Les Innus de Pessamit veulent faire fi du moratoire sur les gaz de schiste

Québec — Les Innus de Pessamit, une réserve de près de 4000 habitants située près de Baie-Comeau, n'ont pas l'intention de respecter le moratoire sur l'exploration gazière et pétrolière dans l'estuaire du Saint-Laurent.

C'est ce qu'a déclaré hier le chef de Pessamit, Raphaël Picard, en annonçant que sa communauté, «en tant que seul et unique propriétaire de tous les hydrocarbures sur le territoire de la réserve», avait signé une entente avec un consortium dirigé par TransAmerican Energy visant l'exploration gazière et pétrolière sur la réserve et en périphérie.

«Nous sommes souverains sur notre territoire. Nous avons juridiction sur le territoire de la réserve et une partie de l'estuaire», a soutenu Raphaël Picard au cours d'une conférence de presse tenue en marge de Québec Exploration, un congrès géologique organisé par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune et l'Association minière du Québec, une manifestation placée sous la présidence d'honneur, de Sean Roosen, président et chef de la direction de la Corporation minière Osiko.

«C'est notre souhait d'amorcer le processus d'exploitation, moratoire ou pas», a indiqué le chef innu.

«Le moratoire, nous n'en tenons pas compte parce qu'on n'a pas été consultés», a affirmé Raphaël Picard. Selon lui, il existe une «obligation constitutionnelle» pour le gouvernement du Québec de consulter la première nation pour tout ce qui touche à ses territoires ancestraux, ce qui comprend une partie de l'estuaire du Saint-Laurent.

En septembre dernier, la ministre Nathalie Normandeau a décrété un moratoire sur l'exploration et l'exploitation gazière et pétrolière dans l'estuaire du Saint-Laurent, des activités qui mettraient en danger l'environnement et nuiraient au tourisme et à la pêche.

En vertu de l'entente, la société de Vancouver, TransAmerican Energy, et son partenaire financier, Dumas Bankcorp, investiront 100 000 $ d'ici mars 2011 pour effectuer des «études géophysiques de surface» sur le territoire de Pessamit. Il s'agit d'une phase préliminaire qui précède l'exploration par forages. Si ces travaux préliminaires sont concluants, l'exploration en tant que telle pourra débuter en 2011 et nécessitera des investissements beaucoup plus importants, de l'ordre de un million de dollars dans un premier temps, selon la compagnie. «Advenant que les résultats soient favorables, nous allons nous asseoir avec toutes les parties pour savoir quelle est la bonne route à suivre», a dit Louis Lapointe, président de TransAmerican Energy. «C'est certain que le gouvernement va être impliqué. On n'est pas là pour brasser les choses inutilement. On est une compagnie responsable.»

La réserve de Pessamit s'étend sur 250 km2, a précisé Raphaël Picard. Mais le territoire sur lequel les Innus affirment posséder des droits ancestraux est sept cents fois plus vaste. «La présence d'hydrocarbures sur le territoire de la réserve constituerait un juste retour des choses, sachant que notre nation a été dépossédée de ses ressources», estime le chef innu.
 
25 commentaires
  • Pierre Vincent - Inscrit 23 novembre 2010 03 h 04

    A suivre, mais notons ...

    ..Notons que la société en question (TransAmerican Energy) a présentement une capitalisation boursière qui dépasse à peine deux millions de dollars. On annonce ici que la société et son partenaire financier "investiront 100,000 $ d'ici mars 2011 pour effectuer des "études géophysiques de surface"..."

    Je ne suis point expert en ces choses (minières/gazières), mais il me semble que c'est bien peu. J'ai hâte de voir si les réactions du gouvernement, des écologistes et d'autres parties impliquées et/ou préoccupées par divers aspects soulevés par cette "annonce" seront à la mesure de celle-ci (modeste au bas mot dans ses moyens), ou au contraire, disproportionnées et inutilement alarmistes. Attendons voir.

  • Richard Guillemette - Inscrit 23 novembre 2010 06 h 18

    Où est votre respect de l'environnement, Picard?

    Je croyais que ces descendants autochtones étaient plus respectueux que tous les autres de l’environnement. Il semble qu’ils sont aussi possédés, hypnotysés par l’appât du gain.

    Qu’on ne vienne plus nous bourrer avec de telles balivernes, surtout de ce que l’affirmation vient d’un Picard.

  • Pierre Coutu - Inscrit 23 novembre 2010 06 h 31

    Triste

    Eh ben, on verra ce qu'en diront leurs enfants...

  • France Marcotte - Abonnée 23 novembre 2010 07 h 42

    Déception

    Je croyais, comme M.Guillemette, que ce qui différenciait principalement les premières nations de celles qui ont suivi, c'était leur sensibilité aux questions qui touchent l'exploitation des ressources naturelles. Je suis déçue et étonnée de voir les Innus de Pessamit essentiellement animés d'un sentiment de vengeance face à l'exploitation des gaz de shiste. Les torts causés à l'estuaire du Saint-Laurent ne semblent même pas les effleurer. «La présence d'hydrocarbures sur le territoire de la réserve constituerait un juste retour des choses, sachant que notre nation a été dépossédée de ses ressources», estime le chef innu. L'enrichissement des 4000 habitants de la réserve, qui apparemment ne pèse pas non plus beaucoup dans la balance, aurait déjà été un motif plus compréhensible.

  • S. Hains - Abonné 23 novembre 2010 07 h 46

    Pas plus écologistes que les autres

    Comme quoi les autochtones ne sont pas nécessairement plus en harmonie avec l'environnement que les autres humains.

    Dans leurs société comme dans la nôtre, beaucoup sont prêts à vendre leur mère (et leur terre-mère) pour de l'argent.