Gaz de schiste - Des millions de litres de diesel injectés dans le sol aux États-Unis

Opération de forage pour extraire du gaz de schiste au Texas.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Robert Nickelsberg - Getty Opération de forage pour extraire du gaz de schiste au Texas.

Les présidents de trois comités de la Chambre des représentants du Congrès des États-Unis ont avisé lundi l'Environmental Protection Agency (EPA) que 14 compagnies spécialisées dans l'exploration des gaz de schiste avaient injecté 128 millions de litres de diesel et de ses dérivés après que le Congrès eut, en 2005, interdit cette pratique sans autorisation par un amendement à la Loi sur la sécurité de l'eau potable.

Selon la lettre envoyée par les présidents des comités de l'Énergie et du Commerce, des Ressources naturelles et des Enquêtes spéciales, l'injection de diesel a été pratiquée dans 19 États par ces 14 compagnies sans que l'EPA ou les ministères de l'Environnement des États en cause n'aient été saisis de cette pratique pour en évaluer les risques.

Aucune des 14 compagnies nommées dans le rapport n'est présente au Québec.

Les trois plus importantes compagnies mises en cause aux États-Unis par cette enquête conjointe de trois comités de la Chambre sont BJ Services, Schlumberger et Halliburton. Cette compagnie avait pour vice-président Dick Cheney avant qu'il ne devienne au début des années 2000 le bras droit du président Bush.

Des 128 millions de litres de diesel injectés dans le sous-sol des États-Unis entre 2005 et 2009, c'est le Texas qui a écopé de l'essentiel, soit près de la moitié avec 64 millions de litres. Les autres exploitants des gaz de schiste ont injecté au moins 4 millions de litres dans le sous-sol de l'Oklahoma, du Dakota du Nord, de la Louisiane, du Wyoming et du Colorado.

À elle seule, BJ Services a injecté 46 millions de litres de diesel, suivie par Halliburton avec 28,8 millions de litres. En tout, 40,8 millions de litres de diesel «pur» ont été injectés et le reste, soit 87,2 millions de litres, était constitué de liquides de fracturation contenant au moins 30 % de diesel.

«Ces activités, concluent les trois comités de la Chambre, semblent en violation de la Loi sur la sécurité de l'eau potable parce que les compagnies n'ont pas obtenu les permis qui auraient pu autoriser l'usage du carburant diesel dans les activités de fracturation.»

«Nous n'avons pas pu tirer de conclusions définitives sur les impacts potentiels de ces injections sur la santé publique et l'environnement, poursuivent les trois présidents des comités, les représentants Henry Waxman, Edward Markey et Diana DeGette. Les compagnies gazières et pétrolières que nous avons contactées ne nous ont fourni que des fragments d'information sur la proximité de leurs opérations de fracturation hydraulique avec l'eau potable des nappes souterraines. Et qui plus est, parce que ces compagnies n'ont pas demandé les permis requis par la Loi sur la sécurité de l'eau potable, les agences gouvernementales qui auraient pu évaluer leurs demandes de permis ne savent à peu près rien de ces activités d'injection de diesel et de leurs impacts potentiels.»

Cette histoire illustre bien l'attitude de l'administration Bush envers l'industrie du pétrole et du gaz.

En 2003, l'EPA a signé une entente avec les trois principaux exploitants pour qu'eux seuls cessent d'injecter du diesel dans les formations de gaz des dépôts souterrains de houille (charbon) en raison de leur proximité avec les nappes souterraines. L'EPA a décrété par la suite que tout le monde devait se conformer à l'entente.

En 2004, l'EPA a commencé à s'inquiéter un peu plus des risques que posait l'utilisation du diesel. Ses inquiétudes provenaient d'une évaluation conjointe réalisée avec le département de la Santé et des Services sociaux et l'Agence internationale pour la recherche contre le cancer. Les trois organismes avaient alors conclu que le benzène présent dans le diesel, un agent cancérigène avéré, menaçait la santé publique tout comme l'exposition chronique aux autres molécules de ce carburant, soit le toluène, l'éthylbenzène et le xylène, un cocktail connu sous le nom de BTEX. Ces molécules peuvent endommager sérieusement le système nerveux central, le foie et les reins.

En 2005, le Congrès a fait un pas de plus en modifiant la loi pour ne permettre que les seules injections de diesel dûment évaluées et autorisées par les autorités fédérales ou les États.

L'industrie a pour sa part renvoyé la balle à ses sous-traitants, qui ont répliqué qu'ils ne faisaient que forer des trous, la responsabilité d'évaluer les risques relevant des propriétaires des puits. Après la divulgation du bilan des trois commissions, un procureur des entreprises pétrolières et gazières a déclaré au New York Times que l'EPA aurait un gros problème juridique sur les bras si elle s'avisait de poursuivre ses clients, car ces compagnies se sont autorisées à aller de l'avant, malgré la loi, parce que l'EPA n'avait mis en place aucune procédure d'évaluation particulière pour ce type de dossier.
13 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 2 février 2011 07 h 05

    Le gaz de schiste, l'amiante.....

    Certaines "richesses" naturelles sont, à terme, des produits nocifs qui viennent hypothéquer gravement l'avenir des générations qui viennent.
    Vaut-il vraiment la peine de les exploiter? De les exploiter maintenant? N'y aurait-il pas lieu, aussi bien pour les gaz de schiste que pour l'amiante, de faire des recherches en profondeur sur une meilleure exploration, une meilleure exploitation et une meilleure utilisation de ces produits? Plutôt que de dépenser follement 400 000 000$ dans un amphithéâtre, peut-être vaudrait-il mieux d'en investir une fraction dans la recherche?

  • Trobadorem - Inscrit 2 février 2011 09 h 03

    Et Bouchard, qui va essayer de nous faire avaler ce Gaz !!!!

    Un non sens sans pareil!

  • Franfeluche - Abonné 2 février 2011 09 h 15

    Recherche en profondeur

    Vous avez raison. Il faut faire des recherche en profondeur en ce qui a trait aux gaz de schiste. Quant à l'amiante, je vous suggère de vous informer en profondeur sur l'utilisation sécuritaire de l'amiante avant de porter un jugement.

  • BernardP - Inscrit 2 février 2011 09 h 40

    Amphithéatre et gaz de schiste?

    Bien qu'il y ait lieu de s'interroger sérieusement sur l'impact des technologies d'extraction des gaz de schiste, le rapport avec l'injection de fonds publics dans un amphithéâtre à Québec n'est pas évident...

    ... Plutôt que de dépenser follement dans les subventions aux garderies dont profitent aussi bien riches que moins nantis?

    .... Plutôt que de dépenser follement dans les subventions et crédits d'impôt aux entreprises pour des investissements qui se réaliseraient quand même sans aide gouvernementale?

    --- les choix de folles dépenses publiques ne manquent pas

    Ceci dit, il est vrai que le gouvernement n'a pas d'affaires dans un amphithéâtre dont la vocation première, quoi qu'on en dise, sera d'accueillir une équipe de la LNH.

    Les retombées d'une équipe de la LNH pour la région de Québec sont négatives, car on prend de l'argent local pour l'exporter hors-Québec, par l'entremise de salaires de joueur non-résidents.

  • France Marcotte - Abonnée 2 février 2011 09 h 46

    Grand phallus de métal

    Comment ne pas faire cette comparaison qui s'impose d'elle-même et saute aux yeux, ne serait-ce qu'en regardant cette photo?

    La terre nourricière perforée, violée pour en extraire des richesses en y injectant des substances mortelles...Il serait temps que les poètes se penchent là-dessus car on est entrés dans le domaine de la fable, de l'allégorie.
    La mort ne fertilise pas la terre, messieurs les puissants exaspérés de perdre du pouvoir, et on pourrait facilement imaginer un scénario de film où nos voisins seraient devenus (et bientôt nous aussi?)des zombis à la soif étanchée à l'eau croupie et jetant à terre leur empire.

    Ce serait la révolution de l'eau, source de vie semant la mort.