Vers une certification planétaire de type ISO pour l'environnement - La fin de l'écoblanchiment en 2012 ?

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Le programme Certification de produits à contenu recyclé créé par Recyc-Québec devrait éventuellement permettre de retrouver sur les tablettes de nos épiceries une étiquette de certification — un logo — au même titre que les appareils électriques. <br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le programme Certification de produits à contenu recyclé créé par Recyc-Québec devrait éventuellement permettre de retrouver sur les tablettes de nos épiceries une étiquette de certification — un logo — au même titre que les appareils électriques.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En 2009, l'agence de marketing américaine TerraChoice a révélé que 98 % des 2200 produits étiquetés «vert» qu'elle a analysés commettaient l'un ou l'autre des sept «péchés capitaux» envers l'environnement!

Une étude préparée par Secor pour le compte de Recyc-Québec écrit que «certaines entreprises profitent de la tendance écologique en ayant recours au greenwashing, c'est-à-dire en faisant la promotion de leur marchandise grâce à des assertions écologiques abusives». L'étude ajoute que, à cause de la prolifération des étiquettes vertes, «les consommateurs et les entreprises ne savent plus où donner de la tête et en viennent à s'interroger sur leur fiabilité».

Or ces pratiques commerciales — qu'on qualifie d'éco-blanchiment — pourraient s'estomper dès l'an prochain s'il n'en tient qu'au programme Certification de produits à contenu recyclé créé par Recyc-Québec.

«Une tierce partie indépendante — le Bureau de normalisation du Québec — vérifiera si une entreprise peut bel et bien affirmer que son produit contient 50, 75 ou 100 % de contenu recyclé», explique Jeannot Richard, vice-président opérations et développement chez Recyc-Québec. Ce système de certification devrait couvrir tous les produits mis en marché au Québec.

C'est dire qu'on devrait ultérieurement retrouver sur les tablettes de nos magasins une étiquette de certification — un logo — au même titre que les appareils électriques que nous achetons sont certifiés conformes à la norme CSA de la Canadian Standards Association, ce logo CSA certifiant que l'appareil respecte des normes en matière de sécurité, de protection de la santé et d'environnement.

Favoriser le marché du recyclage

La certification instituée par Recyc-Québec s'appliquera à tous les produits que nous «consommons», de la bouteille de plastique jusqu'aux matériaux de construction, indique M. Richard. «Le domaine est donc très vaste», dit-il.

Cette certification servira non seulement à nous protéger contre les prétentions abusives de certains fabricants, mais elle favorisera l'utilisation de la matière recyclée. «Plus on récupère de matières, plus il faut développer des marchés, fait remarquer Jeannot Richard. Pour ce faire, les consommateurs et les entreprises qui achètent des produits à contenu recyclé ont besoin de repères fiables.»

C'est ainsi que, de concert avec le Bureau de normalisation du Québec (BNQ), Recyc-Québec développe une certification de type ISO de classe internationale.

«Cette année, le BNQ se donne le temps d'élaborer un protocole de certification, dit-il, alors que nous souhaitons implanter le programme dès 2012.» Les entreprises pourront dès lors s'inscrire auprès du BNQ afin que celui-ci procède à leur homologation — comme la CSA certifie les fabricants d'équipements électriques. Les entreprises certifiées pourront ensuite appliquer un logo validant que leur produit a bel et bien la teneur indiquée en matières recyclées.

Certifier la planète ?

Fait étonnant, M. Richard n'hésite pas à soutenir que cette certification devrait rapidement s'étendre à l'ensemble de la planète. «Lorsque le BNQ développe un programme de certification, il respecte de sévères normes canadiennes et internationales, explique-t-il. C'est dire qu'un programme de certification, une fois développé, bénéficie d'une reconnaissance internationale.»

«Et puisque le BNQ est reconnu par le Conseil canadien des normes, que celui-ci est reconnu par ISO International et que cet organisme est implanté partout à travers le monde, notre certification devrait s'appliquer à tous les produits, peu importe qu'ils soient fabriqués en Amérique du Nord, en Europe ou en Asie», dit-il sans hésiter.

Jeannot Richard rappelle que le Québec a ainsi créé la norme internationale s'appliquant aux sacs compostables. «On a d'abord développé la certification s'appliquant aux sacs compostables, dit-il. Puis, on a conclu une entente avec le Conseil canadien du compostage pour étendre cette certification au Canada... et maintenant, on a des entreprises certifiées en Italie comme aux États-Unis qui fabriquent des sacs compostables portant le logo de certification créé à l'initiative de Recyc-Québec!»

Il estime par conséquent que, dès l'instant où existera une certification fiable concernant le contenu recyclé, les entreprises qui vendent à travers le monde de tels produits auront tout intérêt à être reconnues comme telles. C'est dire que Recyc-Québec a bon espoir que, une fois de plus, une certification écologique mise au point au Québec se répandra comme une traînée de poudre.

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Collaborateur du Devoir
3 commentaires
  • Simon Mongeau - Inscrit 26 février 2011 13 h 02

    Attention aux intentions et aux résultats (1/2)

    Compte tenu de ma connaissance du marché des certifications, il me semble important de rectifier quelques points. Commencerons donc par le commencement. (J’invite également les lecteurs de ce commentaire à s’informer sur les différents programmes de certification et d’écolabels, à l’adresse www.certification-quebec.com)

    L’article parle de Terra Choice et du guide « Sins of greenwashing ». Terra Choice, l’organisme derrière ce guide, est également propriétaire de la certification ÉcoLogo. Je m’interroge sur la réelle neutralité de l’entreprise dans le dossier, compte tenu du risque de catégoriser des certifications excellentes comme des fausses certifications pour mettre de l’avant ÉcoLogo.

    Un exemple simple : la certification FSC garantie (dans les limites de son cahier des charges) que les produits du bois que nous consommons proviennent de forêts gérées de manière durables. Or, il ne s’intéresse pas aux impacts du processus de transformation du produit. Doit on parler de « Greenwashing » et de déclarer FSC comme commettant le péché du « compromis caché » ? Je ne crois pas, l’objectif de la certification n’étant clairement pas de certifier les impacts du processus de transformation.

    D’ailleurs, le rapport en soit peut être questionnable au niveau de chiffres qu’il avance, et ne décris pas sa méthodologie. En ce sens, on pourrait même l’accuser sur les niveaux de « l'absence de preuve » et de « l'imprécision », deux des péchés qu’il dénonce ! Cependant, le plus grave dans cette histoire est la forte tendance qu’ont certains environnementalistes à accuser tout de mascarade écologique ou d’écoblanchiment (des appellations françaises pour greenwashing), ce faisant, on encourage un écoscepticisme, et on fini par lu faire prendre la voie de la consommation non durable. L’objectif est d’informer le consommateur sur les différents programmes, et non de lui faire haïr les certificat

  • Simon Mongeau - Inscrit 26 février 2011 13 h 02

    Attention aux intentions et aux résultats (2/2)

    Revenons donc au cœur de l’article. Le BNQ et Recyc-Québec lancent une certification sur le contenu recyclé. Si on se fie au programme en question, il deviendrait logique de s’interroger sur cette nouvelle certification en prenant en considération les 7 péchés de l’écoblanchiment. En faisant l’exercice, on se rend compte que la nouvelle norme du BNQ ne respecte pas « le compromis caché », puisque c’est l’origine des ressources qui est certifiée

    Pourtant le but de la certification, à mon avis, m’apparaît plus qu’essentielle. D’ailleurs ISO, au sein de la norme 14021 propose des règles de conduite concernant l’utilisation du ruban de Möbius, qui mentionne la recyclabilité d’un produit, mais celle-ci est une autodéclaration et n’est actuellement nullement vérifié. Le travail que le BNQ et Recyc-Québec pourrait en effet encourager un changement de cette norme pour en faire une appellation certifiable (au même titre que les normes ISO 9001 et ISO 14001).

    L’objectif derrière ce commentaire n’est ni de dénigrer ou d’encourager les certifications en général, ni le travaille que le BNQ et Recyc-Québec effectue, et encore moins le travail d’ÉcoLogo (qui est une excellente certification et très utilisée), mais de prendre conscience, que finalement, les outils existent. Les certifications sont nombreuses, mais ne sont pas toutes équivalentes, autant dans leurs objectifs que dans leur processus. Au final, le consommateur est maître de son choix. Il faut donc tout mettre en place pour qu’il fasse des choix en connaissance de cause et qu’il ne tombe pas dans une des deux catégories suivantes : un écosceptique, qui ne veut plus acheter vert, puisque c’est obligatoirement faussement vert, ou un écofanatique, qui achètera tous produit qui s’affiche comme vert, au risque de consommer des produits réellement faussement vert.