Selon une étude sur les émissions de GES - Les gaz de schiste plus polluants que le charbon

Une étude de l'Université Cornell, sur le point d'être publiée dans la revue scientifique Climatic Change, estime que l'impact des gaz de schiste sur le réchauffement du climat pourrait dépasser de 20 % celui du charbon.

C'est une fuite sur le site Internet TheHill, un journal parlementaire des États-Unis, qui a permis de rendre public le texte préliminaire préparé par l'équipe du professeur Robert W. Howarth.

L'automne dernier, le professeur Howarth avait déclaré au Devoir qu'il préparait pour l'Agence de protection environnementale américaine une version remaniée de son étude, laquelle avait été critiquée pour l'imprécision de certaines données de base. Cette critique vaut toujours, note l'étude, car un certain nombre de données utilisées dans cette étude se réfèrent aux résultats d'autres chercheurs, souvent avec des marges d'imprécision importantes.

Mais, à la lumière de ce que la science permet d'entrevoir pour le moment, précise l'étude, les émissions de méthane qui se produisent pendant les phases de forage, d'exploration, de fracturation, d'exploitation et même après la fermeture officielle des puits, sont telles que leur impact sur le climat serait plus grand, à moyen terme (horizon de 20 ans) que l'utilisation du charbon. À plus long terme, soit sur un horizon d'une centaine d'années cependant, les émissions des deux filières énergétiques s'équivalent, conclut l'étude. Or le charbon est le plus riche des combustibles fossiles en GES.

À court terme

Mais, a noté le professeur Howarth au journaliste de TheHill, c'est à court terme, soit d'ici 2030, que l'humanité tente de réduire ses émissions. Or c'est durant cette période que les émissions des gaz de schiste dépasseraient celles du charbon.

L'équipe du professeur Howarth s'appuie sur le fait que le méthane est 22 fois plus actif comme gaz de serre (GES) que le gaz carbonique. Avec des fuites moyennes qui atteindraient entre 3,6 % et 7,9 % de la production totale d'un puits, cette contribution des gaz de schiste au réchauffement du climat serait de 20 % supérieure sur un horizon de 20 ans aux émissions du charbon et 50 % par rapport au pétrole.

L'étude du professeur Howarth continue d'être attaquée par l'industrie des gaz de schiste et ses consultants. Certains soulignent l'imprécision des données qu'elle amalgame. D'autres indiquent qu'elle utilise un facteur d'impact sur le climat plus élevé que celui retenu par les chercheurs du panel intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (IPCC) de l'ONU.

Mais elle rejoint les avertissements lancés par le Conseil national des recherches des États-Unis, qui notait en 2009 que les gaz de schiste avaient une empreinte écologique et climatique plus lourde que celle du gaz naturel, un avertissement qu'avait aussi donné le Conseil des présidents de sociétés scientifiques. Ces derniers avaient avisé la Maison-Blanche que les gaz de schiste n'étaient peut-être pas cette énergie de transition entre le pétrole et les énergies vertes dont plusieurs rêvaient.
10 commentaires
  • Guylaine Vezina - Inscrit 12 avril 2011 08 h 27

    Les études

    Le problème avec les études, c'est qu'elles se contredisent. Au bout du compte, c'est une question de foi. Où on croit les compagnies qui défendent le profit ou on croit les verts qui défendent l'environnement. Pour ma part, il ne fait aucun doute que la question du développement des énergies vertes de même que celle de la préservation des ressources naturelles devraient être à la base de tout système social, la terre étant un espace fermé. Alors, ne serait-ce que par principe de précaution, arrêtons les études et passons aux actes. La foi est rarement bonne conseillère!

  • Marc Durand - Abonné 12 avril 2011 08 h 56

    Émissions de méthane - à long terme

    L'étude Howarth pour l'Agence de Protection Environnementale prend en compte un estimé que 3% de la production de méthane soit perdue dans l'air à différentes étapes de la production. C'est très réaliste pour cette étape. Par contre, peu de chercheurs ont pensé tenir compte de ce qui pourra se passer APRÈS la production, c'est-à-dire les émissions de méthane qui surviendront dans le long terme après la fermeture, l'abandon des puits, la reconversion des sites. Dans tout les états, Québec compris, on suppose qu'un puits fermé n'émets plus rien; cette vision est la vision traditionnelle de l'industrie. Or à la fermeture d'un puits de gaz de shale, il y e encore beaucoup de gaz libre dans le roc fracturé. J'ai mis en ligne un texte (1) et un vidéo (2) qui explique cette question.
    Marc Durand, doct-ing en géologie appliquée,
    professeur retraité Département des sciences de la Terre, UQAM
    1: http://www.facebook.com/notes/marc-durand-doct-ing

    2: http://www.youtube.com/watch?v=rgupsa48DbM

  • J. Hardy - Inscrit 12 avril 2011 14 h 27

    Capter les fuites

    Mr Durant, pouvez-vous nous expliquer pourquoi nous ne pouvons pas capter ces fuites avec de simples capteurs de méthane?

  • François Beaulé - Abonné 12 avril 2011 19 h 06

    Le mythe de l'«énergie de transition»

    Ce mythe a été inventé par ceux qui veulent faire beaucoup d'argent avec le gaz de shale (dit schiste). On le voit par cette étude: il n'y a pas de réduction d'émissions de GES avec l'exploitation et la combustion du gaz de shale.

    Alors qu'il y a consensus des scientifiques sur les dangers de l'effet de serre perturbateur du climat, alors que des États tentent de faire accepter des objectifs de réduction d'émissions, la combustion globale de combustibles fossiles (Charbon pétrole gaz) ne cesse d'augmenter. Plus l'humanité augmente la production et la consommation de combustibles fossiles, plus elle en est dépendante, plus il devient difficile de s'en passer.

    Il faut diminuer les émissions de GES. L'exploitation du gaz de shale est un moyen parmi d'autres de les augmenter. Ceux qui prétendent le contraire sont des fumistes.

  • Robert Ouellet - Inscrit 12 avril 2011 22 h 41

    @Francois Beaulé


    Penser que l'avenir de la planète se joue au Québec est ridicule...
    On représente 0.1% de la population mondiale.
    La décision que les québécois prendront (go vs no-go) sur les gaz de schiste n'aura aucun impact perceptible...

    Le grand défi de l'humanité sera de convaincre...

    1) Soit la population des pays émergents d'oublier d'atteindre le niveau de vie des nord-américains et des européens... Bonne chance! On l'a vu avec le printemps arabe, c'est pas gagné...

    2) Soit de convaincre les nord-américains et européens de baisser leur niveau de vie, histoire de partager les ressources énergétiques... Bonne Chance! On l'a vu avec le printemps arabe, les grandes puissance sont prêtes à tout pour préserver leur approvisonnement en pétrole.

    Si l'avenir de la planète, vous tient à coeur, il faut prendre le bâton du pélerin, et faire le tour du monde en répendant la bonne nouvelle.

    Dire non aux Gaz de schiste, ne sert absolument à rien... C'est comme arrêter de fumer dans une salle de 1000 personnes qui fument...