Petite centrale hydroélectrique - La Fondation Rivières doute de la rentabilité du projet de Shannon

Le président de la Fondation Rivières, Roy Dupuis<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le président de la Fondation Rivières, Roy Dupuis

Le président de la Fondation Rivières, le comédien Roy Dupuis, soulève des doutes sur la rentabilité du projet de petite centrale hydroélectrique à Shannon sur la rivière Jacques-Cartier, près de Québec, dans une lettre adressée lundi au conseil municipal.

Roy Dupuis y écrit que «nos études démontrent que la rentabilité de ce projet ne peut aucunement être présumée exacte (coûts de construction et d'exploitation sous-estimés et débits trop faibles), que les impacts environnementaux seront majeurs (assèchement de la rivière sur 250 mètres huit mois par année et ennoiement sur 220 000 mètres carrés). De plus, le projet réduit la possibilité de restaurer le potentiel salmonicole et comporte des inconnus concernant la contamination des sols».

En annexe à sa missive, Roy Dupuis produit une analyse réalisée pour sa fondation par Réal Reid, un spécialiste du domaine énergétique qui a préparé plusieurs évaluations de projets à l'époque où il travaillait pour Hydro-Québec.

Selon Réal Reid, les chiffres disponibles, soit un coût de 10,2 millions pour 3,3 mégawatts, sont, à son avis, des coûts «anormalement faibles par rapport à la moyenne des coûts habituels». Il note que l'on aurait omis d'inclure la TVQ de 9,5 % et la TPS applicable. Il ajoute que le bénéfice annuel moyen de 700 000 $ est exprimé en dollars courants alors que le rendement actualisé serait plutôt de 325 000 $. La production anticipée, précise-t-il, apparaît «anormalement exceptionnelle», soit nettement au-dessus de la moyenne des 13 autres projets de petites centrales. Il estime cette surévaluation de la production à 30 %, ce qui incite cet expert à suggérer à Shannon d'exiger des garanties financières de rendement à ses consultants, la firme BPR.

Récemment, dans l'Outaouais, Gatineau a poursuivi pour un million de dollars une firme qui avait surestimé les profits d'un petit projet énergétique.

Le directeur général de Shannon, Hugo Lépine, a réagi en disant qu'il n'était pas surpris de la position de la Fondation Rivières, qui se méprend sur la nature de ce projet, exemplaire sur les plans environnemental et financier, dit-il. Il y a eu au même endroit une minicentrale de la fin du XIXe siècle jusqu'en 1975, ce qui donne aux consultants «un historique de production sur près d'un siècle». Et la Fondation, dit-il, est «toujours contre», une accusation que récusait Roy Dupuis en entrevue hier.

«On pose des questions, dit-il. Faut pas confondre. Et on soulève des doutes à partir des données connues. On ne dit nulle part qu'on s'oppose au projet. On veut cependant avoir des réponses et aider les gens de l'endroit à en obtenir parce qu'effectivement, tout n'est pas clair dans ce dossier, loin de là. En général, les petites centrales, on a surtout l'impression que c'est une subvention déguisée à certains parce qu'Hydro achète cette électricité plus cher qu'elle ne la vend. Et ce traitement n'est pas équitable pour les autres municipalités qui ne sont pas situées près d'une chute! Peut-être qu'on aura des éclaircissements quand on aura une enquête sur la construction.»
4 commentaires
  • Charles F. Labrecque - Inscrit 2 mars 2011 07 h 16

    Currieux

    Depuis quand, se sont les artistes qui évaluent la rentabilité des projets en développement au Québec ? Est-ce que la place des art vas devenir bientôt le grand centre d'évaluation du Québec. Drôle de situation. J'ai toujours pensé que ces évaluations ne devaient pas se faire selon des critères basés sur des sentiments ni par des gens dont leurs intelligences sont tintées de croyances plutôt intégristes environnementalistes.
    Si c,étaient le cas il est facile de croire que rien ne se feraient au Québec.
    Comme c'est le cas avec les réserves de pétrole dans la réserve Old,Harris ou les terre-neuviens collecteront des millions en riant de nous.

  • P. Boutet - Inscrit 2 mars 2011 13 h 08

    Pas si curieux

    Tout comme il est possible de marcher tout en mâchant de la gomme, un individu peut s'intéresser à autre chose que sa profession.

    De plus on parle ici de questions qui originent de doutes, ce qui est tout à fait légitime dans une contrée qui se veut libre.

    Je salue le travail de Roy Dupuis qui, par sa visibilité, met en lumière les contradictions environnementales de nos gouvernements ainsi que les faussetés que l'entreprise privée véhicule pour parvenir à ses fins qui ne seront jamais autres que pécuniaires.

    La société ne se résume pas à la valeur monétaire des choses.

    Il est possible de bien faire les choses lorsque toute l'information est sur la table.

    Tant qu'on aura ces faux maçons de la construction dans les pattes, trop de choses continueront de se faire sous la couverte.

  • jpz - Abonné 2 mars 2011 13 h 54

    Q

    Une analyse réalisée pour sa fondation par Réal Reid, un spécialiste du domaine énergétique qui a préparé plusieurs évaluations de projets à l'époque où il travaillait pour Hydro-Québec.

  • Dianem - Inscrit 2 mars 2011 17 h 18

    Manque de transparence

    le manque de transparence est présent depuis le début dans ce projet. Le maire Clive Kiley s'est fait élire en novembre 2009 sans dire un mot du barrage aux citoyens de Shannon alors qu'il accordait des contrats à BPR depuis août 2009.

    A part Gatineau, il y a d'autres barrages où il y a eu des problèmes. Rupture du barrage Bishop à Ville de Portneuf avec bris de propriétés, frais d'avocats et cours de justice pour les citoyens. Clark City à Sept Iles deux expropriés dernièrement. Les petits barrages, c'est mal gérés et c'est les citoyens qui en paient le prix.

    On remarque que le ministère de l'environnement n'a pas grand pouvoir pour faire respecter le contenu des projets de petit barrage hydroélectrique.