Du bon usage du chanvre et des poteaux électriques

Le revêtement extérieur de la maison de Michelle Turcotte et de Marie Fortin, dans les Cantons-de-l’Est, est fait à partir d’anciens poteaux d’électricité. La charpente est quant à elle constituée de poutres provenant des dernières écuries du Plateau-Mont-Royal.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le revêtement extérieur de la maison de Michelle Turcotte et de Marie Fortin, dans les Cantons-de-l’Est, est fait à partir d’anciens poteaux d’électricité. La charpente est quant à elle constituée de poutres provenant des dernières écuries du Plateau-Mont-Royal.

Lorsque Michelle Turcotte a trouvé les 104 poutres de mélèze de l'Ouest canadien d'une des dernières écuries du Plateau-Mont-Royal, qui avaient passé l'hiver près du métro Laurier et qui étaient sur le point de prendre le chemin de la décharge, elle ne savait pas encore quelle place ces poutres allaient prendre dans son projet de maison.

C'était il y a une douzaine d'années.

Aujourd'hui, ces poutres de bois très dur, qu'on utilisait parce que même les chevaux n'étaient pas capables de les manger, constituent la charpente d'une magnifique maison dans les Cantons-de-l'Est. C'est une construction pour laquelle Michelle Turcotte et Marie Fortin ont largement utilisé des matériaux recyclés: les anciennes briques d'argile qui habillent le foyer, glanées in extremis sur la route du dépotoir lors d'une démolition, les armoires de cuisine, que d'autres trouvaient démodées, les bibliothèques du salon, faites d'anciennes fenêtres du restaurant Chez son père, les portes et leurs poignées, récupérées dans une auberge en rénovation, le bain et le lavabo, dont un ménage voulait se défaire et qu'on a fait réémailler, et enfin le recouvrement extérieur de cèdre rouge de l'Ouest, fait d'anciens poteaux électriques décréosotés. Même le chat fait ses griffes sur des chutes de bois recueillies au hasard de la construction de la maison.

Les poutres étaient donc magnifiques, mais insuffisantes en nombre pour qu'on puisse en faire une maison construite pièce sur pièce. Aussi, après avoir longuement jonglé avec l'idée, les deux femmes, soucieuses de construire avec des matériaux nobles, ont audacieusement choisi le chanvre pour monter leurs murs.

«Ce n'était pas un matériau recyclé, mais c'était le recyclage d'une ancienne idée», lance Michelle, rappelant que le chanvre a beaucoup été utilisé en Europe pour la construction de maisons, avant de subir l'opprobre lié à sa variante psychotrope, le cannabis. En fait, selon Wikipedia, le chanvre aurait servi à l'être humain depuis l'époque du Néolithique.

Au Québec, la réglementation à cet égard rend la culture du chanvre complexe. Une entreprise, Lanaupôle Fibres, a cependant pour projet d'en faire la culture industrielle dans la région de Joliette, où elle pourrait également servir à préparer les terres pour la culture du blé ou du soya. Certains disent même que le chanvre pourrait constituer une solution de rechange au tabac dans cette région. Le chanvre utilisé par Michelle et Marie, pour sa part, provenait de l'Ontario, où on le cultivait essentiellement pour la valeur alimentaire de ses graines. L'intérieur de la tige, dont on se sert dans la construction, produit également de la litière de luxe pour les chevaux. C'est Gabriel Gauthier, un artisan de la région qui a été formé en Europe, qui leur a proposé cet alliage de chanvre, de plâtre, de chaux et d'eau.

Des chiffres encourageants

Si le recyclage semble le maître mot du XXIe siècle, du travail reste à faire pour maximiser le recyclage dans l'industrie de la construction. Qui plus est, les modes de construction modernes s'éloignent de l'usage de matériaux nobles, ce qui rend la récupération souvent plus hasardeuse.

Aussi, certaines entreprises préfèrent toujours détruire les matériaux récupérés lors de rénovations, par exemple, plutôt que de les réutiliser aux dépens des ventes de matériaux neufs.

Au Québec, on estime cependant récupérer 70 % des matériaux utilisés dans la construction. On le fait entre autres dans les écocentres de Montréal, où les matériaux sont apportés, soit par des individus qui rénovent eux-mêmes leur maison, soit par de très petites entreprises.

À l'échelle du Québec et au niveau des grandes entreprises de construction, les chiffres sont également encourageants. «On est sur la bonne voie», dit Rebecca Salesse, des relations publiques de Recyc-Québec. À lui seul, le secteur de la construction, de la rénovation et de la déconstruction produit 35 % de l'ensemble des matières résiduelles du Québec, dont un peu moins de la moitié proviennent de l'industrie du bâtiment.

Or, de 2006 à 2008, le taux de récupération des matériaux de construction, de rénovation et de déconstruction est passé de 63 à 74 %, selon les données de Recyc-Québec. On réemploie beaucoup plus l'asphalte et le béton que dans le passé. La récupération du bois a également enregistré une croissance phénoménale depuis 2000. On en fait entre autres du paillis, du compostage, des briquettes pour le foyer, des litières ou des granules combustibles, par exemple. Des entreprises se spécialisent dans le recyclage de matériaux précis, celui des panneaux de gypse par exemple.

Selon Michelle et Marie, le temps est essentiel dans l'utilisation de matériaux récupérés pour construire une maison.

«Certaines personnes ont du temps. D'autres ont de l'argent», dit Michelle. Ainsi, il a fallu une bonne équipe pour déclouer l'ensemble des poutres qui encadrent aujourd'hui la maison, comme pour enlever le vieux mortier des briques d'argile. Les deux femmes, pour lesquelles il n'était pas question de s'endetter, ont également construit elles-mêmes leurs fondations à l'ancienne et ont récupéré le bois utilisé pour faire le toit.

Quant au chanvre comme matériau de construction, après cinq ans d'usage, il s'adapte parfaitement aux hivers québécois. Cela semble être une jolie idée d'antan pour se préparer un avenir.
2 commentaires
  • Denis Hébert - Inscrit 21 décembre 2010 11 h 32

    J'aurais aimé...

    avoir plus de photos, quitte en avoir mis sur le site internet.

  • Louise Hurteau - Inscrite 14 mars 2011 23 h 56

    euh .. poteau électrique en bois traité ?

    c'est pas très écolo ....