Nucléaire: la rentabilité avant la sécurité?

Des manifestants anti-nucléaire ont marché hier dans les rues de Tokyo, exhortant le pouvoir à changer sa politique énergétique. <br />
Photo: Agence Reuters Toru Hanai Des manifestants anti-nucléaire ont marché hier dans les rues de Tokyo, exhortant le pouvoir à changer sa politique énergétique.

Alors qu'ils vivent avec l'angoisse d'une véritable catastrophe nucléaire, les Japonais découvrent avec stupéfaction les témoignages d'anciens artisans de leur industrie nucléaire dont les révélations donnent froid dans le dos.

Ces divers témoignages diffusés sur des chaînes privées de télévision ou sur des blogues mettent en lumière l'existence d'une «collusion à grande échelle entre la haute administration [dont le ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie qui contrôle la politique nucléaire], les agences de surveillance, les constructeurs de centrales et les opérateurs», souligne-t-on dans le journal Le Monde. Ce puissant lobby verrouille l'information et finance des campagnes publicitaires vantant la sûreté du nucléaire.

Selon des témoignages d'anciens de Tepco, l'exploitant de la centrale de Fukushima, «les opérateurs — Tepco, et ses homologues — ont fait passer la rentabilité à court terme avant l'impératif de sécurité à long terme, ou dans le meilleur des cas, n'ont pas suffisamment pris en compte le risque dans un pays à forte activité sismique et à tsunamis».

Deux ingénieurs de Toshiba qui ont participé à la conception de la centrale de Fukushima ont affirmé au quotidien Tokyo Shimbun qu'un «risque trop bas a été retenu comme base de calcul». Un autre ingénieur de Toshiba a carrément déclaré sous le couvert de l'anonymat que «ce n'est pas à une catastrophe naturelle que le Japon est confronté, mais à une catastrophe provoquée par l'homme». Dans un livre paru en 2010, Hidekatsu Yoshi, député communiste et ancien ingénieur nucléaire, démontre, données à l'appui, que «la centrale de Fukushima est celle qui, dans tout le Japon, a connu le plus grand nombre d'incidents, dont une quinzaine entre 2005 et 2009 et que ses employés ont été les plus exposés aux radiations au cours de la décennie écoulée», rapporte Le Monde. On souligne aussi que les exploitants ont trop souvent recours à des sous-traitants souvent inexpérimentés pour la maintenance des centrales.

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Japonais Yukiya Amano, a rappelé hier que sa récente visite au Japon avait pour objectif d'obtenir du premier ministre japonais un engagement d'«une transparence totale». Pour sa part, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a déclaré qu'il était temps de réexaminer le régime international de sûreté nucléaire. L'AIEA s'est dotée en 1986 d'une Convention sur la notification rapide d'un accident nucléaire qui a été complétée en 1996 par la Convention sur la sûreté nucléaire. Mais ces textes n'ont qu'un caractère «incitatif», la sûreté des installations nucléaires étant de la responsabilité des États. C'est dans un tel contexte que les Japonais avaient d'abord minimisé le grave accident survenu, en 1999, dans l'usine de combustible Tokaï Mura, à cause d'une erreur humaine, alors que 136 personnes avaient été irradiées, dont deux sont mortes, rapportait récemment Le Monde.

«Dès le milieu des années 1980, on savait que le système de refroidissement sur ce type de réacteur [Fukushima] était sous-dimensionné, que les adaptations envisageables n'étaient pas suffisantes. Il est temps que l'AIEA, quitte à modifier ses statuts, adopte les exigences de sûreté les plus hautes, au lieu de les tirer vers le plus petit dénominateur», déclarait alors au quotidien français Yves Marignac, expert critique de l'énergie nucléaire.

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avec Le Monde
4 commentaires
  • Clau - Inscrit 28 mars 2011 09 h 56

    59 lacunes dans la gestion des opérations de la centrale nucléaire Gentilly-2

    59 lacunes dans la gestion des opérations
    de la centrale nucléaire Gentilly-2

    Dans le document CMD :10-H15F soumis par le personnel de la Commission Canadienne de sûreté nucléaire, le 3 mars 2011, on trouve de l’information sur un ensemble de questions d’ordre réglementaire concernant la sûreté de la centrale nucléaire de Gentilly-2 et l'installation de déchets radioactifs exploitées par Hydro-Québec :

    Aux pages 30 à 36
    ANNEXE A.
    MISE À JOUR DU TABLEAU DE SUIVI DES LACUNES TIRÉES DU CMD 10-H15

    On trouve la description des lacunes suivantes :

    1. Retards,
    2. Non conformités,
    3. Opportunité d'amélioration,
    4. Difficulté à finaliser,
    5. Mesures correctives,
    6. Manque de documentations de formations et d'informations,
    7. Arrérage important de mesures correctives,
    8. Délais trop longs,
    9. Correction de déficiences,
    10. Résultats faibles,
    11. Formation du personnel non-accrédité n’utilise pas l’approche systématique à la formation.
    12. Pas actuellement de programme pour la gestion de la pérennité à Gentilly-2 qui chapeaute toutes les activités du programme.
    13. Le programme d’assurance de la sûreté continue ne rencontre que partiellement les exigences réglementaires un retard dans l’avancement de quelques dossiers de modification liés à certains équipements sismiques sur le système de l’alimentation électrique d’urgence
    14. Échéanciers de ce plan n’ont pas été respectés.
    15. Plusieurs anomalies dans les dossiers de modification des pièces
    16. Pas de plan de pérennité pour le système de l’AEU.
    17. Rapports de bilan de suivi de système n’étaient pas produits aux fréquences requises et que les encadrements pour ce processus étaient incomplets.
    18. Manque de connaissance des utilisateurs ainsi que des problèmes dans la communication du processus.
    19. Actions correctives ont été proposées par Hydro-Québec pour répondre à ces déficiences
    20. Lacunes ont été observées au niveau

  • fernande cordeau - Inscrit 28 mars 2011 15 h 02

    nucléaire

    Pour ma part je ne crois pas que le nucléaire soit une solution pour le Québec

    L'électricité,le vent ,le soleil,sont à prioriser

    Le géothermique pourrait aussi être mis de l'avant

    Si on a peur d'un tremblement de terre pour les hôpitaux de L'est du Québec

    Que ferait-on de la centrale du sud du Québec

  • alen - Inscrit 30 mars 2011 08 h 23

    À Mme Cordeau

    Voilà bien la question, Mme Cordeau, quoi faire de cette boîte de Pandore?.. À moins que Monsieur Charest en inclue l'enfouissement dans le fond d'une mine de son <plan nord>. Ce qui lui donnerait vraiment l'allure d'un plan...

    Parce que pour le reste, l'exploitation des mines ça toujours été <à la va comme je te pousse>. Et je ne vois pas en quoi ça changé depuis l'annonce du plan libéral.

    Peut-être aussi, j'allais oublier, que ça ferait plaisir au foudunord, d'avoir enfin ces <gugus> pres de lui.

  • epoque opaque - Inscrit 31 mars 2011 08 h 53

    ça vous étonne et bien moi pas

    Comme pour les sables bitumineux, les gaz de schiste, les forages en haute mer, on sait parfaitement que l'industrie ne pourra jamais être rentable sans négliger outrageusement les aspects de sécurité les plus élémentaires. Est-ce qu'on sait comment réparer? Pensez-vous que Deep Water Horizon c'est réparer dans le sens où les conséquences sont sous contrôle? C'est la mentalité de ce merveilleux monde de production énergétique qui est comme ça, les compagnie en ont rien à cirer. La sécurité, c'est juste bon pour les sommets du G20!

    Dans un autre ordre d'idée, imaginez un instant qu'est-ce que ça aurait été si Sumatra, Haïti, le Chili ou la Nouvelle-Zélande avaient développer la filière nucléaire?

    Une génération après Tchernobyl, y a-t-il un économiste pour évaluer les coûts réels d'une catastrophes qui a balayé un empire et dont les réacteurs loin d'être décontaminés émettent encore de la radioactivité? Espérons Québec admettra enfin sa grandiose incompétence et procédera au démentellement de Gentilly2.