Les Québécois d'accord pour facturer l'eau potable

Des compteurs d’eau pourraient être installés partout si l’on se fie à l’opinion des Québécois sur la question.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Des compteurs d’eau pourraient être installés partout si l’on se fie à l’opinion des Québécois sur la question.

L'eau est une ressource précieuse souvent gaspillée et mal exploitée. Les Québécois estiment donc qu'il est temps de lui donner une valeur économique, ce qui pourrait contribuer à mieux la protéger, mais aussi à enrichir la province, selon un nouveau sondage Senergis-Le Devoir.

Ainsi, les Québécois se disent d'accord avec l'imposition d'un tarif à la consommation dans les maisons et les entreprises, comme c'est le cas pour l'électricité. De plus, une forte majorité de Québécois sont ouverts à l'idée d'exporter l'eau vers des pays étrangers, pourvu que cette pratique soit bien réglementée.

Ce coup de sonde a été commandé pour contribuer aux débats du Forum québécois sur l'eau, qui se déroule depuis hier au Centre des sciences de Montréal, à l'initiative du journal Les Affaires, en partenariat avec Le Devoir et la radio 98,5 FM. Plus de 35 organismes, entreprises, universités et gouvernements participent à l'événement.

Ce sondage, qui comprend 14 questions qui touchent la gestion de l'eau, réserve des surprises. Ainsi, 54 % des 1000 répondants affirment que le gouvernement devrait facturer l'eau aux ménages en fonction de la quantité utilisée. Ils sont 45 % à s'y opposer.

La proportion de Québécois qui estime que l'eau devrait être facturée aux entreprises est encore plus forte, à 83 %. Ils ne sont que 16 % à penser le contraire.

Daniel Lemieux, associé chez la firme de sondage Senergis, constate un changement de mentalité dans la population. «Une majorité de Québécois sont en faveur d'une facturation, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années. Le concept d'utilisateur-payeur fait son chemin et il est davantage accepté. Ça ne serait pas perçu comme une taxe abusive», dit-il.

L'une des raisons provient de l'attachement des Québécois à cette ressource, affirme le sondeur. Dans les préoccupations environnementales, l'eau arrive en haut de la liste. Pas moins de 55 % des répondants l'ont placée au premier rang. Les changements climatiques (21 %), le développement des énergies nouvelles (12 %) et la protection des terres agricoles (10 %) suivent dans l'ordre. En regroupant les premier et deuxième choix des citoyens, on constate que 86 % des Québécois estiment que la protection de l'eau est une priorité, devant les changements climatiques (55 %).

Cette ressource n'a cependant pas l'attention qu'elle mérite, puisqu'une majorité de Québécois (56 %) ont l'impression que l'eau est mal protégée par les lois et la réglementation en vigueur. Près de 80 % des citoyens pensent que le gouvernement devrait s'intéresser davantage à cette ressource stratégique, que l'on rebaptise souvent «l'or bleu». «L'impression des Québécois est que l'eau est mal protégée, mal utilisée et mal exploitée», tranche Daniel Lemieux.

D'ailleurs, 87 % des Québécois ont l'impression que la ressource est gaspillée. La proportion de gens qui estime qu'elle est «beaucoup gaspillée» atteint 50 %. «Visiblement, les Québécois pensent qu'en imposant un tarif à la consommation d'eau, le gaspillage va diminuer», dit Daniel Lemieux, qui ajoute: «Les gens sont conscients qu'on utilise souvent mal cette ressource et pour des besoins qui ne sont pas prioritaires», comme laver son stationnement et son auto, remplir sa piscine ou encore arroser son gazon. Près de 82 % des répondants affirment d'ailleurs pouvoir réduire leur consommation d'eau sans vraiment nuire à leur confort.

Exporter l'eau?

L'eau doit être protégée, et sa gestion, bien encadrée. Mais cette ressource peut aussi contribuer à enrichir le Québec, affirment les répondants au sondage.

Pas moins de 59 % des Québécois affirment que les gouvernements devraient «autoriser l'exportation de l'eau hors du Québec et du Canada», à la condition que ce commerce soit «réglementé» par un «contrôle strict». Si l'on ajoute les 9 % qui estiment que l'eau devrait être exportée «comme tout autre produit», donc sans restriction, on constate que 68 % des Québécois se disent ouverts à l'idée d'exporter l'eau, sous certaines conditions.

Il y a tout de même 29 % des répondants, soit presque un Québécois sur trois, qui affirment que l'exportation doit être «interdite», car l'eau est «une richesse collective à protéger».

Les analystes du coup de sonde se sont dits surpris par ces réponses, alors que l'eau est souvent perçue comme un bien intouchable. D'ailleurs, au Canada, l'exportation d'eau en grande quantité (en vrac ou par pipeline, par exemple) à des fins commerciales est interdite.

Selon Daniel Lemieux, les Québécois sont prêts à considérer la «valeur économique de l'eau». «Il y a une ouverture pour faire de l'argent avec l'eau, mais le message est clair: pas n'importe comment. Les Québécois veulent d'abord que la réglementation permette de bien gérer cette ressource. Une exportation abusive, les Québécois n'en veulent pas», dit-il.

D'accord pour exporter l'eau, mais à qui? Les pays pauvres qui sont en constante pénurie ont la cote. Ainsi, 79 % des Québécois se disent d'accord pour exporter l'eau «dans des pays en développement qui disposent de nappes phréatiques limitées». Ils sont 19 % à s'y opposer.

Si le gouvernement prenait cette direction, 45 % des répondants affirment que l'eau devrait être «offerte gratuitement à titre d'aide humanitaire», 35 % disent que l'or bleu devrait être vendu à un tarif préférentiel, alors que 16 % pensent qu'on devrait s'en tenir à la valeur marchande.

Toutes les questions du sondage et les résultats sont disponibles dans un document PDF sur notre site Internet (www.ledevoir.com). Le sondage Senergis a été réalisé au téléphone entre le 9 et le 16 octobre 2010 auprès de 1000 répondants. La marge d'erreur est de 3,1 %, 19 fois sur 20.
69 commentaires
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 26 octobre 2010 01 h 38

    comme si on avait pas assez des gaz de schiste...

    Facturer l'eau à ceux qui l'utilisent à des fins lucratives me semble normal ; mais pas aux ménages qui sommes propriétaires, par nos villes, des aqueducs et stations d'épuration.

    Embouteiller l'eau de nos aqueducs pour la vendre plus cher que le pétrole c'est non ; priver la monoparentale d'eau c'est aussi non.

  • mi grave - Inscrit 26 octobre 2010 01 h 52

    et l'air alors...

    Plutôt que taxer l'utilisation de l'eau, pourquoi ne pas taxer les soi-disants sources de gaspillage : la piscine, l'auto, les stationnements, les brins de gazon ? À quand une valeur économique pour l'air du Grand Nord ? À quand un savant sondage auprès de 1000 répondants (marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20) pour nous informer que LES Québécois se disent d'accord avec l'imposition d'un tarif à la respiration ?

    Vive un Québec libre de toutes libertés !

    1-800-VENDU

  • Marcel Bernier - Inscrit 26 octobre 2010 03 h 22

    Et pourquoi pas l'air tant qu'à y être...

    C'est n'importe quoi!

  • Assez merci - Inscrit 26 octobre 2010 05 h 20

    Pourquoi nationaliser l'eau!

    Avec l'Aléna, si l'eau n'est pas nationalisé bientôt, elle deviendra un bien exportable aux USA et en priorité tout comme le pétrole de l'Ouest.
    C'st à dire que m^me si nous ici au Québec avons une sécheresse, un manque d'au pour nous, l'exportation devra être priorisé!

    Tout au privé pour exporter avec profits mais décontaminer nos eaux sera aux frais des citoyens.

    Bien intentionnés, les Québécois protègeront l'eau sans se douter que nos gouvernements sont en train de négocier l'exportation de l'eau potable. (une eau propre).
    Les taxes sur l'eau vont augmenter,. les couts pour purifier l'eau augmenteront et bien sûr, les profits iront au privé!

    Ca fait peur pour l'avenir avec les gazs de schiste puisque seulement 35% de l'eau utilisée contaminé sera récupéré pour devenir la responsabilié des municipalités.
    Le reste de l'eau restera dans le sol et naturellement ira contaminer les nappes d'eau souterrraines.

    Ce scénario est prévisible!
    Le Névada négocit déja pour la construction d'un pipeline venant du Canada et d'autres États font sûrement la même chose!

    La vérité ne viendra pas de nos gouvernements prochainement tout comme les gazs de schiste: camouflage total.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 26 octobre 2010 07 h 14

    Cela ne fait que débuter...

    On est pas au bout de nos peines avec ces types de sondages, colloques, débats de toutes sortes. Tout cela est influencé par nos voisins du sud avec leur consommation boulimique de la ressource ex: Golf dans le désert, ville construite dans le désert, construction de maisons de plus plus immenses, donc terrain de plus en plus immense.

    Ce n,est pas les prédateurs dans ce pays qui manquent qui frapperont à la porte du gouvernement canadien prochainement pour qu'il puisse lever l'intediction de l'exportation de la ressource et soyez certain que leur «perroquets de core à linge» au Québec seront nombreux pour se faire entendre dans ce sens là.