Nouvelles molécules - Le fardeau de la preuve pourrait passer aux entreprises

Devant l'augmentation des cas de cancers chez les enfants aux États-Unis, le Congrès a été saisi la semaine dernière d'un projet de loi bipartisan qui imposerait aux entreprises, plutôt qu'à l'État, le fardeau de la preuve pour démontrer l'innocuité des nouvelles molécules avant leur mise en marché.

Le projet de loi propose par ailleurs d'autoriser le gouvernement central aux États-Unis à fournir une aide financière substantielle aux communautés, États ou institutions scientifiques qui voudraient élucider de trop nombreux et anormaux de cancers pour en déterminer les causes.

Ce projet de loi a été présenté par la sénatrice démocrate de Californie, Barbara Boxer, qui préside le Comité sur l'environnement et les travaux publics. Le projet de loi est coparrainé par le sénateur Mike Crapo, un républicain de l'Idaho qui a survécu lui-même à deux épisodes de cancer.

Le dépôt de ce projet de loi au Sénat a coïncidé avec une conférence sur l'accroissement des cas de cancers, parrainé par Safer Chemicals, Healthy Families (SCHF), un groupe qui pousse depuis des années pour une refonte de la vieille loi de 1976 qui autorise l'Environmental Protection Agency à contrôler les rejets ou émissions de substances toxiques dans l'environnement.

Les porte-parole de SCHF ont insisté, tout comme les auteurs du projet de loi, sur le fait que les cancers qui frappent les enfants ont augmenté de 20 % depuis 1990, soit une hausse d'environ 1 % par année.

Pour le professeur Richard Clapp, du département de santé environnementale de l'École de santé publique de Boston, «il y a de plus en plus d'indices qui relient fortement l'augmentation de certains cancers à l'exposition des enfants à des substances toxiques». Si l'exposition à des substances chimiques n'est pas la seule cause de ces cancers, a-t-il précisé, c'est à tout le moins une cause complémentaire, d'autant plus que l'on peut aujourd'hui établir des liens directs entre certains cancers et certaines de ces substances.

Le professeur émérite a donné en exemple les solvants chlorés, comme le trichloréthylène mis en cause dans le dossier de Shannon au Québec, et d'autres que l'on retrouve en usage dans les peintures, les adhésifs, les produits de nettoyage qui sont associés à la leucémie. Des cas inquiétants, a-t-il dit, ont été relevés à Tom's River au New Jersey et à Wooster, au Massachusetts.

L'Organisation mondiale de la santé a passé en revue en 2010 quelque 900 produits chimiques pour en retenir 107 susceptibles de déclencher des cancers, a précisé le Dr Clapp.

On utilise en Amérique du Nord plus de 80 000 molécules chimiques, dont plusieurs, comme l'amiante, le formaldéhyde, le plomb, le cadmium et les vinyles chlorés, sont reconnus comme cancérigènes. En 2009, neuf molécules, dont le lindane que l'on utilisait dans certains shampooings contre les poux, ont été ajoutées à la liste des contaminants à proscrire, en vertu de la Convention de Stockholm.

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