Saint-Camille tente de bloquer les minières

Le conseil municipal de Saint-Camille, une petite municipalité située à environ 20 kilomètres au sud-est d'Asbestos, a décidé lundi soir d'interdire l'accès aux terrains municipaux à la minière Bowmore, qui caresse le projet d'y installer une mine d'or à ciel ouvert.

La décision du conseil de cette municipalité est plutôt symbolique, car la municipalité ne possède en propre que le terrain de l'hôtel de ville et le parc local. Mais les autres décisions qu'elle a prises, malgré le risque de collision avec les privilèges d'expropriation accordés depuis plus d'un siècle aux minières, risquent de relancer à fond le débat entourant la réécriture de la Loi sur les mines par l'Assemblée nationale ainsi que l'adoption de la future Loi sur l'exploration minière et gazière. La résolution du conseil étend aussi son interdiction d'accès plutôt symbolique à ses terrains à toute exploration pétrolière et gazière.

Mais la municipalité a d'autre part décidé, selon les sources du Devoir, d'interdire «à l'intérieur des limites de son périmètre urbain» — ce qui est sensiblement plus vaste — l'accès aux minières qui voudraient prospecter le sous-sol ainsi qu'aux sous-traitants de ces compagnies.

Enfin, les conseillers et le maire Benoît Bourassa ont décidé que serait aussi banni de la municipalité tout projet minier «qui compromettrait l'essor du secteur agricole ou de toute autre activité économique, sociale, environnementale à l'intérieur des limites de la localité».

La résolution adoptée par le conseil de Saint-Camille prévoit d'autre part que tous les propriétaires fonciers devront pouvoir compter sur une information «objective, complète et indépendante» sur leurs projets ainsi que sur leurs impacts. Il ne sera pas toléré que des travaux d'exploration soient entrepris avant la remise de cette étude, qui devra clarifier les enjeux à la satisfaction des propriétaires fonciers, des citoyens et des élus.

Le conseil estime enfin que les détenteurs de claims miniers et de permis de recherche devront en aviser par écrit la municipalité afin d'éviter les mauvaises surprises et que les sociétés minières devront offrir à leurs frais aux propriétaires, locataires ou à la municipalité une aide juridique et technique à toutes les étapes de leurs projets.

En octobre, la minière Bowmore révélait sur son site Internet qu'elle détenait 1183 claims miniers couvrant plus de 60 000 hectares. À Saint-Camille, elle établit à 0,17 gramme par tonne (gr/t) la concentration moyenne d'or, ce qui est sensiblement plus que dans la municipalité voisine de Wotton (0,12 gr/t) où la veine s'étend, mais moins qu'à Wotton nord-ouest (0,2 gr/t). Bowmore entend poursuivre par inventaire aérien la prospection du secteur tout comme elle se propose de demander aux citoyens de l'autoriser à ramasser des roches sur leurs propriétés.

Saint-Camille fera l'objet d'un livre l'automne prochain aux éditions Écosociété pour avoir enrayé le déclin de sa population par différents projets communautaires avec la création d'un fonds éthique et la relance de commerces et institutions, ce qui lui a permis d'augmenter sa population en comptant sur la relève agricole et ses paysages.

Pour Joël Nadeau, de Mine de rien, le groupe citoyen qui mobilise la population en prévision du projet de Bowmore, «on n'est pas contre le développement, mais celui-là nous inquiète car jamais la compagnie n'a pris contact avec la municipalité et il ne semble vraiment pas correspondre aux priorités des gens d'ici, avec qui il n'a jamais été discuté.»

Mine de rien recommande aux citoyens de «ne rien signer avant d'avoir plus d'informations» et une solide contre-expertise aux frais de Bowmore. Avec toutes ces balises, dit-il, on amorce le débat public sur la manière d'encadrer le développement minier en milieu habité, une manière d'alimenter le débat sur les mines au Québec.
6 commentaires
  • Roger Lapointe - Inscrit 9 février 2011 07 h 15

    Des directeurs d'Osisko Mining sont de gros actionnaires de Bowmore Mining.

    Si ma mémoire est fidèle, les principaux directeurs et actionnaires d'Osisko Mining de Malartic sont aussi actionnaires majoritaires de Bowmore Mining.Simple coïncidence quoi!

  • Oznog - Inscrit 9 février 2011 08 h 58

    Bravo, bravo et bravo.

    Je vais me dépêcher d'aller au dépanneur consulter cet article privé, mais déjà, je note que l'industrie n'a pas même réussis à acheter le maire et les conseillers de cette petite localité!

    Je n’en reviens tout simplement pas. Les retombés locales d'une telle industrie sont'elle a ce point négligeable qu'une communauté d'à peine 500 habitants n'y trouve même pas sont compte.

    Ou bien c'est ses habitants son des carrément des saints au service du développement durable et des générations futures et de la collectivité de l'ensemble du Québec. Le gouvernement aurait intérêt à prendre de la graine de cette histoire. J'en ai eu les larmes aux yeux ce matin en lisant « S'établir à Saint-Camille » juste en dessous du communiqu. « Assemblée publique sur les mines d'or »! Bravo, la fierté vient d'en bas au Québec!

    D'ailleurs il faut impérativement aller donner votre avis sur le prochain budget Bachand. Oups, plutôt cette espèce de sondage à peine camouflé pour légitimer le gouvernement à piller les ressources naturelles de nos régions dévitalisées!

  • Daniel Bérubé - Abonné 9 février 2011 13 h 02

    Bravo à St-Camille !

    Vous avez mis vos culottes ! C'est ce que chaque municipalité du Québec devrait faire, OCCUPER SON TERRITOIRE !

  • Jacques Morissette - Inscrit 9 février 2011 13 h 23

    Les temps changent, mais pas vraiment la plupart de nos politiciens.

    Mais pas les politiciens, sauf peut-être le maire et les conseillers de cette petite localité. Les temps changent et la population est beaucoup à jour à ce sujet que la plupart de nos politiciens.

    Viendra un temps peut-être où qualité de vie prendre son véritable sens. Il y a tellement de gens qui courent à essayer de rattraper ce temps qui leur fuie continuellement entre les doigts.

  • Daniel Bérubé - Abonné 10 février 2011 10 h 34

    Et aussi, se souvenir...

    Etant conseiller municipal dans ma municipalité, un point aurait eu un poid particulier et sûrement influencer mon choix décisionnel...

    Si nous regardons des villages ayant eu une expérience semblable un jour; pour plusieurs, l'arrivé d'une grosse entreprise, voir très grosse entreprise, dans un petit milieu est merveilleux dans un premier temps! Création d'emploi, salaire au dessus de la moyenne souvent, souvent baisse de taxes pour le contribuable... (car l'entreprise en versera une bonne part...) donc, dans un premier temps... merveilleux!

    Le problème est que souvent, un premier temps à une fin...

    Souvenons-nous dans les années '80 - '90, combien de villages (voir même ville, comme Sept-Iles) ont connu des périodes extrêmement difficile suite au départ ou a la fermeture d'entreprise qui représentait le "moteur" de la municipalité ou de la ville. Début des années '90, je suis passé à Sept-Iles, où j'y ai vu des blocs appartements, entièrement neuf, n'ayant JAMAIS été habité, et sur lequel des panneaux de bois bloquaient portes et fenêtres: édifices neufs, jamais habités et déjà abandonnés. C'est la seule fois que j'ai vu chose semblable...

    Reconnaissons une chose: un milieu (ville ou village) qui possède un moulin, ou une fonderie, ou une papeterie, ou une mine... quand l'entreprise s'implante dans le milieu... c'est merveilleux... mais le jour où elle partira... aie yoy ! Depuis que j'ai vu la chose, je considère qu'il est fortement a éviter de mettre tout ses oeufs dans le même panier... Les milieux possédant quantité de petites entreprises diversifiées sont beaucoup plus sécuritaire dans ce sens, et ce, à moyen, voir même à long terme... Et encore une fois: Chapeau St-Camille ! ;-)