Golfe du Saint-Laurent - La prospection menace des espèces en danger

Des rorquals bleus dans le golfe du Saint-Laurent.
Photo: source: GREMM Des rorquals bleus dans le golfe du Saint-Laurent.

Les relevés sismiques qui doivent débuter sous peu dans le secteur du gisement pétrolier d'Old Harry, en plein cœur du golfe du Saint-Laurent, posent des risques bien réels pour des espèces animales classées «en voie de disparition» par le Canada. Des risques qui devraient d'ailleurs croître au cours des prochaines années si d'autres secteurs du golfe sont ouverts à la prospection.

Les tests prévus par l'entreprise Corridor Resources devraient être menés à l'aide de jets d'air comprimé émettant des ondes sonores explosives et répétitives. Le problème, c'est que cette pollution acoustique intense se propage sur des centaines, voire des milliers de kilomètres. Même si ces relevés sismiques ont reçu l'approbation d'Environnement Canada et de Pêches et Océans Canada, ils n'en représentent pas moins une menace réelle pour des espèces dont la survie est très précaire, au dire du Comité sur les espèces en péril.

L'exemple le plus frappant est sans doute celui du rorqual bleu. Le plus gros animal de la planète — il peut atteindre près de 30 mètres de longueur — ne compte plus que «quelques centaines d'individus» dans l'Atlantique Nord, selon le président du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud. «Sa survie à long terme n'est absolument pas assurée», souligne-t-il.

Or, les relevés sismiques, mais aussi éventuellement le forage d'un puits dans le golfe, pourraient endommager définitivement le système auditif de ces mammifères pour qui la capacité de communiquer est essentielle à la survie et à la reproduction. «Ce sont des animaux qui communiquent entre eux à de très longues distances. Et il est très probable que la communication à longue distance soit essentielle à la reproduction», explique M. Michaud. D'autant plus essentielle que l'espèce semble avoir d'importants problèmes de reproduction.

Il juge donc nécessaire de mettre un frein aux travaux. «Pour l'instant, aller faire de l'exploration ou de l'exploitation d'hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent, c'est jouer au sorcier. On en sait trop peu sur les impacts que ça pourrait avoir. Mais on a de très bonnes raisons de croire qu'il y a des impacts directs pour les animaux exposés aux détonations, qui risquent de subir des dommages importants.»

Risques reconnus

Les relevés seront supervisés par un observateur de l'Office Canada/Terre-Neuve. Les mammifères marins et crustacés devront notamment être éloignés de la zone avant le début des travaux. Mais M. Michaud, spécialiste reconnu des cétacés, ne croit pas que les mesures annoncées soient suffisantes. «On peut tenter de réduire les risques en mettant en place des mesures de mitigation, mais elles ne seront jamais totalement efficaces.»

Le président du GREMM rappelle aussi qu'en vertu de la Loi sur les espèces en péril, il est strictement défendu de «nuire» ou encore d'endommager leur habitat jugé critique. «Mais dans le cas des baleines bleues, on ne s'entend pas sur la définition de leur "habitat critique".»

Quoi qu'il en soit, Pêches et Océans Canada reconnaît que «la pollution sous-marine du bruit provenant de l'exploration de gaz et de pétrole, le développement marin et les exercices militaires pourraient endommager l'ouïe des baleines et provoquer un stress». Dans un rapport remis au gouvernement du Québec en 2004 et intitulé Les Enjeux liés aux levés sismiques dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement avait lui aussi fait état de ces risques bien réels.

Robert Michaud met par ailleurs en garde contre les opérations d'exploration qui devraient être autorisées au cours des prochaines années dans le golfe du Saint-Laurent. «Là, on parle d'Old Harry. Il s'agit de quelques semaines de relevés sismiques. Mais, en fait, ce n'est que le début. Si on dit oui à ce projet, il faut assumer qu'on ouvre le golfe du Saint-Laurent à l'exploitation des hydrocarbures.»

Cela pourrait même être fatal pour le rétablissement du plus gros mammifère du globe. «Le retour des relevés sismiques dans le Saint-Laurent, pour les baleines bleues, ça pourrait vouloir dire un frein au rétablissement de la population qui, à ce moment-ci, pourrait être tragique.» Outre le rorqual bleu, tous les cétacés qui fréquentent le golfe sont exposés aux risques que représentent les relevés sismiques, mais aussi les espèces de poissons comme la morue et aussi la tortue de luth. Toutes ces espèces sont considérées comme en péril au sens de la loi.

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