Environnement - Des voix multiples s'élèvent contre l'abolition de Recyc-Québec

Québec — Le gouvernement Charest commet une «erreur» en voulant abolir Recyc-Québec, une «histoire à succès», affirment organismes environnementaux et centrales syndicales, mais une porte-parole du ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, insiste pour dire que les programmes et les comités de travail seront maintenus, tout comme la consigne.

Ces groupes dénoncent la décision du gouvernement, qui avait été formulée dans le budget du ministre Raymond Bachand, mais qui est débattue actuellement en commission parlementaire.

Certains y voient même la première étape vers l'abolition de la consigne, visée par le lobby de certaines grandes entreprises qui y sont défavorables.

Recyc-Québec, qui administre la consigne et s'occupe de la gestion des matières résiduelles, fait partie d'une série d'organismes que les libéraux veulent abolir par souci d'économie. Or, Recyc-Québec est rentable et a même dégagé un surplus de plus de 40 millions de dollars au fil des années.

«Recyc-Québec est une histoire à succès, une affaire qui marche», a rappelé le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, dans une entrevue téléphonique diffusée hier. Très engagé dans la cause environnementale et la collaboration avec Recyc-Québec, son syndicat a déposé un mémoire en commission parlementaire.

«Quand on a quelque chose qui fonctionne, quand on a un outil intéressant, il faut le casser, il faut briser l'outil», a déploré M. Parent en ironisant.

Le syndicaliste se questionne sur les véritables motifs de l'abolition de l'organisme, qui serait avalé par le ministère de l'Environnement. Il demande donc au gouvernement de faire la «démonstration claire» du bien-fondé de sa décision.

C'est d'ailleurs aussi la position de l'opposition péquiste, qui réclame aussi des preuves, par la voix de son porte-parole, le député Sylvain Simard.

Sarah Shirley, l'attachée de presse de Pierre Arcand, dit que Recyc-Québec ne sera pas réellement aboli puisqu'il sera intégré au ministère. Les programmes et les comités de travail seront maintenus. Mme Shirley a aussi indiqué qu'il était hors de question d'abolir la consigne sur certaines bouteilles. Elle a ajouté que la nouvelle structure «sera plus efficace», car elle permettra notamment d'éliminer les dédoublements.

Un argument qui ne semble pas convaincre M. Parent. Le ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, «se met le pied dans la bouche», puisque la portion qu'il espère économiser est infime dans le budget du gouvernement, juge-t-il. «Le discours sur la plus grande efficacité, ça ne s'est pas matérialisé. Faire plus avec moins, ça fait un beau slogan, mais ça ne marche pas souvent, pour ne pas dire jamais. Il faut vraiment chercher l'intention, à qui le crime profite.»

Réjean Parent dénonce également le comité de transition mis sur pied par le ministre, «au mépris des institutions parlementaires, comme si c'était déjà fait». Pour le ministère, ce comité de transition facilitera l'intégration de Recyc-Qyébec au ministère lorsque la loi sera adoptée.

Un «faux pas»

Abolir Recyc-Québec équivaut à un «faux pas», de l'avis de la Chaire éco-conseil de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Son titulaire, Claude Villeneuve, est une des figures québécoises les plus respectées dans la recherche sur l'environnement. Il déposera un mémoire cette semaine en commission parlementaire.

«C'est une erreur, a-t-il commenté en entretien téléphonique. Recyc-Québec est une machine perfectible, mais relativement efficace et efficiente.»

Aucune étude ou analyse détaillée ne permet d'étayer la position du gouvernement, a fait remarquer M. Villeneuve. Il a même demandé à avoir accès aux éventuelles études, par la loi d'accès à l'information, mais n'a rien reçu.

En contrepartie, une analyse du vérificateur général de 2006 ainsi que le rapport Boudreau préconisent le maintien de Recyc-Québec, a-t-il argué, en ajoutant que l'OCDE recommande aussi de séparer le législatif de l'exécutif dans le domaine de la gestion des matières résiduelles.

De la même façon, Loto-Québec est séparée du ministère du Revenu et les hôpitaux se gèrent de façon autonome par rapport au ministère de la Santé, a-t-il cité en exemple. «Un ministère est plus exposé à la décision politique qu'une société d'État», a dit M. Villeneuve.

Le dirigeant d'une entreprise du domaine du recyclage est plus catégorique. Selon ce gestionnaire d'expérience qui a préféré parler sous le couvert de l'anonymat, Recyc-Québec est déjà ballotté par de puissants lobbys dans le domaine du commerce de détail, de l'empaquetage et de la mise en marché, hostiles à la consigne.

«La fermeture de Recyc-Québec, pour moi, c'est la première étape vers l'abolition de la consigne au Québec», a-t-il affirmé en ajoutant qu'il s'exposerait à des menaces s'il dénonçait ouvertement les lobbys.

Il a d'ailleurs évoqué l'embauche d'un ancien lobbyiste anti-consigne, Jonathan Gagnon, au cabinet du ministre de l'Environnement.

Le véritable enjeu tourne autour de 1,8 milliard de contenants consignés, de la mutation du marché des boissons gazeuses vers l'eau embouteillée et de l'iniquité entre les producteurs, les pollueurs, les payeurs et les systèmes de centres de tri, a expliqué l'entrepreneur.

«Tout le monde est en train de s'organiser pour qu'on recule sur la consigne au Québec, alors que nulle part ailleurs dans le monde on n'a reculé.»

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