Gaz de schiste: la petite séduction d'une industrie mal-aimée...

Photo: Jean-François Leblanc - Le Devoir

Tournées des médias, soirées d'informations, blogues... les entreprises qui souhaitent se lancer dans l'exploitation du controversé gaz de schiste ne ménagent pas les efforts pour gagner les cœurs et les esprits. C'est particulièrement le cas de l'albertaine Questerre Energy, qui effectue cette semaine une nouvelle série d'entrevues avec des journalistes québécois et qui vient de donner 20 000 $ pour la rénovation d'une église située dans un secteur où elle pourrait bien exploiter son premier puits d'ici quelques mois.

Bien conscient qu'une majorité de Québécois réclame un moratoire sur l'exploration gazière, le p.-d.g. de Questerre, Michael Binnion, reconnaît qu'il consacre beaucoup de temps à s'assurer de «l'acceptabilité sociale» des projets de l'entreprise. Une situation unique au Québec, a-t-il laissé tomber.

Il y a deux semaines, il a notamment participé à une rencontre avec des citoyens de Saint-Édouard, où Questerre pourrait bien exploiter le premier puits de gaz de schiste relié au réseau de Gaz Métro, et ce, d'ici quelques mois. Celui-ci devait être mis en fonction dès juin prochain, mais la gazière a annoncé récemment qu'elle reportait le tout à une date indéterminée. M. Binnion a précisé que l'exploitation pourrait débuter en 2012 et que les étapes à venir nécessiteront des investissements de plus de 20 millions.

Bien que ses travaux d'exploration soient en quelque sorte mis sur la glace, Questerre a tout de même offert un chèque de 20 000 $ pour aider aux rénovations de l'église de Saint-Édouard. Selon M. Binnion, l'objectif était de démontrer que «nous respectons notre engagement», mais aussi de «démontrer que nous ne laissons pas tomber notre projet, mais que nous l'avons simplement retardé».

Titulaire de la Chaire de relations publiques et communications marketing à l'UQAM, Bernard Motulsky estime que ce don est plutôt inusité puisque Questerre n'en est qu'à la phase exploratoire au Québec. Selon lui, il s'agit pour l'entreprise de démontrer qu'elle souhaite «tisser des liens avec la communauté». M. Motulsky juge aussi qu'on assiste à un certain «changement d'attitude» de la part de l'industrie gazière, qui semble «beaucoup plus consciente qu'elle doit tenir compte des préoccupations des citoyens».

Méfiance

Les sociétés doivent aussi prendre en compte la méfiance des Québécois qui voient débarquer dans leur municipalité des entreprises venues de l'Ouest canadien, parfois sans leur consentement. Par exemple, un seul québécois siège au conseil d'administration de Questerre, une entreprise qui contrôle les permis d'exploration sur 5000 km2. Il s'agit de Pierre Boivin, président des Canadiens de Montréal. Il doit quitter ses fonctions à la fin juin, mais

M. Binnion a dit ne pas savoir si M. Boivin souhaite travailler plus activement avec la gazière. Ce dernier y oeuvre déjà à titre de «conseiller».

Si l'idée d'un don pour l'église d'une municipalité est efficace, il n'en est pas de même des attaques que M. Binnion a lancées contre les journalistes sur son blogue de relations publiques destiné au Québec. Le p.-d.g. de Questerre y avait évoqué les «cinq C du journalisme», accusant les représentants des médias de provoquer «la confusion, la controverse, le conflit et le chaos». «Et n'oublions surtout pas qu'ils ne savent pas compter», ajoutait-il.

«Quelqu'un qui avance son point de vue et que celui-ci ne passe pas, la première démarche est souvent de s'en prendre aux médias. Ça ne donne pas grand-chose», estime M. Motulsky. En entrevue au Devoir, M. Binnion a nuancé ses propos. Selon lui, il ne s'agissait pas d'accuser les journalistes de provoquer tout cela, mais plutôt de soutenir qu'ils s'«intéressent» à ces «cinq C».
18 commentaires
  • Éric Lavoie - Inscrit 3 février 2011 03 h 37

    Demeurons ignorant et ne sachons pas compter

    Une industrie qui sait compter donne 20 000$ - des miettes - et récolte des millions - la part du lion -
    Une chance que les médias existent.

  • De St-Éloi - Inscrit 3 février 2011 05 h 15

    Une tactique ciblée?

    Les gazières appliquent la tactique du don à la communauté aux USA. Dans ce cas, je crois que ce sont les élites locales qui sont visées. Elles sont moins à pic que les citoyens, et de fait n'écoutent pas nécessairement leur population. Il s'agit donc de les amadouer. Considérant que des communautés religieuses ont des intérêts dans les gaz de schiste ( est-ce éthique?) et que l'action baisse, c'est peut-être une autre aspect de la question. Je crois sincèrement que cette industrie à besoin d'un sauveur.

  • pierre savard - Inscrit 3 février 2011 07 h 14

    Vérité

    Il est vrai queles journalistes québécois ne sont pas objectifs.

  • Daniel Breton - Inscrit 3 février 2011 07 h 26

    De l'efficacité d'un don à l'église

    Il est intéressant de noter qu'il y a quelques heures à peine, M. Binnion parlait de l'émotivité des opposants et du manque d'expertise de leurs arguments.

    En quoi le don pour une église aide-t-il à rendre le débat moins émotif et l'expertise meilleure? N'est-ce pas plutôt pour jouer avec le sentiment d'appartenance et l'attachement à une église que cette entreprise a fait ce don, essayant ainsi de tenter de tirer avantage de cette prétendue "émotivité"?

    Cet argument n'est pas sans rappeler la fameuse phrase de Sir Wilfrid Laurier voulant que "les Canadiens français n'ont pas d'opinions, que des émotions, reprise dans une certaine mesure par Pierre Elliot Trudeau... et ce n'est pas un compliment.

    Il faudrait que M. Binnion comprenne que nous voulons des faits avant de prendre une décision. Or, le gouvernement a sciemment caché des informations et l'industrie aussi. Il est du coup tout à fait normal et n'est en rien de "l'émotivité" que les gens se méfient, surtout avec le présent gouvernement.

    Ajoutons à cela les analyses qui commencent à poindre telle celle de l'EPA qui vient d'être rendue publique et LES FAITS SCIENTIFIQUES posent de plus en plus problème à la crédibilité de cette industrie.

  • François Dugal - Inscrit 3 février 2011 08 h 13

    La majorité

    Une majorité des québécois ne veut pas des gaz de schiste; allez, la messe est dite.