Lucien Bouchard fera la promotion du gaz de schiste

Lucien Bouchard
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lucien Bouchard

L’industrie du gaz de schiste avait besoin d’une figure emblématique pour tenter de vendre ses arguments en faveur des énergies fossiles aux Québécois. Cette tâche incombera à l’ancien premier ministre péquiste Lucien Bouchard, qui remplace André Caillé à la tête de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ).

La nouvelle a été confirmée cet après-midi. La nomination de M. Bouchard deviendra effective à compter du 21 février prochain, date de la prochaine assemblée générale des membres de l’APGQ, a fait valoir le lobby gazier par voie de communiqué.

Celui qui a déjà occupé le poste de ministre fédéral de l’Environnement ne cache d’ailleurs pas son préjugé très favorable envers le gaz de schiste contenu dans les Basses-terres du Saint-Laurent. «Je vois la découverte au Québec de volumes importants de gaz naturel comme un atout très important pour notre développement économique et le financement des missions de notre État, a-t-il déclaré dans le même communiqué. En même temps, je suis tout à fait conscient de la nécessité de procéder à ce développement dans le plein respect d’exigences exemplaires du point de vue de l’environnement, de la sécurité publique, de la transparence et de l’acceptabilité sociale. S’impose également la nécessité de faire de ce développement une contribution réelle à l’enrichissement public et non pas seulement privé».

«J’amorcerai avec diligence avec les membres du conseil d’administration des rencontres intensives pour mettre au point avec eux la démarche responsable qu’ils se sont engagés à suivre, notamment en rapport avec les recommandations à venir du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. J’entends donc remplir mon mandat dans la conciliation des préoccupations et des enjeux de toutes les parties intéressées, mais surtout avec la certitude de devoir travailler dans le meilleur intérêt de notre collectivité», a-t-il ajouté.

Les foudres des citoyens

L’ancien porte-parole, André Caillé, a subi pendant des mois les foudres des citoyens inquiets du développement de l’industrie gazière. Il s’était même retiré des activités de l’Association pétrolière et gazière pendant quelques semaines l’automne dernier, après la série de soirées d’information organisées par l’industrie pour tenter de calmer le jeu.

«Je suis fier du travail que nous avons accompli au cours des derniers mois afin de faire avancer cette nouvelle opportunité de développement pour le Québec. Mon but a toujours été de travailler dans les meilleurs intérêts du Québec. Conscient qu’il reste du travail à faire, je suis heureux qu’un homme de la trempe de Lucien Bouchard ait accepté de prendre ma relève. Je suis convaincu qu’il sera en mesure de rallier les Québécoises et les Québécois autour de ce projet créateur de richesses», a affirmé le président sortant de l’APGQ par voie de communiqué.

Fort à faire

L’industrie aura toutefois fort à faire pour vendre ses arguments aux Québécois. Selon un récent sondage Senergis-Le Devoir, à peine un Québécois sur cinq est «favorable» à l’exploitation des gaz de schiste. Preuve des vives inquiétudes quant aux impacts de cette filière, 60 % de la population estime qu’un moratoire sur cette industrie est «nécessaire».

Le gouvernement a rejeté à maintes reprises l’idée d’imposer un moratoire à une industrie qui évolue actuellement en phase d’exploration sans aucun encadrement légal spécifique à l’industrie du gaz de schiste. Toujours selon le récent coup de sonde réalisé pour Le Devoir, seulement 6 % des répondants se sont rangés du côté de la position défendue par le gouvernement et l’industrie, soit qu’un moratoire n’est «absolument pas nécessaire».

Le ministre de l’Environnement Pierre Arcand a néanmoins durci le ton la semaine dernière. Il a affirmé qu’il n’y aura pas d’exploitation du gaz de schiste au Québec si ce n’est pas fait correctement. «Je suis extrêmement préoccupé par ce qui se passe, a-t-il déclaré en point de presse. Je sens actuellement que l’industrie n’a pas le contrôle de la situation. Je voulais simplement redire que c’est mon devoir de ministre de l’Environnement de m’assurer que la situation se rétablisse le plus rapidement possible», a déclaré le ministre à Lac-Beauport, où était réuni le caucus libéral.

Le chef de l’Action démocratique Gérard Delteil a salué la nomination de M. Bouchard, soulignant qu’il s’agissait là d’une bonne nouvelle.

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