Hydro-Québec n'exclut plus la fermeture de Gentilly-2

Le président d'Hydro-Québec, Thierry Vandal.
Photo: - archives Le Devoir Le président d'Hydro-Québec, Thierry Vandal.

Le dossier de la centrale nucléaire de Gentilly-2 est désormais rouvert et l'éventualité de sa fermeture n'est plus exclue même si l'Assemblée nationale a adopté hier sur une forte division une motion pour la reconstruire.

C'est ce qui ressort des déclarations faites hier par le président d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, en marge de la présentation des états financiers de 2010.

«Hydro-Québec, a-t-il dit, va fournir toutes les informations au gouvernement pour qu'une décision éclairée, réfléchie, puisse être prise sur le projet de réfection de Gentilly-2, comme l'a indiqué hier le premier ministre.»

Invité à dire si le scénario de fermeture faisait partie de cette réévaluation tout comme la question des coûts, M. Vandal a ajouté que «ça fait partie des informations qu'on va bien sûr communiquer également, dans le contexte où l'évaluation porte sur tous les éléments du projet de réfection».

Mardi, le premier ministre Jean Charest déclarait pourtant à La Presse: «La centrale doit subir une réfection et nous procéderons comme prévu.»

La révision du projet de réfection a été dévoilée dès vendredi dernier par la ministre des Richesses naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau. Elle avait alors précisé avoir demandé un «état de situation» à Hydro-Québec. C'était trois jours avant qu'elle apprenne, lundi dans Le Devoir, que la chef de l'opposition, Pauline Marois, fermerait définitivement cette centrale en sursis, pour des raisons de coûts, de difficultés techniques et surtout parce que le Québec peut satisfaire autrement et de façon plus sécuritaire ses besoins en électricité.

Mme Normandeau avait alors affirmé que son «état de situation» était d'autant plus justifié que la Commission canadienne de sécurité nucléaire (CCSN) venait de demander à tous les opérateurs de centrales atomiques de lui indiquer s'ils pourraient passer au travers d'une catastrophe comme celle de Fukushima au Japon. Cette réévaluation de la sécurité des centrales pourrait ouvrir la porte à une mise à jour des normes canadiennes de sécurité, ce qui augmenterait sensiblement les coûts de la réfection de Gentilly. Les coûts de réfection de la centrale jumelle de Pointe-Lepreau, au Nouveau-Brunswick, sont passés entre 2004 et maintenant de 1,4 à 2,2 milliards, sinon à 2,4 milliards, selon certaines sources non confirmées.

Hier, madame Normandeau contredisait ses propos de vendredi en disant que la réévaluation en cours n'a pas été demandée «parce qu'il y a eu des événements au Japon».

Le président d'Hydro-Québec devait abonder dans le même sens en se référant lui aussi hier aux «événements tragiques du Japon». Il a ajouté que «c'est sur cette base qu'on va fournir toutes les informations pertinentes au gouvernement pour qu'il prenne une décision éclairée», confirmant par le fait même que le feu vert annoncé en 2008 ne tenait plus jusqu'à nouvel ordre.

Motion pro-Gentilly-2

Le débat d'hier à l'Assemblée nationale sur l'avenir de la centrale nucléaire a lié dans un même camp le gouvernement Charest et l'ADQ, qui a proposé une motion favorable à la réfection, adoptée à 66 voix contre 45. Le camp ministériel et l'ADQ ont reproché au PQ et aux adversaires de la réfection de ne pas tenir compte des 800 emplois liés à l'existence de la centrale. Par contre, du côté du Parti québécois, on a expliqué que le déclassement d'une centrale atomique exigerait des années de travail et le maintien d'une force de travail importante pour gérer notamment les déchets nucléaires, ce qui permettrait au Québec de se doter d'une expertise importante en déclassement, un marché en essor.

De son côté, Amir Khadir de Québec solidaire a invité le gouvernement à «envisager la question du sort du nucléaire au Québec autrement que dans la lorgnette de SNC-Lavalin ou du secteur minier». SNC-Lavalin est la seule firme qui souhaite encore acquérir Énergie atomique du Canada limitée (EACL).

«Quand on est trop proche, a poursuivi Amir Khadir, de certaines firmes d'ingénieurs qui sont, dans l'immédiat, qui sont dans la perspective, par exemple, de la vente des CANDU un peu partout dans le monde, c'est sûr que c'est difficile de prendre une distance critique et de regarder la perspective du nucléaire, y compris l'exploitation des mines d'uranium, avec une vision qui intègre tous les éléments du développement économique et du développement durable, en intégrant les questions environnementales, mais aussi les questions de sécurité, sécurité pour les populations.»

Le député Khadir a aussi laissé entendre que l'intention de Pauline Marois de fermer définitivement Gentilly-2 obligeait les gestionnaires du dossier à faire preuve de prudence et à ne pas engager inutilement d'argent public dans un dossier dont le sort est aussi incertain.

«L'opposition officielle pourrait éventuellement, en fait, a de fortes chances de former le prochain gouvernement. Je pense que le débat doit se tourner maintenant vers l'opposition officielle», a-t-il dit avec son franc-parler.

Quand les journalistes ont demandé à la ministre Normandeau si l'intérêt de SNC-Lavalin comptait dans la décision de donner un feu vert à la réfection de Gentilly, elle a répondu: «Évidemment, c'est une dimension importante. La technologie CANDU, là, c'est la technologie qui a fait la force du Canada pendant de nombreuses années. Toutes les nouvelles centrales qui se développent sur la planète font de moins en moins appel à ce type de technologie. Alors évidemment, ce qui se passe avec EACL, on regarde ça de très, très près. On ne peut faire abstraction de ça.» Mais Mme Normandeau a précisé qu'elle n'a «pas d'intérêt par rapport à ça».

Le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, est un ancien de SNC-Lavalin. Il s'est imposé un purgatoire de six mois durant lesquels il s'est exclu de tout débat au Conseil des ministres sur les intérêts de SNC. Sa collègue Kathleen Weil, ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, est aussi la conjointe d'un important patron de cette même firme.

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Avec la collaboration de François Desjardins et d'Antoine Robitaille

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