Nucléaire: pour Montréal, le vrai problème, c'est l'Ontario

Le Dr Michael Dworkind, président des Physicians for Global Survival, Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki, Éric Darier de Greenpeace, Kim Cornelissen de l’AQLPA, Daniel Breton de MCN-21, Christian Simard de Nature Québec et Françoise David, de Québec solidaire, lors de la conférence de presse d’hier réclamant le déclassement définitif de la centrale Gentilly-2 .<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le Dr Michael Dworkind, président des Physicians for Global Survival, Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki, Éric Darier de Greenpeace, Kim Cornelissen de l’AQLPA, Daniel Breton de MCN-21, Christian Simard de Nature Québec et Françoise David, de Québec solidaire, lors de la conférence de presse d’hier réclamant le déclassement définitif de la centrale Gentilly-2 .

Plusieurs groupes écologistes québécois vont s'opposer à la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires à la centrale ontarienne de Darlington, à l'est de Toronto, parce que la contamination radioactive en cas d'accident important frapperait principalement Montréal et l'agriculture de la vallée du Saint-Laurent.

C'est ce qu'ont déclaré hier au Devoir des porte-parole de Greenpeace, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), du mouvement Maîtres chez nous au 21e siècle (MCN-21) et du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, en marge d'une conférence de presse convoquée par une douzaine d'organismes sociaux, environnementaux, artistiques et politiques pour réclamer le déclassement définitif de la centrale Gentilly-2.

Selon Patrick Bonin, de l'AQLPA, les vents dominants qui touchent Toronto se dirigent avec constance vers le Québec. Ainsi, toute fuite majeure de particules radioactives aux centrales ontariennes de Pickering et de Darlington, construites à l'est de Toronto, pousserait implacablement le nuage radioactif vers Montréal et la vallée du Saint-Laurent.

Depuis des décennies, Environnement Canada a établi que plus de la moitié du smog qu'on respire à Montréal et la moitié de la pollution acide proviennent de la région de la capitale ontarienne. La pollution nucléaire suivrait le même chemin.

Dans un premier temps, expliquait Patrick Bonin, l'AQLPA demandera à la Commission canadienne de sécurité nucléaire (CCSN), comme l'ont fait les groupes ontariens, de surseoir à l'audience sur les deux nouveaux réacteurs de Darlington, qui débutait hier.

«La commission, dit-il, vient de demander à l'industrie nucléaire de dire comment elle fera face à un accident comme celui du Japon. Tant qu'on ne saura pas comment les réacteurs existants peuvent résister à un accident semblable et ce qu'il faut y changer, il est impensable d'accorder une licence pour de nouveaux réacteurs selon les anciennes normes.»

Le porte-parole de l'AQLPA, qui réclamait lui aussi hier la fermeture de Gentilly-2, affirme que «Darlington est potentiellement plus dangereux pour Montréal que Gentilly-2».

Il estime par ailleurs, tout comme MCN-21, que le gouvernement québécois «doit intervenir devant la CCSN pour s'opposer au projet de Darlington, pour exiger une étude en règle des risques que ce suréquipement fera courir à Montréal et à l'agriculture de la vallée du Saint-Laurent. Et Québec, qui a des responsabilités précises en matière de pollution atmosphérique, doit aussi réaliser sa propre contre-expertise dans un dossier de cette importance.»

Il a été impossible hier de savoir si Québec et la Ville de Montréal ont songé à présenter des mémoires devant la CCSN en raison des risques que les centrales ontariennes font courir au Québec.

La position de Marois applaudie


Même si ce n'était pas au programme de la conférence de presse convoquée notamment par Les Artistes pour la paix, la plupart des porte-parole présents ont salué l'importance des changements, divulgués hier par Le Devoir, que la chef du Parti québécois, Pauline Marois, entend apporter à la politique énergétique du Québec, notamment la fermeture de Gentilly-2. Mme Marois a d'ailleurs confirmé ces changements hier à l'occasion d'un point de presse.

Le député péquiste de Drummond, Yves-François Blanchet, a pour sa part précisé que la réfection de Gentilly-2 serait arrêtée même si Hydro-Québec démarrait le projet.

Seule hier l'ADQ s'est opposée à la transformation majeure de la politique énergétique proposée par Pauline Marois. Pour Gérard Deltell, Mme Marois «va nuire à l'économie de la Mauricie et du Centre-du-Québec» par une vision qualifiée «d'irresponsable».

Du côté d'Hydro-Québec, le mutisme était la règle: «Aujourd'hui, il n'y aura pas de commentaire de la part d'Hydro-Québec», précisait la porte-parole, Marie-Hélène Devault.

La douzaine d'organismes regroupés par le mouvement Sortons le Québec du nucléaire ont fait valoir que les coûts de la réfection de Gentilly-2 — «un stade olympique énergétique», selon Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki — dépasseront les 2 milliards si l'on se fie aux évaluations de la centrale jumelle de Pointe Lepreau au Nouveau-Brunswick. Ces coûts ne justifient aucunement un prolongement de production de 5 à 10 ans, ont fait valoir d'autres, même si Hydro-Québec estime pouvoir produire pendant 25 ans avec une centrale reconstruite. Il n'y aurait aucun cas de réfection au Canada qui aurait prolongé la vie utile d'un réacteur CANDU pendant plus de dix ans.

Plusieurs intervenants ont fait valoir que le Québec a d'autant moins besoin de courir le risque du nucléaire alors qu'il exporte ses surplus d'électricité, une énergie produite à meilleur prix et sans les risques associés au nucléaire, qui ne seraient pas associés uniquement aux accidents, mais à la simple présence d'une centrale en milieu humain. Les rejets de tritium de Gentilly-2 seraient mal surveillés par Québec, selon plusieurs, et ils dépasseraient en raison de normes laxistes de 475 fois les normes californiennes, selon Christian Simard, de Nature Québec.

Le député péquiste Blanchet a pour sa part présenté les résolutions adoptées par 320 conseils municipaux du Québec pour condamner le recours au nucléaire. Il s'agit d'une initiative du maire écologiste d'Amqui, Gaétan Ruest.
14 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 22 mars 2011 06 h 05

    Non au nucléaire

    Gisement éolien
    Le Québec possède des filons éoliens de grande qualité. Son gisement est le plus important en Amérique du nord. C’est également le plus riche et, de loin, de tous les potentiels énergétiques du Québec. Le gisement éolien représente plus de 100 fois le gisement hydraulique en exploitation au Québec à la fin de 2008….

    En tenant compte de la proximité des marchés de l’électricité, le Québec possède, après les îles britanniques, le deuxième gisement éolien en importance dans le monde, le premier des Amériques.

    Meilleurs endroits au Québec
    LaGrande4-Laforge et Manic-Outardes-Bersimis combinés auraient un potentiel de l’ordre de 45 000 MW. De plus la cible LaGrande-Laforge est contenue dans un rayon de 40km du réseau de transport existant.

    Le gisement éolien disponible au Québec représente 100 fois la production totale d’électricité du Québec en 2008. C’est le plus important gisement de toute l’Amérique : sa richesse et sa qualité sont exceptionnelles. Ainsi, même au Québec où le coût de l’électricité est généralement considéré comme l’un des plus bas sur le continent nord-américain, l’électricité éolienne peut être produite à un prix compétitif avec celui des énergies traditionnelles.

  • France Marcotte - Abonnée 22 mars 2011 06 h 33

    D'ouest en est

    "Depuis des décennies, Environnement Canada a établi que plus de la moitié du smog qu'on respire à Montréal et la moitié de la pollution acide proviennent de la région de la capitale ontarienne. La pollution nucléaire suivrait le même chemin".
    Voilà le genre de considérations invisibles qu'on peut si facilement ignorer dans les facteurs affectant la santé. Est-ce acceptable pour autant?
    Si ce n'était de ces groupes environnementaux qui nous expliquent les choses, nos gouvernements ne nous parleraient-ils souvent que de ce qu'ils savent que nous savons et jamais de ce qu'ils savent que nous ignorons sauf si c'est inévitable, quels qu'en soient les impacts?

  • Margot Désilets - Abonnée 22 mars 2011 07 h 29

    À l'est de Gentillyj

    "Le porte-parole de l'AQLPA, qui réclamait lui aussi hier la fermeture de Gentilly-2, affirme que «Darlington est potentiellement plus dangereux pour Montréal que Gentilly-2"

    Il n'y a pas que Montréal ! Comme les vents soufflent d'Ouest en Est, il y a du monde aussi à l'est de Gentilly, au Québec, et qui trouvent tout autant dangereux Gentilly-2 que Darlington.

    Margot Désilets

  • France Marcotte - Abonnée 22 mars 2011 08 h 53

    Oui Mme Désilets

    C'est vrai, il y a toujours un est à quelque chose.
    L'est de Montréal, l'est de l'éden...

  • Claude Archambault - Inscrit 22 mars 2011 09 h 17

    Une raison de plus de se séparer

    Avec la séparation il n'y aura plus aucune centrale dans NOTRE pays! Ha! Ha! Ha!
    De plus nous n'aurons absolument rien à dire sur ce qui se passera à 6 cm de la frontière.