Ottawa et l'Alberta contrôlent mal les sables bitumineux

Les installations de la pétrolière Syncrude à Fort McMurray, en Alberta<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Les installations de la pétrolière Syncrude à Fort McMurray, en Alberta

Le gouvernement canadien et celui de l'Alberta ne contrôlent pas adéquatement le développement des sables bitumineux, au point où leurs règles d'évaluation environnementale ne sont pas à la hauteur de ce que, par exemple, la Banque mondiale exige pour des projets comparables dans les pays en développement.

Cet inquiétant bilan apparaît dans un bilan scientifique des principaux aspects du dossier des sables bitumineux, réalisé par la Société royale du Canada (SRC). Cet organisme scientifique du plus haut niveau est indépendant des gouvernements et ses verdicts font autorité. Parmi les experts qui y ont participé, on retrouve deux Québécois, le Dr Pierre Gosselin, de l'Institut national de santé publique du Québec, et le professeur René Therrien, un spécialiste en hydrogéologie de l'Université Laval.

Le Sierra Club du Canada et l'Institut Pembina ont immédiatement réagi hier à la divulgation de ce bilan scientifique en réclamant un moratoire sur tout nouveau projet d'exploitation jusqu'à ce que les règles d'évaluation aient été resserrées.

«Les pouvoirs réglementaires des gouvernements de l'Alberta et du Canada, indique le bilan de la Société royale, ne semblent pas s'être adaptés à l'expansion de l'industrie des sables bitumineux au cours des dix dernières années. Les évaluations environnementales auxquelles se fient les décideurs pour déterminer si les projets proposés dans l'intérêt public présentent des lacunes importantes par rapport aux meilleures pratiques internationales. Il est crucial d'améliorer l'accès aux données environnementales permettant d'évaluer l'impact cumulatif des projets», ajoute le rapport.

«D'une manière générale, poursuit le bilan scientifique, nous notons l'insuffisance de l'évaluation globale du risque de désastres technologiques et de catastrophes naturelles, de l'évaluation des impacts sur la santé communautaire (négatifs et positifs), de l'évaluation intégrée des impacts écologiques cumulatifs et de l'évaluation des impacts socio-économiques régionaux. L'évaluation des impacts cumulatifs exige une bien meilleure intégration de la collecte et de l'analyse des données que ne le permettent les pratiques actuelles.»

Le rapport précise que pour évaluer les impacts cumulatifs, comme l'exige notamment la Banque mondiale dans les pays en développement, il faut d'abord établir la capacité de support du milieu afin de déterminer les seuils critiques que l'accumulation des projets ne doit pas franchir d'autant plus, notent les chercheurs, que les technologies de nettoyage des étangs toxiques et de restauration des milieux humides ne sont vraiment pas à point.

Mais le rapport est tout aussi mordant par rapport à plusieurs demi-vérités et faussetés qui circulent sur les sables bitumineux. Depuis 40 ans, note le rapport, ils ont perturbé globalement un territoire de 642 km2, soit 90 % de la surface de la ville d'Edmonton. Si tout le territoire riche en pétrole était exploité, la perturbation globale toucherait 4800 km2, soit l'équivalent des deux tiers du territoire chambardé par le développement de la région de Toronto ou la moitié du territoire inondé au Québec par les projets hydroélectriques de la Baie James.

Pour les chercheurs, il est faux de prétendre, comme on le lit souvent sur Internet, qu'il s'agit du «projet le plus destructeur sur le plan environnemental sur Terre».

L'exploitation des sables bitumineux produit 10 % de l'ensemble des résidus miniers au Canada. Le pompage des eaux de surface «ne représente certainement pas un prélèvement insoutenable du débit d'eau de la rivière Athabasca». Les émissions de toxiques, précise le rapport, sont marginales par rapport au bilan canadien global.

De plus, ajoute le rapport, «on n'a pas présenté de preuve irréfutable que l'exploitation des sables bitumineux pollue de façon importante les eaux de surface. La situation est moins claire pour la pollution des nappes aquifères, mais rien ne prouve que la pollution potentielle de l'eau souterraine locale ou régionale soit substantielle, à l'échelle nationale et plus forte raison à l'échelle mondiale».

Cependant, la croissance rapide de cette exploitation a annulé par son ampleur la réduction des émissions de gaz à effet de serre obtenue par la réduction de 39 % de «l'intensité» énergétique de cette production depuis 1990. La technologie actuelle, note la Société royale, malgré ses progrès «considérables», compromet la «capacité du Canada à remplir ses engagements pris auprès de la communauté internationale pour la réduction globale de ses émissions».

Côté pollution, rien ne permet de penser que l'exposition de la population de Fort Chipweyan aux contaminants provenant des sites exploités «puisse suffire à entraîner une augmentation des cas de cancer dans la région», comme le répètent les médias. Mais, ajoute aussitôt le bilan, les inquiétudes des autochtones ne doivent pas être prises à la légère et les indicateurs de santé publique dans la région de Wood Buffalo, une ville champignon, sont en bas de toutes les autres régions de l'Alberta, un signal à prendre très au sérieux.

Les chercheurs estiment enfin que les activités d'extraction ne menacent pas «encore» ou «maintenant» les écosystèmes de la région, mais que les gouvernements devraient se préoccuper très sérieusement des impacts de cette industrie sur les eaux souterraines, dont on ne sait rien présentement. La pollution atmosphérique est, elle aussi, préoccupante en raison des émissions acides de NOx à l'échelle régionale et nationale.

D'autres rapports ont déjà souligné qu'une partie de cette pollution acide mal contrôlée traverse la baie d'Hudson et frappe le nord du Québec et de l'Ontario, où la capacité tampon des sols est particulièrement faible.
4 commentaires
  • MO - Inscrit 16 décembre 2010 06 h 12

    Écosystèmes

    «Le succès du développement durable repose avant tout sur le respect de la capacité de support des écosystèmes.» Guy Garand, Conseil régional de l'environnement de Laval

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 16 décembre 2010 08 h 11

    Quoi?

    J'ai entendu hier à la radio qu'un rapport disait qu'on avait exagéré les conséquences de la pollution des sables bitumineux sur la santé des gens. Pourquoi vous n'en parlez pas?

  • Christian Hudon - Abonné 16 décembre 2010 11 h 37

    Qui controle qui?

    Faudrait-il plutôt dire que l'industrie des sables bitumineux contrôle très bien l'Alberta et Ottawa?

  • FrankkTherrien - Abonné 16 décembre 2010 12 h 37

    @rodrigue tremblay

    ils n'en parlent pas parce que la seule chose qui a été démontré c'est que les personnes qui habitent près d'un site d'exploitation des sables bitumineux n'a pas plus de chance de développer un cancer. C'est tout! Et en plus c'est un article sur l'environnement et non la santé.