Sondage Senergis-Le Devoir - Les experts heureux de la valeur donnée à l'eau par les Québécois

Des participants au premier Forum québécois sur l'eau se réjouissent que 54 % des Québécois soient prêts à payer pour l'eau du robinet selon leur utilisation, comme le révélait hier un sondage publié dans nos pages.

La question de l'importance de réduire la consommation d'eau des Québécois est revenue à quelques reprises lors des débats du forum de deux jours, qui s'est penché sur l'exploitation et la gestion de l'eau dans la province.

C'est justement ce que permettrait l'installation de compteurs d'eau partout au Canada, selon le professeur de l'Université de la Colombie-Britannique spécialiste de l'empreinte écologique en eau, Hans Schreier. «C'est comme conduire une voiture hybride où la consommation au kilomètre est affichée sur le tableau de bord. Quand on voit notre consommation d'essence, on modifie notre façon de conduire», a assuré le professeur, rencontré après sa conférence au Centre des sciences de Montréal, hier. Idem pour le compteur d'eau.

Les résultats du sondage Senergis-Le Devoir sont le signe que plusieurs Québécois reconnaissent la valeur de l'eau, souligne le directeur général du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ), Philippe Bourke, qui en est étonné. «Les gens ne veulent pas payer plus cher pour le pétrole et rejettent généralement le principe d'utilisateur-payeur.» Un débat a eu lieu au sujet des compteurs d'eau à usage domestique lundi, au Forum, et plusieurs ont convenu que leur installation n'est pas rentable économiquement, puisque l'eau est si peu chère dans la province que l'installation et la gestion de compteurs d'eau entraîneraient des coûts plus élevés que l'économie d'eau qui s'ensuivrait.

L'impression d'abondance

Néanmoins, cette ouverture des Québécois à une plus grande protection de l'eau doit réveiller les décideurs, selon le professeur Schreier. «Il y a des initiatives ici et là [pour protéger l'eau et éviter le gaspillage], mais ce qui manque, c'est une stratégie nationale qui dit ce que tous doivent faire. Ça prend des actions gouvernementales.» Faire des toilettes économes en eau une nouvelle norme permettrait par exemple de couper du tiers le volume utilisé chaque fois qu'est tirée une chasse d'eau.

Selon le chef scientifique au centre international Unisféra, Richard Con-nor, l'«impression d'abondance au Québec» explique probablement que 45 % des Québécois sondés aient indiqué être «peu» ou «pas du tout» d'accord avec l'idée de recevoir une facture pour l'eau consommée. Lors de sa conférence d'hier, M. Connor a justement brisé cette perception, assurant que les «surplus» d'eau au Québec n'existent pas.

Le sondage révélait également que 83 % des Québécois sont favorables à ce que les entreprises paient pour l'eau utilisée. C'est d'ailleurs ce que demande le RNCREQ depuis plusieurs années.

Le président de la division Métal primaire de Rio Tinto Alcan, Jean Simon, ne croit pas que cela inciterait les industries à revoir leur utilisation de l'or bleu. «On paie déjà des redevances, qui pour nous [Rio Tinto Alcan] représentent de 50 à 60 millions de dollars par année, a-t-il expliqué, après avoir participé à une table ronde. La réglementation, comme le [Programme de réduction des rejets industriels], incite déjà les entreprises à s'ajuster pour répondre aux nouveaux objectifs.»
6 commentaires
  • Andre Vallee - Inscrit 27 octobre 2010 07 h 59

    Pour avancer encore

    S'assurer que l'on protège les nappes souterraines en réclamant un moratoire sur l'exploration et l'exploitation des gaz souterrains. Nous ne voulons pas d'horreurs comme celles des sables bitumineux.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 27 octobre 2010 08 h 27

    Alcan et ses soixante millions de dollars

    Intéressante, cette rremarque de M. Simon, C'est pour l'eau de prodédé ou pour les forces hydrauliques? Si c'est pour cette dernière catégorie, le montant est ridicule.

  • Philippe C - Inscrit 27 octobre 2010 11 h 09

    bouleversement du cycle de l'eau

    Dommage que personne ne parle du bouleversement du cycle de l'eau qui sera aggravé par une exportation de l'eau. Certaines régions du monde vivent déjà des problèmes de sécheresse parce que les cours d'eau n'arrivent plus à se recharger en partie en raison d'une agriculture toujours plus gourmande en eau qui exporte aux quatres coins de la planète. Dans certaines régions du Québec on vit déjà avec des cours d'eau dont le niveau est plus bas qu'auparavant. Et beaucoup de gens continu de gaspiller l'eau en se disant qu'au Québec on n'en manquera jamais.
    Et c'est bien beau des toilettes à débit réduit, mais on continu à utiliser de l'eau potable. Les eaux qui s'évacuent de nos bains et lavabos peuvent très bien faire l'affaire. Bricoleurs et bricoleuses, allons-y!

    Et on parle d'exporter de l'eau entre autre vers les régions qui en manque? Pourquoi ne pas plutôt les encourager à utiliser l'eau présente sur leur territoire selon sa disponibilité et en évitant le gaspillage (comme par exemple les fontaines des chics hôtels dans les régions semi-désertiques). Nos universités québécoises pourraient aussi se lier d'amitié avec d'autres universités présentes dans ces régions afin de trouver des solutions en respect avec l'environnement et du cycle de l'eau.

    Le partage du savoir ne bouleverse aucuns cycles et favorise l'entraide.

  • GLevesque - Inscrit 27 octobre 2010 11 h 11

    Des informations valables

    @Trobadorem
    Avec un peu d'attention vous auriez appris que le Forum québécois sur l'eau est une initiative du journal Les Affaires. Le sondage à lui été commandé par le journal Le Devoir et réalisé par Senergis. Il n'a pas été réalisé auprès des participants au Forum mais par téléphone entre le 9 et le 16 octobre 2010 auprès de 1000 répondants. La marge d'erreur est de 3,1 %, 19 fois sur 20. Une initiative du journal Le Devoir qui a généré des informations très intéressantes et très valables.
    http://www.ledevoir.com/documents/pdf/sondage_eau.

  • Jean_Yves - Abonné 27 octobre 2010 13 h 49

    Cycle de l'eau

    Juste sur Montréal, plus précisément sur l'île de Montréal et l'île Jésus il y a en moyenne quelque chose comme 725 milliards de litres d'eau de pluie par année!

    Reporté sur la part de chacun des citoyens y vivant (1.8 millions) vous avez, sur ce territoire à haute densité de population, plus de 1,100 litres par jours qui nous viennent du ciel pour chacun. C'est dans l'ordre de 3 a 7 fois la consommation quotidienne, selon que l'on compte l'utilisation privée ou privé et industrielle.

    Avec un mètre en moyenne de pluie par année sur la grandeur du territoire québécois, vous pouvez me dire il est ou le problème?