Universités et grandes écoles - Dans les lieux du savoir durable

Valérie R. Carbonneau Collaboration spéciale
Les pavillons Lassonde de l’École polytechnique sont les premiers bâtiments universitaires canadiens à avoir obtenu la certification internationale LEED or du U. S. Green Building Council.<br />
Photo: Source école Polytechnique Les pavillons Lassonde de l’École polytechnique sont les premiers bâtiments universitaires canadiens à avoir obtenu la certification internationale LEED or du U. S. Green Building Council.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En cette ère de développement durable, le respect de l'environnement dans nos pratiques est au centre de nos préoccupations. Et de celles des universités. Lumière sur un présent qui bâtit l'avenir.

«Les ingénieurs sont au service de la société et du développement durable depuis toujours», affirme d'abord Louise Millette, professeure et directrice du Département des génies civil, géologique et des mines à l'École polytechnique de Montréal. Le développement durable doit colorer tout notre travail. Quand on se penche sur l'approvisionnement en eau potable, la gestion des eaux usées, la problématique d'écoulement à surface libre ou encore la combustion des moteurs, il faut avoir en tête de quelle manière on va insérer une notion de durabilité dans notre travail.»

Louise Millette est aussi présidente du Comité de gestion environnementale et Polytechnique (COGEP). Fondé en 2004, le comité s'est donné une politique de protection de l'environnement «pour être capable de vivre avec ce qu'on prêche.» Pour savoir, par exemple, si le recyclage et la consommation d'eau avaient augmenté ou diminué, le centre a produit pendant cinq ans un bilan écologique. Et comme le principe du développement durable repose sur trois piliers fondamentaux, soit la société, l'économie et l'environnement, le COGEP est d'ailleurs actuellement en train de terminer un bilan en matière de durabilité auquel on a intégré les aspects sociaux et économiques. Ainsi, l'École polytechnique a refondu complètement ses douze programmes de baccalauréat en 2005. «La grande matrice a été de savoir ce que les futurs ingénieurs allaient acquérir chez nous pour redonner à la société», précise cette dernière, en ajoutant que les notions d'éthique, de protection de l'environnement et de santé et sécurité sont dorénavant au coeur de tous les programmes.

Avec la refonte des programmes sont nés notamment les projets intégrateurs, où chaque année l'étudiant rassemble le cumulatif de ses études à l'École polytechnique pour monter un projet. Une fois que l'étudiant est en quatrième année, les projets souvent orientés vers le développement durable et la protection de l'environnement prennent l'ampleur du cumul des notions.

Si l'École polytechnique n'a pas de programme de génie en développement durable comme tel, elle offre depuis 2001 cinq diplômes d'études supérieures spécialisées (D.E.S.S.) en environnement et développement durable: conception et fabrication durables, énergie et développement durable, génie de l'environnement, gestion des risques technologiques et développement durable ainsi que procédés et environnement.

En ce qui concerne les maîtrises, elle offre 16 programmes qui se découpent en 100 diplômes différents. Et, bien entendu, il y a des programmes de doctorat. On compte au total 40 unités de recherche qui fonctionnent en partenariat.

Ainsi, le Groupe Madituc, qui a créé en 2005 le calculateur de trajets Tous azimuts pour la Société de transport de Montréal (STM), travaille toujours à l'améliorer. Et, considérant que les transports sont responsables de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), on pense aussi à la Chaire Mobilité durable qui vient d'être inaugurée et qui se penche sur l'impact des transports sur l'environnement. Il y a aussi le Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), un centre reconnu par les Nations unies. La gamme de produits verts qu'on trouve chez Rona a d'ailleurs été faite en collaboration avec le CIRAIG. Pour plus d'information:www.etudiants.polymtl.ca/dd.

Sherbrooke, la pionnière

La première université québécoise à s'être dotée d'une politique de développement durable en 2005 est également la première à avoir nommé un vice-recteur responsable du développement durable, en 2007. Depuis, elle mise sur une démarche stratégique intégrant le développement durable dans tous les programmes de baccalauréat et l'atteinte à long terme de la neutralité en carbone. Le but ultime: responsabiliser les étudiants, tant socialement que dans le cadre de leurs futures fonctions professionnelles.

D'abord, en matière de développement durable, on reconnaît surtout à l'Université de Sherbrooke (UdeS) son programme de libre accès au transport en commun. En vigueur depuis 2004, le recours à ce transport chez la clientèle a depuis doublé, ce qui a permis ainsi à l'établissement de transformer plus de 200 places de stationnement en espace vert, le Coeur campus.

Alain Webster, professeur et vice-recteur au développement durable et aux relations gouvernementales, est très fier des avancées de l'UdeS en ce sens. À commencer par l'efficacité énergétique, l'UdeS a réduit sa consommation énergétique de 15 % depuis 2002. Elle a également recouru à la géothermie pour les campus de Longueuil et la construction du Pavillon des sciences de la vie à Sherbrooke, un édifice désormais autosuffisant jusqu'à -13 oC.

L'UdeS s'est aussi dotée d'une politique d'acquisition responsable (PAR), à laquelle se réfère notamment la communauté estrienne. Il s'agit, par exemple, d'utiliser du papier fabriqué à 100 % de fibres postconsommation et d'acheter des véhicules hybrides ou électriques pour le campus. Cette stratégie s'applique également à la construction. Le nouveau pavillon des sciences humaines et de l'éducation, un bâtiment certifié LEED à armature en bois, en témoigne d'ailleurs. S'ajoutent aussi aux différentes démarches la gestion des matières résiduelles, avec son taux dépassant les 80 %, et la consommation en eau potable, réduite de 43 % depuis 2000. La participation des étudiants, entre autres avec le jardin communautaire, et la concertation avec différents partenaires restent aussi des éléments considérables de cette stratégie.

Du côté de la formation, l'université a lancé une maîtrise en environnement en 1974, d'où a découlé la création du Centre universitaire de formation en environnement (CUFE), qui accueille des étudiants provenant de plus de 70 disciplines et met de l'avant une pédagogie qui favorise le travail d'équipe multidisciplinaire, l'intégration de cours en développement durable dans l'offre de cours ainsi que l'analyse de projets et la résolution de problèmes en fonction des principes du développement durable. Cette démarche donne lieu à un taux de placement qui frise les 100 %.

Baccalauréat en études de l'environnement, maîtrise en environnement (type cours et recherche), diplôme de 2e cycle en gestion de l'environnement, microprogramme de vérification environnementale, microprogramme de perfectionnement en environnement et développement durable (nouveau depuis le printemps) sont entre autres offerts au CUFE. Autre nouveauté à venir: un baccalauréat en études de l'environnement, dont les méthodologies d'enseignement introduiront la démarche par projet en fonction des différents volets du développement durable. Des programmes en environnement et développement durable sont aussi offerts par plusieurs facultés.

Avec les années, l'établissement a su adapter les programmes en environnement en harmonie avec les besoins et l'évolution de la société. Le CUFE regroupe désormais sept facultés intégrant le développement durable au coeur de leurs programmes, lesquels jouissent d'une popularité sans bornes. À preuve, depuis 10 ans, le nombre d'inscriptions progresse chaque année avec une moyenne de 11 %. D'ailleurs, pour l'année 2009-2010, 281 nouveaux étudiants se sont intégrés au centre, soit une hausse de 33 % par rapport à l'année précédente, où on a enregistré 211 inscriptions.

Laval initie

«Initier les étudiants aux enjeux reliés au développement durable de manière à agir de façon responsable dans [leur] milieu», voilà un objectif fondamental qui figure désormais au Règlement des études depuis le printemps 2009. Que ce soit par le biais des séminaires, des cours ou des conférences, il doit être incorporé à tout programme de baccalauréat offert à l'Université Laval (UL). Et plusieurs programmes sont en relation avec l'environnement et le développement durable, soit 50 à l'intérieur des trois cycles. Laval a aussi élaboré en 2009 un plan d'action comportant des mesures spécifiques: d'ici 2012, 88 actions auront été entreprises et devraient être complétées.

Parmi celles-ci, on compte entre autres la diminution des GES, où, en 2007, on a observé, avec 39 337 tonnes, une réduction d'environ 20 % depuis 2000, soit l'année de référence. Quant au transport durable, au moyen de son ensemble de mesures visant à encourager les transports alternatifs (vélo, covoiturage, transport en commun), il a été l'un des principaux chevaux de bataille pour l'année 2009-2010.

Depuis 2007-2008, un rabais de 12,5 % du coût du laissez-passer de transport est accordé aux étudiants qui s'abonnent pour une session. Et on compte aussi, sur le campus, un service de prêt de vélos qui enregistre près de 10 000 locations par année et, d'ici 2011, on prévoit aménager deux pistes cyclables pour faciliter les déplacements, d'autant plus qu'en 2009 des étudiants ont collaboré à la création de la Coop étudiante Roue-libre, qui offre un service d'aide à la réparation de vélos sur le campus. L'université entend aussi diminuer les espaces de stationnements en construisant de nouveaux pavillons sur les terrains de ceux-ci.

L'UL fait aussi de l'intégration du développement durable un axe stratégique du plan de développement de la recherche pour 2010-2012. À propos de la gestion des matières résiduelles, la première université québécoise à s'être munie d'un programme de récupération multimatières a enregistré l'an dernier 581 tonnes de matières recyclées. Également, un programme de compostage instauré dans tous les pavillons a généré près de 53 tonnes de matières au cours de la même année.

À l'heure actuelle, 59 chaires de recherche et de création sur 137 sont en relation immédiate avec au moins un des enjeux du développement durable. Notons aussi la présence de l'Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société (EDS) qui, depuis 2005, joue à la fois un rôle de diffuseur de connaissances et de carrefour. L'institut rassemble au total près de 50 chercheurs et 200 étudiants en recherche sur des enjeux de développement durable.

Au premier cycle, le DDU-1000 Fondements du développement durable permet à l'étudiant qui le souhaite de s'inscrire au profil en développement durable, soit une formation en option avec 12 crédits qui se greffe à une première année de baccalauréat, pourvu que la discipline offre ledit profil.

L'université offre aussi un microprogramme de deuxième cycle en responsabilité sociale et environnementale des organisations, un programme créé dans le cadre des activités de mise en place de la Chaire de recherche du Canada sur les normes de gestion du développement durable, cette fois pour sensibiliser l'étudiant à des enjeux sociaux situés au coeur de la bonne gouvernance de l'organisation au XXIe siècle.

Au baccalauréat, les exemples sont multiples: baccalauréat en génie des eaux, en chimie de l'environnement, en aménagement et environnement forestiers, en génie agroenvironnemental, en études internationales et langues modernes (concentration en environnement) et le baccalauréat intégré en environnements naturels et aménagés, qui, lui, forme des professionnels de l'environnement, surtout pour la conservation et la gestion durable des écosystèmes.

Et, enfin, parmi les formations spécialisées aux études supérieures (deuxième et troisième cycles), on compte notamment la maîtrise en droit, droit de l'environnement, développement durable et sécurité alimentaire, destinée aux étudiants qui veulent acquérir une formation à la fois pratique, professionnelle, polyvalente et de pointe.

En plus de la maîtrise en aménagement du territoire et en développement régional, de la maîtrise en responsabilité sociale et environnementale des organisations, du doctorat en économie des ressources naturelles, en économie de l'énergie ou en économie de l'environnement et du doctorat en sciences de la Terre, des écoles d'été et une formation continue pour les professionnels en exercice figurent également au programme de l'établissement. Pour connaître les détails des différents programmes: www.developpementdurable.ulaval.ca.

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • MJ - Inscrite 28 novembre 2010 10 h 50

    Développement durable, énergies propres et volonté politique

    Je n'ai pas entendu de professeurs (ingénieurs) de cette honorable institution se prononcer sur l'exploration des gaz de schiste au Québec. Un développement durable, oui! mais qui respecte l'environnement et les autres ressources (l'eau) sur le territoire occupé par ses citoyens. Encore faut-il une volonté politique pour ce faire et des personnes de premier plan qui se prononcent pour dénoncer la manière forcée du gouvernement Charest d'imposer des forages au Québec, malgré le désaccord de sa population!

    Même chose pour l'agriculture intensive au Québec et l'usage abusif des pesticides, fertilisants et autres sur les terres agricoles. A quand une école d'agronomie responsable? A quand un gouvernement qui ne se soumet pas passivement aux lois du marché?