse d'études qui sert à acheter le matériel scolaire. «Dans les plantations régulières, les parents ne sont pas payés, donc, dès 9 ou 10 ans, les enfants commencent à travailler aussi. Dès qu'on leur donne un salaire décent, que font-ils? Ils envoient leurs enfants à l'école. L'éducation est hyperimportante pour eux, parce qu'ils savent que c'est ce qui peut les sortir du cycle de la pauvreté», explique la femme d'affaires qui a visité avec sa fille 15 coopératives en République dominicaine, en Équateur et au Pérou, avant de choisir Nuevo Mundo.

L'appui de Sobeys

Depuis, une autre coopérative de producteurs de bananes biologiques et équitables, APPBOSA, du Pérou cette fois, a commencé à faire affaire avec Équicosta.

«Nous avons compris aussi que c'est bien de traiter avec différents pays et différents partenaires parce que ça nous rend moins vulnérables. Par exemple, après le tsunami au Japon, ç'a été tout un casse-tête pour nous, avec les bateaux qui ne partaient plus», affirme Mme Marchessault.

Si Équicosta peut maintenant aller chercher différentes coopératives, c'est parce qu'elle peut compter sur un appui important d'entreprises au Québec pour vendre ses fruits.

«Nous sommes présents dans pratiquement tous les commerces d'alimentation naturelle et biologique, puisque nous faisons affaire avec les deux principaux distributeurs de produits biologiques et équitables en Ontario, mais ce n'était pas assez. Les bananes sont des produits périssables, donc on ne peut pas les entreposer comme les produits secs. Et un conteneur, ce sont 100 000 bananes!», indique Danielle Marchessault.

Il lui fallait donc l'appui d'au moins une grande chaîne. «Nous sommes dans tous les IGA du Québec depuis novembre 2008, affirme-t-elle. Sobeys, qui détient les IGA, a été la seule grande chaîne qui nous a encouragés et elle nous a donné tout un coup de pouce. Ça nous donne une belle régularité. Elle nous donne aussi une belle visibilité, par exem-ple, elle nous annonce souvent dans ses circulaires.»

Pas de limite

Si le projet avec la coopérative mexicaine se concrétise, Équicosta importerait donc prochainement des mangues, des avocats et des pamplemousses. «On se croise les doigts pour que ça se fasse d'ici deux mois, mais le rythme mexicain est très particulier. Avec les cartels de drogues et la violence, tout est vraiment plus compliqué. Le pays est sens dessus dessous, donc c'est complexe», affirme Danielle Marchessault, qui continue de faire rouler son entreprise désormais sans sa fille Julie, puisque, précise-t-elle, «c'était trop stressant».

Est-ce que ces fruits équitables et biologiques trouveraient preneurs au Québec?

«Nous fonctionnerions avec le même réseau de distribu-tion, indique-t-elle. D'ailleurs, les gens d'IGA nous ont dit l'an dernier qu'ils étaient intéressés à tout fruit importé par Équicosta.»

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Collaboratrice du Devoir