Les sources d'eau potable protégées?

Le but est de s’assurer que les eaux brutes ne posent aucun risque, même lors de défaillances des équipements de traitement.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le but est de s’assurer que les eaux brutes ne posent aucun risque, même lors de défaillances des équipements de traitement.

Le Québec pourrait mettre en place à compter de 2012 une «Stratégie de protection et de conservation des sources d'eau potable» de ses municipalités, ce qu'a tenté de faire la Ville de Québec au cours de la dernière année en provoquant toutefois bien des vagues dans cette région.

Selon le projet de stratégie, obtenu par l'écologiste Pierre Dépôt en vertu de la loi sur l'accès à l'information, les municipalités devront identifier toutes les menaces qui pèsent présentement et à long terme sur leur source d'approvisionnement afin d'évaluer les risques qu'elles engendrent et élaborer un plan visant à les protéger contre la pollution et les risques de tarissement. Cela en obligera plusieurs à déplacer ou à restreindre les activités potentiellement nuisibles, ce qu'ont évité les provinces qui ont procédé plus tôt.

Le plan ne traite pas des menaces que posent les gaz de schiste ou de la destruction des milieux humides, les principaux points de recharge des nappes souterraines.

C'est en janvier dernier que le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) a soumis aux Affaires municipales son projet de stratégie pour avoir ses commentaires avant de le publier en 2011 aux fins de consultation publique.

Dans sa lettre aux Affaires municipales, le sous-ministre adjoint du MDDEP aux changements climatiques, à l'air et à l'eau, Charles Larochelle, indique que «dans son essence, cette stratégie vise à offrir une protection supplémentaire aux consommateurs, advenant une défaillance temporaire ou partielle des équipements, selon le principe des barrières multiples adopté par toutes les juridictions nord-américaines. Elle sollicitera plus particulièrement les MRC responsables de la planification du développement du territoire et les municipalités locales pour sa mise en oeuvre.»

L'approche «multibarrières» vise à s'assurer que les eaux brutes sont tellement bonnes qu'en cas de défaillance des équipements de traitement, le risque pour les citoyens sera réduit au minimum. Après avoir déterminé les menaces potentielles, les municipalités et les MRC devront procéder à une analyse de risques pour les limiter progressivement, une démarche que Québec entend accompagner et suivre de près.

Entente

La Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l'Ontario et plusieurs États voisins protègent leurs sources d'eau potable depuis des années. Mais Québec a convenu de procéder après avoir signé récemment la nouvelle Entente sur les Grands Lacs avec l'Ontario et huit États riverains, laquelle prévoit cette mesure.

La mise à niveau récente des usines de traitement d'eau potable a coûté 1,2 milliard. De meilleures eaux brutes devraient réduire les coûts de traitement à long terme, souligne la stratégie.

Selon ce document, en 2006, on dénombrait 324 prises d'eau municipales de surface, dont 178 s'alimentaient dans des lacs, 123 dans des rivières et 23 dans le Saint-Laurent. Ces prises d'eau alimentent 70 % des Québécois.

D'autre part, les eaux souterraines alimentent 1500 prises d'eau de municipalités, qui abreuvent 12 % de la population. Le reste du Québec, soit 18 % de la population, ou un quart de million de personnes, s'approvisionne au moyen de puits individuels ou de sources desservant 20 personnes ou moins.

Quant aux prises d'eau des institutions, commerces et industries, on en dénombrait en 2009 près de 30 000.

Selon le projet de politique, les analyses de risques de toutes ces prises d'eau devront être publiques, ainsi que les suivis des mises à jour et les plans d'urgence.
9 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 25 novembre 2010 04 h 36

    Le Québec voudrait protéger les sources d'eau potable?

    Nous ne sommes pas loin de la pensée magique. Le projet de protéger l'eau potable du gouvernement a des objectifs nobles. Cependant, après en avoir constater le dégâts ailleurs, on connaît aussi les dangers du gaz de schiste concernant la contamination de l'eau potable. Ainsi, en réalité, le véritable objectif de ce projet par le gouvernement aurait comme but d'atténuer la grogne, autant que possible, de ceux qui sont contre le gaz de schiste. Le reste, c'est de la pensée magique.

  • Amie du Richelieu - Inscrit 25 novembre 2010 07 h 23

    Un beau plan troué!

    Comment ne pas être pour cette «Stratégie de protection et de conservation des sources d'eau potable» proposée pour l'an 2012? Excepté que c'est une responsabilité provinciale et qu'elle relègue cette responsabilité aux municipalités et aux MRC, encore une fois. Cette stratégie devrait être coordonnée et supervisée par la province, évidemment.

    Et comment s'expliquer les deux trous béants dans ce plan que sont la présence de l'industrie des gaz de schiste et leurs méthodes de fracturation hydraulique, ainsi que l'omission de parler des reins de la terre sans lesquels la filtration naturelle de l'eau est pratiquement impossible? Je parle ici bien sûr des milieux humides qui disparaissent à vitesse grand V!

    Bien sûr que les municipalités sont les mieux placées pour identifier les dangers à leurs sources d'eau potable, mais elles se sont montrées très peu capable de les contrecarrer jusqu'à date.

    Johanne Dion
    Amie du Richelieu
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.com/

  • Isabelle Viau - Inscrit 25 novembre 2010 11 h 34

    Et ce projet de mine d'uranium à coté du lac Mistissini, le plus grande lac d'eau douce au Québec?

    Bonjour Mr. Francoeur,

    Il y quelques jours, par un pur hasard, j'ai rencontré une vieille connaissance dans l'autobus Montréal-Québec et, au détour de la conversation, j'ai été estomaqué d'apprendre que cette personne était en route vers Chibougamau pour faire entendre sa voix lors d'audiences publiques qui avait lieu le lendemain dans la petite ville à propos du projet Matoush, un projet de mine d'uranium de la compagnie Strateco inc. Comment est-ce possible qu'aucun article publié dans les pages du Devoir ne mentionne ce projet contreversé!

    La compagnie Strateco inc. compte ouvrir une mine d'uranium au coeur des monts Otish, dans le territoire de chasse de la réserve cris de Mistissini. Ce site est situé à proximité du lac Mistassini, le plus grand lac d'eau douce du Québec et à proximité du futur parc national Albanel-Témiscamie-Otish. Comme le mentionne la journaliste Marie-Geneviève Chabot dans son excellent article publié en octobre, les cris surnomment ce site: ''là où originent les eaux''. En effet, l'eau qui découle du site Matoush se déverse dans les plus grandes rivières du Québec pour finir dans la baie James et le fleuve Saint-Laurent. (source: http://www.cyberpresse.ca/opinions/201010/14/01-43

    En lisant votre article ce matin à propos du projet de Québec de légiférer sur la projection des prises d'eau potable, j'ai réalisé qu'il était de mon devoir de vous mentionné que ce projet de mine d'uranium y aurait bien mérité une place et, par le fait même, je vous fait parvenir mon souhait d'en savoir plus sur les enjeux qui entourent le projet Matoush par l'entremise de votre plume toujours juste et instructive.

    Merci et bonne Sainte-Catherine!

    Isabelle Viau, jeune lectrice de Montréal

  • ghislaine fortin marois - Inscrit 25 novembre 2010 12 h 46

    La conservation des eaux.....

    Après avoir laissé, pendant des années, l'industrie porcine déversé des milliers de tonnes de résidus avec comme résultat les algues vertes entre autre, les compagnies de gaz de schiste se servir à gogo, enfin le gouvernement semble vouloir sortir de son apathie. Attendez-vous petites gens d'être pointé du doigt pour des dommages....et de vous faire taper sur les doigts quant à votre consommation abusive, incorrecte etc. par le gouvernement.

  • MJ - Inscrite 25 novembre 2010 14 h 37

    Voeux pieux et absence de politiques cohérentes (1)

    Le MDDEP, ce super-ministère, à la suite d’une restructuration et d’une fusion d’anciens ministères, n’est-ce pas une monstruosité? Cette vocation trop large dilue le potentiel d’action de chacun de ces anciens ministères pris isolément, et ce regroupement peut donner lieu à de multiples conflits d’intérêts entre des missions différentes que chacun isolément détenait (ex. politiques sur les ressources énergétiques versus celles sur les ressources naturelles comme l’eau, les parcs et leurs zones protégées; la protection de l’environnement et de l’eau incompatible avec un développement industriel sauvage comme l’industrie des gaz de schiste).

    Le fouillis législatif actuel et les décisions gouvernementales à l’emporte-pièces entraînent une anarchie du développement sans planification aucune (Loi sur les Mines désuète, pouvoir d’expropriation abusif et illégitimement conféré aux industries gazières dans leurs activités de forage en sol québécois).

    Promouvoir “à plein gaz” l’industrie sale des gaz de schiste, en ayant accordé des permis aux industries gazières qui ont déjà commencé des forages à certains endroits du Québec, mettre en danger la qualité et
    l’approvisionnement en eau de diverses municipalités, bâillonner les municipalités et leur enlever tout pouvoir sur le dossier gazier, placer les citoyens et leurs municipalités (sont-elles complices?) devant le fait accompli, et ensuite, par la préparation d’une pseudo politique de protection de l’eau potable, oser faire croire à la population que le gouvernement veut protéger les sources d’approvisionnement en eau, alors que ses actions contredisent son discours (position malhonnête et de mauvaise foi), c’est prendre ses rêves pour la réalité (en anglais, on appelle ça du “Wishful Thinking”). Ce qui aurait été logique, prudent et sensé de la part du gouvernement aurait été et serait encore de décréter un moratoire