Union des municipalités du Québec - Du gaz dans l'eau

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Denis Lapointe est maire de la ville de Salaberry-de-Valleyfield et président de la Commission de l’environnement de l’Union des municipalités du Québec.<br />
Photo: Source Ville de Salaberry-de-Valleyfield Denis Lapointe est maire de la ville de Salaberry-de-Valleyfield et président de la Commission de l’environnement de l’Union des municipalités du Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Désormais, la bonne gouvernance des municipalités ne va pas sans l'application des principes du développement durable, en ce qui concerne la gestion des matières résiduelles, de l'eau, des infrastructures et de l'aménagement du territoire. Questions et réponses en compagnie de Denis Lapointe, maire de Salaberry-de-Valleyfield et président de la Commission de l'environnement de l'Union des municipalités du Québec (UMQ).

«Le développement des municipalités doit faire preuve de cohérence et cela passe de plus en plus par l'application des principes du développement durable. D'ailleurs, les règles qui régissent les municipalités sont soumises au développement durable, que ce soit pour l'aménagement du territoire et des berges, pour la gestion des milieux humides, des matières résiduelles, et ainsi de suite. C'est devenu capital pour ce que je qualifierais d'équilibre municipal», rappelle Denis Lapointe, également président de l'Alliance des villes des Grands-Lacs et du Saint-Laurent, une coalition regroupant plus de 70 municipalités sises des deux côtés de la frontière.

En fait, l'eau et tous les enjeux qui s'y rattachent ont donné le ton à cette entrevue. Donc, la gestion de l'eau potable et usée est au coeur des priorités des municipalités, tient à dire Denis Lapointe, particulièrement en ce qui a trait à la mise à niveau des infrastructures et des investissements attendus pour répondre à des normes de plus en plus strictes.

«Écoutez, si on recule dans le temps, les premiers grands travaux d'aménagement et d'installation de nos infrastructures, de nos stations de traitement d'eau potable, datent des années 1980, c'est-à-dire en même temps que l'établissement du programme d'assainissement des eaux. Alors, 30 ans plus tard, vous comprendrez que ces équipements en sont à leur fin de vie. D'autant plus que les règles du jeu ont changé sur le plan des normes gouvernementales. Nous devons passer à une autre génération d'équipements.»

Il est donc terminé le temps où l'on rejetait l'eau sans traitement digne de ce nom. «On prélève beaucoup d'eau dans nos lacs et nos rivières. Quand on prélève des millions de mètres cubes d'eau, on doit désormais s'assurer de retourner cette ressource dans des conditions qui ne mettront pas en péril les étendues d'eau et l'environnement.»

De l'eau dans le gaz

Une affirmation qui n'est pas sans rappeler le débat en cours sur l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste. Ainsi, l'UMQ, conjointement avec la Communauté métropolitaine de Montréal, a récemment présenté un mémoire devant la commission d'enquête du BAPE portant sur toute cette question. On peut y lire entre autres que «la naissance et le développement d'une filière gazière auront d'importantes conséquences pour les communautés locales. Les municipalités devront faire face à une multitude d'effets, notamment sur l'environnement, la qualité de vie des citoyens, la sécurité publique, les infrastructures municipales et le revenu foncier.»

Plus loin, il est mentionné que la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme (LAU) accorde aux instances municipales des compétences en matière de planification en aménagement et en développement du territoire. «Or cette loi contient une brèche importante qui porte atteinte à son essence même. L'article 246 accorde préséance aux droits miniers sur tous les pouvoirs conférés aux instances municipales par la LAU. En regard des activités d'extraction minière, gazière et pétrolière, cette disposition a pour effet de rendre la municipalité inapte à encadrer l'industrie par les règles d'urbanisme et d'aménagement. Le milieu municipal demande donc sa suppression.» À cela s'ajoutent une quinzaine de recommandations.

Si les municipalités du Québec, note M. Lapointe, sont assujetties à des règles strictes quant à la gouvernance de leur territoire, et ce, pour le respect de l'environnement, l'industrie du gaz de schiste n'a pas à passer outre à la législation. «Nous, les municipalités, nous sommes imputables sur le plan de la gestion de nos territoires. Mais si la loi permet à une industrie de passer à côté des règles établies, c'est là qu'on s'interpose.»

Et ce n'est pas tout. «Les exploitants de cette industrie utilisent le réseau routier construit à même les taxes des citoyens. Ils produisent sur le territoire des déchets issus des forages, issus des produits chimiques mélangés à l'eau qui servent à l'extraction des gaz. Dans tout cela, il faut s'assurer que la qualité de l'eau, de même que la qualité de vie de nos citoyens, soit protégée, qu'elle ne soit pas menacée. De plus, on cherche à obtenir des redevances, le temps de l'exploitation, qui seront versées dans un fonds qui financera des projets pour la mise en valeur du territoire.»

Plein gaz sur l'alliance

À l'échelle nord-américaine, Denis Lapointe fait remarquer que les municipalités membres de l'alliance qu'il préside sont aux prises avec les mêmes défis et sont, de fait, liées par l'eau. «Nous parlons de l'aménagement des berges, nous parlons du problème des espèces envahissantes et nous discutons bien sûr du problème de la baisse du niveau d'eau. Je pense par exemple à la baisse du niveau d'eau de plus d'un mètre au lac Supérieur. Eh bien, cela a des conséquences sur le plan économique et écologique jusque dans le fleuve Saint-Laurent. À Dorval, à un moment donné, on a dû fermer une des deux prises d'eau. Donc, les municipalités qui font partie de cette organisation travaillent ensemble pour trouver des solutions à des enjeux qui nous concernent tous.»

***

Collaborateur du Devoir