Climat - Plaidoyers pour des gestes concrets à Cancún

L’agriculture industrielle (ici au Mexique) participe à l’intensification de la crise climatique, estime le Centre international pour la sécurité alimentaire.<br />
Photo: Agence Reuters Tomas Bravo L’agriculture industrielle (ici au Mexique) participe à l’intensification de la crise climatique, estime le Centre international pour la sécurité alimentaire.

Alors que débutait hier la phase technique de la conférence de Cancún sur le climat, les plaidoyers pour des avancées concrètes se multipliaient pour compenser l'échec prévisible d'une nouvelle série de négociations sur la réduction des émissions globales de gaz à effet de serre (GES).

Le Conseil mondial de l'énergie, dont 7000 représentants des milieux industriel et politique se réunissaient en septembre à Montréal, a réclamé hier «un cadre global définissant le prix des émissions de carbone à long terme, ce qui constituerait le sentier qui nous mènerait à un instrument efficace» de gestion des réductions d'émissions.

En clair, le Conseil mondial de l'énergie, qui réunit même des multinationales du pétrole, dit aux délégués de Cancún que s'il y a un prix sur le carbone, cela va augmenter la sécurité énergétique en réduisant la demande à l'essentiel, mais que «sans un prix sur le carbone, les investissements dans de nouvelles infrastructures énergétiques vont demeurer très vulnérables; les décisions d'investissements vont stagner et la sécurité énergétique en sera fragilisée d'autant».

Comme il ne semble pas possible d'en arriver à une stratégie internationale de réductions, le Conseil mondial de l'énergie propose d'aborder le problème sous l'angle «régional», c'est-à-dire en réalisant des ententes entre pays ayant des caractéristiques apparentées.

Et cet effort de planification devrait notamment débuter par une politique d'électrification rurale dans les pays en développement, lesquels, selon le Conseil, ne vont pas se lier dans une entente sur les réductions sans avoir la possibilité de miser sur cette base élémentaire de progrès économique et social.

Le deuxième joueur en importance à se lancer dans la mêlée hier a été le Secrétaire général de la Convention sur la biodiversité, Ahmed Djoghlaf. Ce dernier a réclamé une «stratégie intégrée» entre les deux conventions signées à Rio en 1992, une sur le climat et l'autre sur la biodiversité.

«Un développement viable ne peut se matérialiser, a déclaré M. Djoghlaf, que si des actions concertées entre les deux conventions sont réalisées pour protéger la biodiversité et la viabilité des écosystèmes terrestres» menacés par le réchauffement du climat.

Le défi agricole

De son côté, le Centre international pour la sécurité alimentaire réclamait lui aussi une réorientation des pourparlers de Cancún vers un sujet aussi négligé que critique, soit les impacts des changements climatiques sur l'agriculture et l'alimentation mondiale.

Selon le centre, l'agriculture industrielle participe à l'intensification de la crise climatique alors que l'agriculture plus écologique, plus biologique, non seulement ne contribue pas au mégaphénomène, mais peut contribuer à en réduire l'ampleur.

Citant un récent rapport de la Banque mondiale qui indiquait que 3 % des émissions d'origine humaine sont le fait de l'agriculture, le Centre a rappelé que l'agriculture biologique peut produire jusqu'à 2000 livres de CO2 atmosphérique par acre par année, en comparaison des émissions moyennes de 300 livres par acre pour l'agriculture industrielle.

Si l'on tient compte du fait que 80 % des impacts des changements climatiques vont frapper les pays en développement et que 70 % des pays pauvres dépendent de l'agriculture pour leur survie, «il est clair que l'agriculture doit désormais se retrouver au coeur de l'ordre du jour des pourparlers sur le climat», conclut le Centre pour la sécurité alimentaire.

Très peu de choses filtrent des pourparlers techniques qui ont débuté hier à Cancún pour préparer le terrain aux négociateurs politiques, qui seront présents la semaine prochaine.

Protocole de Montréal

Il a néanmoins été permis d'apprendre hier que la Micronésie avait fait une proposition appuyée par plusieurs pays, dont les États-Unis. Ce tout petit pays a proposé de placer les HFC (hexafluorocarbones), qui ont remplacé les CFC destructeurs de la couche d'ozone, sous la responsabilité du protocole de Montréal.

Les HFC, moins dommageables pour la couche d'ozone, sont cependant des gaz à effet de serre beaucoup plus puissants que le CO2. Comme le protocole de Montréal est plus facile à amender et qu'il a été plus bénéfique au climat que le protocole de Kyoto, la proposition permettrait d'obtenir des réductions plus rapides sous le protocole de Montréal que dans les négociations bloquées sur le prolongement de Kyoto.

Au Canada, l'Institut Pembina dénonçait de son côté les prises de position contradictoires du ministre canadien de l'Environnement, John Baird. La Presse canadienne rapportait qu'il ne suivrait pas les États-Unis dans leurs premiers efforts pour réduire les rejets des grands émetteurs. De son côté, le Globe and Mail rapportait qu'Ottawa songeait plutôt à imiter les États-Unis.

«Mais une chose est certaine dans ce cafouillage, expliquait Matthew Bramley de l'Institut Pembina. Aux États-Unis, il y aura dans quatre semaines une réglementation à effet immédiat pour réduire les émissions des nouvelles unités de production d'énergie ou de celles qu'on veut moderniser. Ici, pas l'ombre d'un plan ou d'un projet de règlement alors que les conservateurs disaient vouloir s'aligner sur les Américains. Dans la meilleure des hypothèses, la mise en place d'une réglementation fédérale exige au moins un an. Il y a beaucoup d'incohérence dans la position des conservateurs.»
4 commentaires
  • Yves-Alain Duranleau - Inscrit 30 novembre 2010 10 h 52

    La fraude de la fausse propagande

    Les chagements climatiques sont tout à fait normaux.
    Notre climat est mû par la distance de la terre du soleil.
    C'est pour cela d'ailleurs que nous avons des saisons.
    Regardez qui profite de ce climat de terreur, qui bénificie de cette peur?

    L'ONU veut imposer une taxe sur le carbone pour se financer et réduire la population à de simple générateur de carbone (Co2).
    Mais ce gaz est massivement produit par les océans et la mer.
    De plus ce gaz est un éléments essentiel qui nourrit les végétaux.

    Pensez-y bien le climat change et il changera toujours!
    Les êtres humains y ont seulement un impact négligeable.

  • francki17@hotmail.com - Abonné 30 novembre 2010 14 h 55

    @Duranleau

    Lorsqu’on ne sait pas de quoi on parle, on évite les affirmations et on pose davantage de questions.

    Les changements climatiques sont des phénomènes qui ne se manifestent pas à l’intérieur d’une seule année et ne sont cycliques que sur des périodes beaucoup plus longues (siècle, millénaire, etc.). Donc svp, laissez le cycle des saisons en dehors de ça.

    Un gaz essentiel pour les végétaux ? Oui bien-sûr ! Mais qu’est-ce que vous entendez par ça ? Plus de CO2 sera bénéfique pour la croissance des plantes ? C’est hélas faux. On sait très bien qu’une plus forte concentration en CO2 n’augmentera pas significativement la croissance des végétaux. Les « éléments » limitants sont bien plus les phosphates et nitrates. Nous n’avons qu’à regarder le piètre état d’eutrophisation de certains de nos cours d’eau pour s’en convaincre : dès qu’on ajoute un peu de ces éléments, on assiste à une explosion de la croissance végétale !

    Le climat change et changera toujours c’est vrai. Vous semblez toutefois censurer le fait que c’est la première fois qu’il change à une telle vitesse. Une vitesse d’ailleurs si rapide que la faune (et la flore ?) ne parviendra pas, sauf peut-être quelques exceptions, à s’y adapter. De plus, il faut que vous sachiez que les grandes variations de température du passé sont tout le temps corrélées avec la concentration en GES (CO2, CH4, etc.). Ainsi peut-on affirmer sans crainte qu’une augmentation globale de GES cause l’augmentation de la température moyenne globale.

    Les êtres humains ont un impact négligeable. C’est faux (étonnant ?). Vous mélangez émissions et impact de ses émissions. 96% de l'émission de CO2 sont d’origines naturelles et seulement 4% incombent aux activités anthropiques. Notre proportion est négligeable c’est vrai, mais l'impact de ce 4% suffit amplement à modifier l’équilibre puits-source de carbone qui a toujours existé sur Terre

  • Marc Pihiff - Inscrit 1 décembre 2010 03 h 15

    Réchauffement, changement et bientôt dérèglement...

    Pendant des années on nous a martelé que la planète se réchauffait.
    Pour un peu on nous prédisait que l'on verrait pousser des cactus en Normandie et en Angleterre sous peu ! Il est vrai que chacun pouvait le constater, la chaleur était accablante !
    Ce réchauffement est devenu changement ! Il est vrai qu'en Europe il est devenu difficile de parler de réchauffement quand pour la 6 ième année consecutive les étés sont doux (un glorieux 24 °C encore cette année dans l'ouest de la France) et les hivers rudes, un froid mordant (-18 °C à Orléans par ex. hier) et de la neige dès fin octobre. La France étant décrite pourtant comme un Pays au climat tempéré......
    Ces températures anormalement très basses , dans toute l'Europe, font que certains scientifiques (encore minoritaires) ne parlent même plus de changement climatique mais de dérèglement climatique.
    Un ami au Maroc m'a dit que ces 2 derniers hivers il avait neigé en plaine , au pied de l'Atlas. Celà n'était pas arrivé depuis 60 ans !
    A la trappe le réchauffement ?
    Nous avons eu effectivement une période de réchauffement de 1970 jusque vers 2003, la tendance semble depuis bien être en train de s'inverser.

    Alots faisons preuve d'humilité devant Dame Nature et reconnaissons que l'on ne comprend pas tout et que l'on s'est sans doute trompé ! Ce n'est pas honteux !

  • Marcel Arteau - Abonné 2 décembre 2010 11 h 45

    Question

    Excusez mon ignorance, mais cette phrase m'a frappé:
    « l'agriculture biologique peut produire jusqu'à 2000 livres de CO2 atmosphérique par acre par année, en comparaison des émissions moyennes de 300 livres par acre pour l'agriculture industrielle »
    Je croyais que c'était le contraire, à moins que le « CO2 atmosphérique » soit du bon CO2?
    Mon hypothèse tient-elle la route?

    Marcel