L’eau aura désormais un prix pour les grands utilisateurs industriels du Québec

Les grands utilisateurs industriels d’eau devront verser une redevance de 70 $ pour chaque million de litres utilisés à compter du premier janvier prochain.
Photo: Agence Reuters Eric Thayer Les grands utilisateurs industriels d’eau devront verser une redevance de 70 $ pour chaque million de litres utilisés à compter du premier janvier prochain.

Les grands utilisateurs industriels d’eau devront verser une redevance de 70 $ pour chaque million de litres utilisés à compter du premier janvier prochain. Le ministre de l’Environnement du Québec, Pierre Arcand, a expliqué aujourd’hui en conférence de presse, à Montréal, que l’objectif de la nouvelle réglementation était de privilégier les économies d’eau sur la base de l’utilisateur-payeur.

La redevance, qui équivaut à 0,07 $ du mètre cube, s’appliquera aux industries suivantes: les eaux embouteillées, la fabrication de jus et de boissons, les produits minéraux non métalliques, les pesticides et engrais, les produits chimiques ainsi que l’extraction de pétrole et de gaz.

Un embouteilleur serait toutefois bien mal venu d’invoquer cette redevance pour augmenter ses prix: à titre d’exemple, une bouteille d’eau de 500 millilitres, vendue à 1,50 $, aura fait l’objet d’une redevance de 3,5 millièmes de sou. En fait, ce n’est qu’après avoir utilisé 14 400 litres d’eau qu’un embouteilleur aura payé son premier dollar de redevance.

Le ministre Arcand a cependant tenu à préciser que le taux québécois sera supérieur à celui exigé en Ontario et qu’il s’appliquera à davantage de secteurs.

À cet effet, un autre taux, de 2,50 $ par million de litres, s’appliquera aux autres grands consommateurs qui n’utilisent pas d’eau dans leurs produits mais qui la retournent dans l’environnement après l’avoir utilisée et traitée. C’est notamment le cas des industries des pâtes et papiers, de la métallurgie et du secteur minier.

La redevance sera imposée à toutes les industries qui utilisent 75 000 litres d’eau par jour ou plus.

En contrepartie, les puits domestiques privés, l’eau des aqueducs municipaux destinée à l’usage privé, les institutions d’enseignement et de santé, l’agriculture et la production d’énergie hydraulique sont exemptés de la redevance.

Vers les compteurs d’eau

Le ministre Arcand a cependant indiqué que le ministère des Affaires municipales et des Régions était aussi à préparer une stratégie d’économie de l’eau potable dont les grands axes seront l’installation de compteurs d’eau en entreprise et une réfection des réseaux d’aqueduc pour réduire les pertes.

La consommation domestique, toutefois, devrait être épargnée, selon le ministre de l’Environnement, l’eau étant considérée comme un besoin essentiel. Pierre Arcand a précisé que Québec souhaitait encourager la population à économiser l’eau par des mesures de sensibilisation et qu’aucune mesure coercitive n’était dans les cartons pour l’instant.

Les revenus générés par la redevance sur l’eau sont évalués à 9,6 millions $ par année. L’argent recueilli ira au Fonds vert et sera consacré à la gestion et à la recherche sur les ressources en eau.
13 commentaires
  • camelot - Inscrit 14 décembre 2010 12 h 11

    Bouché

    Le ministre de l'environnement tente d'en passer une autre en douce. L'industrie des gaz de schiste, ON N'EN VEUT PAS DANS LES CONDITIONS ACTUELLES.

    70 $ pour pour un million de litre, C'est une farce !

    On en a assez de "l'industrie de la corruption" dixit : James Charest à TLMP.

    VIvement des élections

  • Raphaël Langevin - Inscrit 14 décembre 2010 12 h 37

    L'industrie de l'eau embouteillé

    Quelques statistiques et documents intéressants sur le sujet:

    http://www.environnement.umcs.ca/images/bouteille_
    http://www.safewater.org/PDFS/resourcesknowthefact de Faits lEau Embouteille.pdf

    Dans le deuxième document, on s'aperçoit que la peur de l'eau du robinet est complètement infondée. Son goût est peut-être amer, mais il ne suffit que de la garder au réfrigérateur quelques minutes ou de la filtrer avec un dispositif de filtration domestique pour obtenir une eau qui a un goût similaire à celle des glaciers de l'Islande.

  • Jonathan Bernard - Inscrit 14 décembre 2010 13 h 15

    Un autre cadeau à une industrie qui nous en fait pas.

    Quel ridicule!

    Il faut relire l'article de Fabien Deglise du 7 septembre "Une guerre de l'eau à Montréal" pour voir à quel point le ministre nous prend pour des valises. Pepsi Co. paye 10 cents le 100 litres d'eau en taxe à la ville de Montréal pour remplir ses bouteilles d'Aquafina que nous payons à l'unité de 3$ à 6$ le litre tel qu'indiqué dans l'article.

    L'ONU a déclaré cet été l'eau comme étant un bien commun de l'humanité. Seul le Canada et quelques autres récalcitrants se sont abstenus de voter pour la résolution. Est-ce une façon, ici au Québec, de gérer cette ressource qui relève de notre patrimoine?

  • France Marcotte - Abonnée 14 décembre 2010 14 h 10

    Ai-je bien lu?

    J'ai lu l'article plusieurs fois pour être bien certaine. Chat échaudé craint tout ce qui ressemble à de l'eau. Carencés à l'os en mesures empreintes d'intelligence, comment ne pas chercher où est le hic? Il en faudra plus je l'espère pour nous apprivoiser, mais moi je risque le museau de derrière le rideau. Quoi, on a réfléchi et on a pris des décisions apparemment logiques? Pour vrai de vrai?
    Mais regardons le contexte: nous sommes sur la pente descendante donc douce de ce gouvernement impopulaire. Après les bâtons tordus, le temps des carottes est arrivé. Mais, privés que nous sommes comme des assoiffés dans le désert, il ne faudra tout de même pas avaler n'importe quelle eau.

  • Raphaël Langevin - Inscrit 14 décembre 2010 15 h 01

    Le lien ne fonctionne pas

    J'espère que celui-ci va fonctionner.
    http://www.safewater.org/PDFS/resourcesknowthefact de Faits lEau Embouteille.pdf

    Vivement les compteurs d'eau pour les entreprises qui exploitent notre eau afin de s'en servir comme bien de revente sans avoir à payer leur matière première. Cependant, ceci est beaucoup trop dérisoire comme montant afin d'influencer quelconque comportement.

    Tel que camelot a écrit, les ''bons coups'' de ce ministère ne servent qu'à dédommager une partie infiniment petite des impacts environnementaux associés à l'industrie du gaz de schiste. Qu'on pense à cette redevance sur l'eau (qui devait, en passant, être instaurée depuis l'application de la loi sur l'eau en 2003 par le gouvernement Charest), aux engagements du Québec annoncés à Cancun et à Copenhague ou encore au seul et unique projet de biométhanisation appuyé par le gouvernement à Rivière-du-Loup, on voit bien que ce sont des gouttes d'eau (restons dans le sujet) dans l'océan des futures perspectives énergétiques québécoises dévastatrices en matière d'environnement.

    Nous avions tout afin de réellement devenir une province éco-énergétique depuis les années 70, mais l'utilisation à outrance d'une énergie équitable et bon marché a su attirer des promoteurs gaziers et pétroliers qui n'ont qu'un seul but: se servir de la consommation énergétique abondante des québécois afin de les convertir progressivement à des sources d'énergie non-renouvelables, beaucoup plus rentables pour l'intérêt privé. Merci Gaz Métro, Hydro-Québec, le PLQ et l'APGQ. Vous faites un beau quatuor, surtout lorsqu'on regarde le jeu de chaises musicales effectué par tous et chacun dans les différents conseils d'administration de chaque société.